9 Août 2018

Zimbabwe: La grosse désillusion !

analyse

Après avoir, envers et contre tous, légitimé son pouvoir à l'issue des élections générales du 30 juillet dernier, Emmerson Mnangagwa a décidé d'opérer une purge dans les rangs de l'opposition.

En effet, alors que vingt-sept partisans du Mouvement pour le changement démocratique (MDL) étaient remis en liberté après avoir été arrêtés par la Police le 1er août dernier, l'opposant Tendaï Biti, quant à lui, alpagué en territoire zambien, vient d'être remis aux autorités zimbabwéennes. On lui reproche d'avoir annoncé et ce, avant même la proclamation des résultats officiels par la Commission électorale, la victoire de l'opposant Nelson Chamisa.

En poursuivant Tendaï Biti pour « incitation à la violence », le pouvoir militaro-civil zimbabwéen ne vise rien d'autre qu'à lui faire porter la responsabilité de la mort des six manifestants tombés lors des violences qui ont suivi la proclamation des résultats.

Or, tout le monde sait que ce sont la Police et l'armée zimbabwéennes qui ont tiré sur les manifestants aux mains nues. Mais, puisqu'il veut se donner bonne conscience et tenter de sauver ce qui reste de son image, Emmerson Mnangagwa cherche à tout prix un bouc-émissaire, ménageant autant que faire se peut les susceptibilités de l'armée qui l'a porté au pouvoir.

La preuve, pendant que certaines organisations de défense des droits de l'Homme accusent ouvertement « les forces de sécurité et des hommes armés non identifiés », d'être derrière les violences post-électorales de la semaine dernière, le président Mnangagwa plaide pour la mise en place d'une commission d'enquête indépendante.

Quand on sait qu'en Afrique, les commissions d'enquête indépendantes n'engagent que ceux qui y croient, on comprend qu'il s'agit là d'une stratégie pour le «crocodile », comme on aime à l'appeler, de noyer le poisson dans l'eau.

Le peuple devient le dindon de la farce

En tout cas, tous ceux qui en doutaient encore, doivent désormais se convaincre : le loup a beau durer dans la bergerie, il ne deviendra jamais un agneau.

Autrement dit, Emmerson Mnangagwa a beau troquer son treillis de maquisard contre le costume de civil, il ne deviendra pas un démocrate ; en témoigne la férocité dont il fait montre vis-à-vis de son peuple auquel il avait, pourtant, promis naguère la démocratie et la liberté.

C'est à se demander même si l'élève ne fait pas finalement pire que le maître, c'est-à-dire si Mnangagwa, en matière de répression, ne dame pas finalement le pion à son ancien maître, Robert Mugabe qui, tout dictateur qu'il fut, n'avait pas fait autant dans la dentelle en traquant ses opposants jusque dans leurs derniers retranchements.

En tout cas, le rêve n'aura finalement pas duré longtemps pour le peuple zimbabwéen qui, aussi vite qu'il était monté au ciel, est obligé de redescendre sur terre, complètement tétanisé qu'il est.

C'est la grosse désillusion. Car, tout porte à croire que Mnangagwa n'est pas prêt à lâcher le pouvoir. Pire, il y restera peut-être aussi longtemps que Mugabe, pour peu qu'il n'aille pas contre les intérêts de l'armée qui le soutient. Et c'est finalement le peuple qui deviendra ainsi le dindon de la farce.

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