Sénégal: Championnats d'afrique d'athlétisme Asaba 2018 - Lagos - Asaba 48 heures de calvaire

Des membres de l'équipe kenyane aux championnats d'Afrique d'athlétisme à Asaba, bloqués à l'aéroport international Murtala Mohammed le 31 juillet 2018.

(ASABA, Nigeria) -Récriminations tous azimuts ! Désolation ! Tristesse ! Incompréhension ! Etonnement ! Les athlètes engagés pour les championnats d'Afrique d'athlétisme Asaba 2018 (1er au 5 août) n'oublieront pas sitôt le calvaire qu'ils ont vécu pendant deux voire trois jours, lors de cette 21ème édition, pourtant annoncée pour être la plus réussie de toutes les précédentes. Hélas ! Quand la désorganisation se mêle à l'incompétence, les dégâts risquent d'être incommensurables. Retour sur 48 heures de calvaire vécus par les athlètes... sénégalais.

«C'était tout simplement l'enfer !» Ces mots forts sont de la jeune athlète sénégalaise Ndèye Arame Touré, spécialiste du sprint (100, 200, 4X100 et 4X400). Et quand le commandant de bord annonce la descente sur l'aéroport d'Asaba, elle n'a pas pu s'empêcher de pousser une énorme ouf de soulagement. Pour sa première compétition également, la binationale Fatou Diocou, a été contrainte de s'armer de patience. «Je n'ai jamais vécu de pareilles choses dans ma vie. Mais, je préfère restée positive. Peut être que je vais réaliser une bonne perf'», ajoute celle qui est déjà vue comme la future «Amy Sène».

A-SA-BA, cette ville du très riche Etat du Delta avait fini par paraître impénétrable pour beaucoup d'athlètes. Pourtant, elle n'est qu'à 45 minutes de vol de Lagos et 6 heures de voiture. Mais cette dernière piste est formellement déconseillée à différentes délégations à la chasse de médailles. Ce, en raison de sécurité. L'avion était donc la seule voie du salut pour des milliers d'athlètes à la recherche de métaux précieux, de performances ou encore d'expérience. Seulement, la Confédération africaine d'athlétisme (CAA) qui s'était enthousiasmée à l'idée de réaliser les championnats jamais égalés dans l'histoire, à cause des promesses et autres décisions dont certaines ont été certes actées, avait oublié que le Nigeria était un «géant aux pieds d'argile».

ABSENCE D'ORGANISATION

Le Nigéria est une puissance économique et démographique. Mais, depuis des années, ce pays à l'instance de plusieurs en Afrique du Sud du Sahara traine une énorme tare : absence d'organisation. Or, c'est le volet fondamental dans une compétition sportive. Toute la cacophonie vient de là. Le manque d'organisation a négativement impacté sur les championnats d'Afrique. Les vols charters étaient presque introuvables. Et les rares qui existaient, ont été gérés avec un amateurisme tel que les athlètes ont fini par péter les plombs. Les premiers à élever la voix, ce sont les Marocains. Après deux jours d'attente, sans entrainement, sans manger ni boire correctement et devant l'absence totale d'interlocuteurs crédibles, les athlètes du Royaume chérifien s'en sont pris au préposé de la répartition des vols. La situation était devenue indescriptible. Mais après plus de conciliabules, les délégations, face à l'impossible, acceptent de regagner leur hôtel.

BAGARRE ENTRE SÉNÉGALAIS ET ZAMBIENS

Les athlètes sénégalais qui avaient été calmes et sereins face à une situation qui semble leur dépasser, décident de mettre fin à la «farce» qui n'avait que trop durée. «Il est hors de question que nous soyons les derniers à être servis. Nous passons pour les plus polis, c'est pourquoi, ces gens nous piétinent», lance très amer un athlète, las, de valser, à la recherche d'un hôtel libre presque la moitié de la nuit. Cette soirée cauchemardesque présageait d'une matinée tumultueuse. Et quand les chauffeurs de navette ont voulu refaire le même coup de la veille aux Sénégalais, les athlètes se sont opposés. D'une manière musclée et regrettable. Puisqu'il y aura même des échanges de coups de poings entre athlètes sénégalais qui en avaient las d'attendre leur tour dicté par un... chauffeur. Et très vite, la diplomatie verbale et le fairplay finissent par prendre les dessus. Après le départ des Marocains vers l'aéroport (premiers à être servis suite à leur manif la veille disent certains), les Zambiens, puis des Kenyans devraient suivre. C'est là que les Sénégalais se sont faits entendre. «Ça suffit cette farce. Elle n'a fait que trop durer», tranche un des entraîneurs sénégalais.

D'autres athlètes s'interposent et bloquent la porte d'entrée du bus et ordonnent l'entrée qu'à des Sénégalais. Il s'en suivra un tohu-bohu indescriptible et quelques échanges de coups de poing. Plus nombreux que les Zambiens, les Sénégalais imposent leur loi et s'accaparent du bus devant des Nigérians qui étaient sans voix.

BELOTTE ET MAQUILLAGE

Face à cette situation inexplicable, à la veille des joutes aussi importantes que les championnats d'Afrique senior d'athlétisme qualificatifs à la Coupe continentale, les athlètes complètement dépassés par les événements trouvent un refuge dans la belotte. Le jeu de cartes pour certains afin de tromper les heures d'attente et la faim ; maquillage pour d'autres les filles qui tiennent à garder toute leur féminité. Ce, quelque soit la discipline pratiquée

EMBARQUEMENT EN CATASTROPHE

Mais le calvaire des «Lions» d'athlétisme est loin de connaître son épilogue. Arrivés à l'aéroport pour les vols domestiques, ils retrouvent la même situation de la veille. Seulement, cette fois, ils tiennent à ce que la parole donnée soit respectée. «Vous nous aviez dit que notre délégation doit partir ce matin la première, donc, il est hors de question que quiconque n'embarque avant nous», tonne un athlète, les yeux rougis par le manque de sommeil et la fatigue.Face à cette détermination et le hall qui commençait de se remplir d'athlètes en attente de vols, désespéramment, les Sénégalais finissent par voir le bout du tunnel en bénéficiant d'une faveur inédite : embarquer sans contrôle de passeport, ni inscription dans un manifeste, absolument rien. Toutefois, il faut relever que la plupart des athlètes ont embarqué sans leurs valises. Ils ont été obligés de revenir à 17 heures (locale, 16 h GMT) pour les récupérer. Mais, enfin, le plus difficile était d'arriver à... Asaba. C'est chose faite depuis hier. Reste à savoir si de tels désagréments ne vont pas affecter les performances des athlètes qui sont restés pour certains, trois jours, deux jours pour d'autres, sans s'entraîner.

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