6 Août 2018

Sud-Soudan: Une paix avec point d'interrogation

analyse

En vertu de l'accord signé dimanche 5 août, Riek Machar intégrera un gouvernement d'unité nationale en tant que premier vice-président. Pour les spécialistes, il ne faut pas s'attendre à une paix rapide au Soudan du Sud.

Un pays déclaré en famine l'an dernier, une inflation à trois chiffres qui plombe ce qui reste de l'économie, des milliers de familles brisées par la guerre, des droits de l'homme bafoués ... Le Soudan du Sud, en guerre civile depuis cinq ans, ne souffre pas seulement de problèmes politiques, mais est à reconstruire complètement.

L'espoir d'une résolution s'est en plus considérablement affaibli au fil du temps, tant les accords, en 2014, en 2015, et 2016, ont été annoncés puis non respectés.

Mais aujourd'hui, Salva Kiir et Riek Machar savent que pour garder des soutiens internationaux ils doivent s'entendre. Les pressions sont de plus en plus fortes. Riek Machar a déjà été en résidence surveillée par exemple.

L'accord de partage du pouvoir a été signé en présence du président soudanais Omar el-Béchir, et de ses homologues du Kenya, d'Ouganda et de Djibouti. A l'issue de cet accord, le nouveau gouvernement comptera 35 ministres, dont 20 du côté de Salva Kiir, 9 pour Riek Machar et 4 pour d'autres groupes d'opposition. Le Parlement comptera 550 députés, dont 332 du groupe de Salva Kiir et 128 de celui de Riek Machar.

Les deux hommes sont-ils la solution?

Salva Kiir et Riek Machar ne pourront pas à eux seuls ramener la paix, met en garde Thierry Vircoulon. Le chercheur associé au Centre Afrique Subsaharienne de l'Institut français des relations internationales, au Kenya, évoque notamment les groupes armés dans le pays autour de Kiir et Machar.

"Les groupes qui les suivent ne leur obéissent pas aveuglement. Le moindre incident local peut escalader, sans que ses leaders n'aient la possibilité de contrôler leurs propres troupes. Et parce que le problème n'est pas un simple problème de rivalité d'hommes et de questions d'ego ou d'argent, on a aussi l'inquiétude que les communautés derrière puissent se dire que cet accord est mauvais. Car leurs élites politiques trouvent des postes, de ministres par exemple, mais que les problèmes engendrés par la guerre civile n'ont absolument pas le début d'une solution".

Le soutien de la Communauté internationale

En revanche, point positif à noter. Les pays voisins tels que l'Ouganda ou le Kenya semblent coopérer et jouer le jeu de la paix depuis quelque temps, ce qui n'a pas toujours été le cas. Le ministre de l'information sud-soudanais, Michael Makuei Lueth (Mouka oulai), en appelait même déjà à l'étranger après la signature de la premier partie de l'accord la semaine dernière.

"Je dis que nous avons signé l'accord. Ils devraient se joindre à nous pour la mise en œuvre de cet accord, non seulement aux États-Unis, mais j'appelle la communauté internationale à venir en aide au peuple du Soudan du Sud. Pour que la paix vienne au peuple du Soudan du Sud. "

Pour les spécialistes, il ne faut pas s'attendre à une paix rapide. Mais la communauté internationale et les acteurs régionaux pourraient multiplier leurs efforts dans les mois à venir comme ils l'ont fait avec l'Erythrée et l'Ethiopie récemment. Tous ont aussi des intérêts sécuritaires et économiques dans le pays.

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