29 Juillet 2018

Burkina Faso: Procès du putsch - Les audiences reprennent le 16 août 2018

Photo: Nouakchott Info
(Image d'archives) - La police disperse une manifestation contre le coup d'Etat militaire du 6 aout le lendemain du putsch a Nouakchott - Police disperse a protesters

L'audition du sergent Yahaya Guiré, débuté le 25 juillet, s'est poursuivie, le vendredi 27 juillet 2018, au tribunal militaire à Ouaga 2000. Répondant aux questions, le parquet a constaté des incohérences dans les faits relatés à la barre et ceux contenus dans le Procès-verbal (PV).

Le sergent Yahaya Guiré, poursuivi pour complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat, de meurtre de 13 personnes et de coups et blessures sur 42 personnes, a comparu, le vendredi 27 juillet 2018, pour la seconde fois devant le tribunal militaire. Tout en réfutant les faits qui lui sont reprochés, il est parfois revenu sur certains propos tenus lors des auditions devant le juge d'instruction au cours de son interrogatoire au fond. Il a dit ne pas se reconnaître dans certaines déclarations. « J'ai un problème de santé, alors il m'arrive de tenir des propos dont je ne me souviens pas ou qui sont inappropriés », a souligné l'accusé.

Le Parquet militaire a qualifié cette attitude de « revirement à 90°C ». Ce qui pourrait jouer en sa défaveur. Pourquoi revenir sur sa déposition ou aviez-vous peur de Roger Koussoubé, le meneur de ce qui s'est passé ? A cette question, Yahaya Guiré a manifesté son respect pour celui-ci, soulignant que sa présence dans la salle lui fait peur.

Pour son avocate, Rokia Ouattara, son client sait la peine qu'il encourt si toutefois il ne dit pas la vérité. Alors pourquoi le harceler avec des questions sans fondement, s'est-elle interrogée. «S'il y a parfois des incohérences dans le récit de mon client avec ses propos contenus dans le PV, c'est peut-être qu'il n'a pas bien compris certaines questions.

D'ailleurs jusqu'à présent, j'attends toujours que le parquet me montre les éléments qui l'inculpent véritablement à ce coup d'Etat du 16 septembre et jours suivants, car si c'est le fait d'être allé dépanner une moto accidenté qui fait de lui un coupable, il n'a fait que son travail de mécanicien. Et cela avec l'accord de son supérieur», -a-t-elle précisé.

Pour ce qui est de la vidéo montrant que M. Guiré a participé à des tirs et a regardé un citoyen agonisé dans son sang, l'avocate a soutenu n'avoir jamais pu mettre la main sur cette pièce à conviction afin de l'examiner. « Nous assistons à un procès d'intention, sinon aucune preuve ne montre la complicité du sergent », a insisté Me Ouattara. Pour elle, le sergent n'a fourni aucune assistance au général Diendéré, ni financière, ni matérielle, encore moins morale. « Ce n'est pas plausible. Guiré et Diendéré ne jouent pas dans la même cour, ils ne sont pas copains», a-t-elle rassuré.

Une « minorité » de RSP dans les rues

A sa suite, c'est l'enseignant au sein de l'ex-RSP, l'adjudant-chef Dibloni Gbondjaté, qui s'est présenté aux juges. Marié et père de 4 enfants dont deux dans l'armée, le quadragénaire au moment des faits n'a reconnu aucun des quatre chefs d'accusation qui pèsent sur lui.

En effet, le 16 septembre 2015, il a indiqué qu'il était dans sa cour non lotie, quand un ami journaliste l'a appelé pour savoir ce qui se tramait à la Présidence du Faso. « Etonné », il a aussi cherché à mieux s'informer, en se rendant au camp Naaba-Koom II, parce qu'il était de garde et sa famille y résidait. Au préalable, l'adjudant-chef a juré n'avoir jamais appris qu'il y a eu une réunion, encore moins y participé. « Le 17 septembre, ce qui me préoccupait, c'était de trouver un endroit pour mettre ma famille à l'abri », a ajouté le formateur.

Il les logera près du studio Abazon, dans un premier temps, et à Pissy ensuite. Mais, il se rappelle qu'au rassemblement de ce jour-là, plus de 400 éléments de l'ex-RSP avaient répondu présent. « Ce n'est même pas 1/5 du RSP qui était dehors, c'est une minorité », a soutenu l'adjudant-chef. C'est à cet attroupement que le commandant Ollo a dressé un premier « bilan déjà alarmant, avec des morts » et les a informés de l'arrivée des médiateurs de la CEDEAO.

Le lendemain, il a déployé 18 binômes, notamment au carrefour BF1, à l'aéroport, en passant par l'hôtel Laïco, pour assurer la sécurité des hôtes. Le parquet militaire a reconnu, qu'il n'y avait « pas de discordances » entre les propos de l'accusé et le contenu du P.V. Son avocat, Me Isaac N'Dolimana, « serein » espère que son client sera acquitté.

Il a affirmé que les propos des co-accusés Yahaya Guiré, Sidiki Ouattara et Abdou Compaoré qui ont témoigné avoir aperçu l'adjudant-chef à la place de la Nation n'ont aucune valeur. Selon Me N'Dolimana, il s'agit de « déclarations mensongères et calomnieuses » à l'encontre du « sous-officier modèle », Dibloni Gbondjaté.

« J'ai demandé des confrontations en vain »

La défense de l'accusé a noté sa constance dans ses déclarations. « Sa seule intervention a été d'organiser la sécurité des présidents mandatés par la CEDEAO pour les négociations », a fait remarquer Me Isaac Doribana. L'avocat est convaincu que l'inculpation de son client a été faite sur la base des « déclarations mensongères » de trois autres coaccusés (dont Guiré Yahaya et Sidiki Ouattara).

D'ailleurs, il a dit se réserver le droit de citer ces coaccusés pour dénonciation calomnieuse. La propension de l'accusé à donner des détails à chaque interrogation a encouragé les différents conseils à lui « soutirer » le maximum d'informations. Mais c'est l'avocat du sergent Yahaya Guiré, Me Orokia Ouattara, qui se fera plus insistante dans son interrogatoire.

« Pourquoi devrait-on vous croire vous, plutôt que les trois autres personnes qui disent vous avoir vu ? », lui a-t-elle demandé, entre autres. A cela, l'adjudant-chef Dibloni a rétorqué que le juge appréciera. « J'ai demandé des confrontations en vain », a-t-il insisté. Et d'interroger l'assistance de juristes sur ce que dit la loi « quand trois personnes ont des déclarations contradictoires ».

Avant de quitter la barre, l'accusé a demandé pardon au peuple burkinabè, et souhaité prompt rétablissement aux blessés et un repos éternel aux personnes décédées. A sa suite, le sergent Salif Couldiaty s'est présenté à la barre. La version des faits de ce dernier laisse entrevoir qu'il n'a rien fait.

Sous le coup d'une précédente condamnation de dix ans de prison ferme dans l'affaire dite de la poudrière de Yimdi, ce soldat de 30 ans, père d'un enfant est poursuivi dans le cadre du putsch manqué, pour complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat, meurtre, coups et blessures. Il a démenti les faits.

Son avocat, Me Pascal Ouédraogo a insisté sur le fait que son client n'est poursuivi sur la base d'aucun fait matériel. « Il tenait juste compagnie à son binôme et ami, Souleymane Koné », a-t-il précisé. Pourtant, ce sont les déclarations de ce même binôme, qui ont été retenues à sa charge.

En effet, le coéquipier du sergent Salif Coulidiaty aurait déclaré lors de l'instruction qu'ils ont assuré la garde à un poste, côté Ouest de la présidence. Un poste qui, selon les recoupements du parquet, serait celui où était détenu les autorités de la transition.

Pour la partie civile, cet état de fait constitue une complicité à l'infraction d'attentat à la sûreté de l'Etat, ainsi que celles subsidiaires de meurtres, coups et blessures.

Seulement, le conseil de l'accusé a martelé que la seule déclaration d'autres détenus ne peuvent faire foi. Au demeurant, il a noté que le sergent Salif Coulidiaty n'a pas eu de contact avec les populations.

Avant de quitter la barre, l'accusé s'est incliné également « auprès de tous ceux qui sont tombés au cours de ce fameux événement ». Avant de suspendre l'audience, le président du tribunal a indiqué qu'elle reprendra le jeudi 16 août 2018.

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