3 Août 2018

Afrique de l'Est: Ethiopie-Erythrée - Comment la paix s'est imposée

analyse

Une nouvelle page des relations diplomatiques entre l'Ethiopie et l'Erythrée s'est ouverte il y a quelques semaines. Le 8 juillet dernier Addis-Abeba et Asmara ont décidé d'enterrer définitivement la hache de guerre avec la signature dans la capitale érythréenne de la «Déclaration conjointe de paix et d'amitié» par Abiy Ahmed, le Premier ministre éthiopien, et Issayas Afewerki, le président érythréen.

«L'état de guerre qui existait entre les deux pays est arrivé à sa fin», stipule l'accord conjoint.

L'acte signé par les deux leaders de la Corne de l'Afrique à la présidence vient sonner le glas de vingt ans de conflit entre les deux voisins. Le document paraphé par les deux dirigeants a été accompagné d'une poignée de main et d'une accolade témoignant de la paix retrouvée entre les frères ennemis d'hier. Comme pour démontrer leur bonne foi, ils ont également annoncé la réouverture des frontières et de leurs ambassades dans leurs capitales respectives.

En optant pour la paix, les deux belligérants d'hier entendent également retirer leurs troupes respectives de leur frontière commune, conformément à l'accord d'Alger signé en 2 000, en collaboration avec la Cour d'arbitrage de la Haye.

L'accord qui intervient après des semaines de rapprochements entre les deux pays marque un tournant décisif. D'autant plus que peu sont ceux qui avaient parié en faveur d'un retour imminent à la normalisation entre Addis-Abeba et Asmara.

Tant ces longues années de différend avaient laissé des blessures profondes. Afin de rendre rentable cet accord, les deux voisins devront désormais s'attaquer à la cause profonde de leur conflit : la gestion des territoires disputés.

La ville de Badme et plusieurs autres localités dans la région du Woreda Tahtay Adiyabo jusqu'aux hautes terres dans l'est d'Ethiopie ont fait l'objet d'une annexion depuis le 12 mai 1998 par l'Erythrée. Enclavée, l'Ethiopie veut pour sa part une ouverture à la mer.

Au-delà d'un simple accord, la voie tracée par Addis-Abeba et Asmara sera à n'en point douter bénéfique pour les deux pays. En plus de ce qu'il marque un nouveau départ dans les relations diplomatiques entre les deux Etats, cet acte devra donner un coup d'accélérateur à leurs échanges économiques en hibernation depuis le déclenchement de cette crise.

Autant le dynamisme économique éthiopien devrait impulser l'économie érythréenne chancelante, autant l'Ethiopie, coupée de la mer depuis l'indépendance de l'Erythrée en 1993, entend profiter de l'ouverture sur les ports de Massava et d'Assab pour ne plus dépendre entièrement de l'unique port de Djibouti.

La compagnie éthiopienne de transport aérien, Ethiopian Airlines, a d'ores et déjà annoncé la reprise de ses vols en direction d'Asmara. Ce dégel vient ainsi refermer un tombeau béant dans lequel au moins 80 000 vies humaines, selon diverses sources, sont tombées sous les balles des deux armées.

En décidant de fumer le calumet de la paix, Abiy Ahmed et Issayas Afewerki démontrent leur ferme volonté de sortir de ce cercle vicieux et de privilégier au premier chef les intérêts de leurs peuples respectifs. Car, les deux leaders devraient tenir leurs engagements pour faire bénéficier à leurs populations les retombées de cette nouvelle lune de miel.

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