7 Août 2018

Cote d'Ivoire: Après l'amnistie, plusieurs interrogations

Photo: © 2011 Peter Dicampo
Une femme cache son visage après avoir expliqué comment des forces pro-Ouattara ont tué deux de ses enfants et son frère lors des violences post-électorales à Duékoué, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Duékoué a été le théâtre de l’un des pires massacres commis lors de la crise, mais personne au sein des forces pro-Ouattara n’a été arrêté pour les crimes perpétrés à cet endroit.

La décision prise lundi par le président ivoirien d'amnistier au nom de la réconcialitaion nationale 800 personnes, dont l'ex-Première dame Simone Gbagbo, est largement applaudie mais diversement appréciée.

Cette amnistie décidée par le président ivoirien est évidemment une nouvelle intéressante pour la grande majorité des Ivoiriens. C'est un véritable signe d'apaisement selon Michelle Piardon Bah, la présidente du réseau entreprenarial des femmes africaines.

"Nous sommes un pays de dialogue, donc il faut déjà commencer à tendre la main. Et je pense que ce geste est très fort, c'est une main tendue, il faut le prendre comme ça. Il faut le prendre pour commencer cette réconciliation véritable auprès de tous les Ivoiriens", indique-t-elle.

A son instar, de nombreux Ivoiriens approuvent ce geste qui va dans le sens d'une réconciliation nationale longuement attendue.

Néanmoins, le sociologue Rodrigue Koné apporte un bémol à l'enthousiasme suscité par cette amnistie, en évoquant le jugement cassé en juillet 2017 par la Cour suprême ivoirienne contre l'acquittement de Simone Gbagbo.

"Il y a encore une procédure judiciaire pendante, comment sera-t-elle corroborée avec la question de l'amnistie?", s'interroge-t-il. Et de poursuivre : "Donc il y a lieu véritablement de le faire dans les règles de l'art, de sorte que du point de vue judiciaire il y ait une réelle décision juridique qui puisse mettre à l'abri un peu tout le monde et décrisper de façon totale l'atmosphère."

Une manœuvre politique

L'expert en gestion des conflits et culture de la paix y voit également un acte hautement politique du président ivoirien.

"Il ne faut pas oublier qu'il y a eu ce fameux rapport de l'union européenne, il y a aussi cette fracture qui se sent au sein de l'alliance RHDP avec le PDCI, donc on pourrait dire que la décision au point de vue politique c'est un jeu d'échec; C'est pratiquement une stratégie aussi que le président Ouattara met en oeuvre dans la perspective des élections de 2020, pour peut-être ne pas fragiliser l'opposition, et d'autre part montrer face-blanche aussi à la communauté internationale", explique-t-il.

La suite logique de cette décision en Côte d'Ivoire devrait être la mise en liberté très prochaine de l'ex-première dame et des nombreux autres amnistiés.

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