4 Août 2018

Tunisie: Pour l'amour du cinéma

Après avoir travaillé comme assistant réalisateur, et sur les scénarios de réalisateurs égyptiens indépendants comme Ibrahim El Batout et Sherif El Bendary, Ahmed Amer réalise son premier long-métrage «Kiss me not».

Construit autour d'une anecdote, celle d'une actrice qui, après s'être engagée à travailler dans un film, refuse d'y jouer une scène d'échange de baisers, le scénario se place -- titre du film aidant --, sous l'enseigne de la comédie. Celle-ci est poussée avec une structure qui relève du «mocumentaire» ou documentaire parodique. Le va-et-vient entre fiction et réalité nourrit cette œuvre qui prend un ton léger pour traiter d'une thématique qui mérite réflexion, autour de l'art en général et du cinéma en particulier, et son rôle et son rapport à la société. De quoi conférer à «Kiss me not» plusieurs niveaux de lecture.

En tout cas, il ne faut point se fier aux apparences. Le kitsch de la forme est un outil au service de la subtilité et de la profondeur du sens et du message. Un dispositif qui lance au spectateur l'appât du contenu de divertissement pour l'attirer sur un terrain où il devrait en ressortir plus averti, ou du moins en interrogation avec soi. Sur plusieurs niveaux dans le film, le personnage principal est celui du réalisateur. Un personnage démultiplié, du point de vue duquel se place la caméra. «Kiss me not» place le spectateur dans l'œil du réalisateur pour l'inviter à cette (re)mise en question. Il y a le personnage de Tamer Taymour (Mohamed Mahran), qui réalise le film où l'actrice «Fagr» (Yasmine Raïs) refuse d'embrasser son compagnon de jeu, et il y a le personnage de son ami qui réalise un documentaire sur «les baisers dans l'histoire du cinéma égyptien».

Dans le cadre de ce documentaire, il filme les coulisses de la fiction de Tamer Taymour et enquête autour, sur pourquoi les films égyptiens se tarissent des bisous qui faisaient leurs charmes et qui étaient un élément comme un autre dans leurs scénarios. Ces derniers sont évoqués dans «Kiss me not» à travers un montage de baisers sortis des classiques en noir et blanc du cinéma égyptien, accompagnés de la voix-off du réalisateur (du documentaire) qui leur rend hommage tout en posant des questions sur ce qui a fait que la situation change. Une époque plus avancée, celle du cinéma réaliste des années 80 est représentée à travers les réalisateurs Mohamed Khan et Khairy Beshara qui jouent dans «Kiss me not» leurs propres rôles, auxquels on peut ajouter le chef opérateur Kamel Abdelaziz, qui interprète le rôle du directeur de la photographie dans le film de Tamer Taymour, tout en faisant référence à son personnage dans la réalité.

Ainsi, Ahmed Amer place deux réalisateurs d'une nouvelle génération qui se cherche, face à des réalisateurs représentants d'une «belle époque» et d'une certaine vision du cinéma qui périclite. Il en remet une couche avec le personnage d'un réalisateur égyptien fictif, Saber Tartousy, qui aurait réalisé de grands films, tous disparus, côtoyé de grands réalisateurs internationaux et dont la seule trace qui a survécu est le scénario du film que Tamer Taymour essaye de réaliser. Ce personnage est un élément clé de l'aspect documentaire de «Kiss me not». Il parodie l'image perçue du réalisateur du point de vue du public et du point de vue de lui-même, et symbolise la mémoire du cinéma égyptien, entre mythes glorifiés et réalités moins rayonnantes. Un personnage qui rappelle celui inventé par le réalisateur néo-zélandais Peter Jackson dans son faux documentaire «Forgotten silver».

«Kiss me not» est en tout cas un vrai film sur une vraie question qui pointe du doigt des changements sociaux profonds voire violents de la société égyptienne. Un film drôle et futé, animé de bout en bout par l'amour du cinéma.

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