10 Août 2018

Tunisie: Le football, une activité non rentable ?

Le football remue fortement les passions, les indicateurs déterminants se situent tout particulièrement au niveau des lignes comptables des clubs.

Le niveau d'endettement, le résultat net sur les saisons ou encore les liquidités disponibles et les actifs sont observés scrupuleusement pour établir une offre. La popularité grandissante du football ne laisse plus indifférent. Elle est susceptible aujourd'hui d'amener les entreprises et les hommes d'affaires à y consentir des investissements importants. Dans le cadre de la diversification économique, le football peut ainsi constituer un moteur de croissance évidente.

Dans la littérature sportive, les clubs sont très souvent valorisés en fonction de leurs effectifs. Une valeur qui peut être cependant incertaine. Quoi de plus imprévisible en effet qu'une blessure. Les résultats de matches le sont aussi tout autant. Les flux attendus sont par nature incertains. Les profits réalisés par le passé et les choix pour le futur donnent une certaine idée des résultats financiers à venir.

Il faut dire que tant qu'un club n'est pas rentable, sa valeur n'est qu'estimation. La priorité du football tunisien est de retrouver une compétitivité plus que jamais perdue, réinitialiser un cercle vertueux, trouver des financements aux activités sportives qui dépendent encore et toujours des traditionnelles subventions du ministère de tutelle, des municipalités, des gouvernorats, des dons d'entreprises et d'hommes d'affaires, sécuriser les places au classement Fifa et CAF et diffuser des images rassurantes un peu partout.

Les aléas sportifs sont encore trop importants dans le football tunisien. Trop contraignants pour attirer les investisseurs. Et comme dans les affaires on déteste l'incertitude, les clubs restent sous-valorisés parce qu'ils perdent de l'argent. Leur gestion financière s'est puissamment dégradée. Ils dépensent beaucoup plus qu'ils ne gagnent.

En matière de placement, on sait souvent ce que cela coûte, ce que cela génère, mais on ne connaît pas suffisamment ce que cela vaut. Alors, il ne s'agit pas seulement de savoir ce que vaut un club, mais de déterminer ce que vaut un investissement.

Les clubs tunisiens ont la valeur de ce qu'ils possèdent. Mais que possèdent-ils au juste, lorsqu'en Tunisie les stades appartiennent aux municipalités et que la valeur des joueurs fluctue selon leurs performances, leur compétitivité et leur persévérance?

Un avis qu'il faudrait bien nuancer: le football tunisien ne s'est jamais réconcilié avec l'argent. Il serait aujourd'hui une activité non rentable. Le statut des clubs oscille entre amateurisme et professionnalisme dit «non amateurisme». Les clubs sont considérés par les textes en vigueur comme des associations qui ne doivent pas se faire de l'argent.

Tant que les recettes ne viennent pas essentiellement de l'activité du club, la perspective de croissance n'est pas colossale. Un club qui fait de vraies recettes et qui gère bien ses charges, peut dégager du profit. Ceux qui suivent une certaine logique d'investissement sont toutefois davantage liés à leurs résultats sportifs.

Le championnat national n'a pas réellement le potentiel pour attirer les investisseurs. Leur implication est souvent synonyme de déception. Quand on investit à fonds perdus, on peut forcément parler de dopage financier. Perdre de l'argent de manière récurrente n'est pas sain.

Le jour où le pourvoyeur se casse, les acquis du club, ses nouvelles normes et son système risquent d'être sérieusement endommagés. L'exemple du Club Africain, après que son ancien président Slim Riahi a placé la barre de la gestion très haut et actionné la pompe, est très significatif. Il devrait servir de matière à réflexion pour tous ceux qui croient que l'argent peut tout faire en football.

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