14 Août 2018

Maroc: Tarik Malki - La RSE est un levier de compétitivité important pour l'entreprise

Directeur du développement, des relations internationales, communication et recherche à l'Institut supérieur de commerce et d'administration des entreprises (ISCAE), Tarik Malki nous éclaire sur les enjeux, l'évolution et la perception de la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) au Maroc.

La RSE est une manière pour les entreprises d'intégrer et de répondre aux attentes de leurs parties prenantes internes et externes que sont les salariés, les consommateurs, les clients, l'Etat et les collectivités locales. Elle devient un instrument de conduite stratégique de régulation du comportement des entreprises par excellence et ne peut pas être dissociée des stratégies internes de celles-ci, quels que soient leur taille, origine géographique et secteur d'activité, puisqu'aujourd'hui, c'est le marché qui impose ses règles.

Par ailleurs, la RSE est aussi un levier de compétitivité important. Et pour nos entreprises qui veulent vraiment pénétrer les marchés étrangers, elles doivent se mettre à niveau à travers la qualité, les bonnes pratiques environnementales et sociales.

Le concept de la RSE ne date pas d'aujourd'hui. Pour quelles raisons paraît-il nouveau au Maroc ?

D'abord la pression du contexte. Le Maroc, à l'instar d'un certain nombre de pays émergents, vit depuis 2011 des mutations extrêmement profondes avec une société qui n'a cessé de montrer son dynamisme.

Ensuite, les parties prenantes des entreprises deviennent de plus en plus exigeantes du fait qu'elles leur rappellent qu'elles ont des droits mais aussi des responsabilités vis-à-vis d'elles.

En réalité, ce concept ne date pas d'aujourd'hui. En revanche, le point d'orgue actuellement, c'est la campagne de boycott qui a été menée par une partie de l'opinion publique à travers les réseaux sociaux et qui a ciblé trois entreprises emblématiques fortement soupçonnées d'abus de position dominante.

Les entreprises marocaines adoptent-elles la RSE par nécessité ou par effet de mode ?

Il y en a qui sont engagées sincèrement. Leurs dirigeants ont compris qu'en réalité la RSE, c'est la gestion responsable : c'est mettre en place des dispositifs contribuant à améliorer la satisfaction des salariés ; des programmes de protection de l'environnement à travers des initiatives liées à l'efficacité énergétique et à la gestion durable des matières premières; des programmes de qualité pour améliorer la satisfaction des clients-consommateurs ainsi que des instruments de bonne gouvernance axés sur la transparence, la reddition des comptes...

Il faut donc démystifier la RSE qui est un formidable outil de gestion du risque réputationnel et la considérer comme une norme. On ne dit pas qu'il faille tout faire du jour au lendemain, mais c'est une direction, un projet. Il faudrait encore que le dirigeant soit lui-même véritablement sensibilisé à ces questions-là.

S'il y en a qui le font par effet de mode, j'ai tendance à croire que c'est de moins en moins le cas.

Bon nombre de PME sont encore réticentes à l'égard de la RSE. Quelles en sont les raisons, selon vous ?

Parce qu'elles ne prennent pas la pleine mesure de son importance alors qu'elles sont confrontées à des problèmes organisationnels et de gouvernance. C'est pour cette raison qu'il faut que le secteur privé, les fédérations et l'Etat puissent les accompagner vers ces pratiques à travers des actions de formation, de sensibilisation, des incitatifs fiscaux, monétaires ou autres. L'Etat doit s'impliquer.

A ce propos, le Conseil économique, social et environnemental a publié, il y a un an, un rapport très intéressant qui fournit des recommandations tout aussi intéressantes. Et l'idée d'une charte nationale de la RSE sur la base de partenariat tripartite entre l'Etat, le secteur privé et le tissu associatif, à travers un certain nombre d'engagements me paraît excellente pour améliorer la RSE.

Elle pourrait même être portée demain par la création d'un ministère ou d'un secrétariat ad hoc, comme dans tous les pays européens, en Angleterre et en Europe du Nord, où vous avez des ministères chargés du Développement durable et de la Responsabilité sociétale des entreprises. Mais il faut encore une prise de conscience sur le plan politique au plus haut niveau de l'Etat.

Certes, le secteur privé doit jouer son rôle, il n'empêche que les pouvoirs publics à travers la personne du chef du gouvernent doivent prendre leur responsabilité.

La RSE est en constante évolution. Où en est-on aujourd'hui au Maroc ? Parvient-elle à suivre le rythme ?

Des initiatives intéressantes ont été mises en place telle que la charte RSE de la CGEM. Mais force est de constater qu'il y a beaucoup à faire surtout au niveau des PME et cette campagne de boycott a montré que les entreprises n'ont pas de codes ou de référentiels pour apporter des réponses.

En règle générale, les multinationales l'insèrent dans leur code de bonne conduite et leur Conseil d'administration les oblige à appliquer les mêmes pratiques dans les filiales et pays où elles sont implantées. Surtout quand elles sont engagées dans les dispositifs de labellisation internationaux.

Mais en l'absence d'un pouvoir de contrôle, et sachant que plus le pays est pauvre ou faible avec un Etat plus ou moins défaillant, plus malheureusement ces entreprises se prêtent à des activités qu'elles ne pourraient pas se permettre de faire dans leur pays d'origine.

Le Maroc a-t-il suffisamment avancé sur ce concept ?

Il a encore beaucoup de choses à faire. L'Etat doit créer le cadre en s'inspirant de ce qui a été fait au niveau de l'environnement et de l'éducation. Il pourrait, par exemple, convoquer des Assises de la RSE et faire asseoir autour d'une même table toutes les parties concernées qui fixeront un certain nombre d'engagements avec des objectifs précis et un échéancier à court, moyen et long termes. Et après, c'est au secteur privé de continuer sur cette lancée en accélérant la cadence.

La RSE est-elle ancrée dans la culture du citoyen marocain ?

Pour ceux qui en doutaient encore, les Marocains ont montré de manière extrêmement claire leur degré de maturité et de conscience. A travers notamment le boycott qui s'inscrit pleinement dans la protection des droits des consommateurs qui, malgré l'existence d'une loi datant de 10 ans maintenant, n'a jamais été mise en place.

Le degré de conscience des parties prenantes des entreprises me paraît beaucoup plus élevé que celui des dirigeants, c'est donc à eux d'assumer leur responsabilité.

On parle de plus en plus d'éducation à la responsabilité. Qu'en est-il réellement à l'ISCAE ?

Sur le plan managérial, nous avons créé un concept de campus où nos étudiants sont mobilisés dans des projets à caractère écologique et environnemental. On les sensibilise à tout ce qui est recyclage notamment des déchets, tout ce qui est lié à des concepts comme l'efficacité énergétique. En plus de cela, nous avons créé une station d'épuration au sein de l'ISCAE.

Sur le plan de l'enseignement, nous avons introduit un séminaire de RSE dans tous les masters professionnels. Nous avons des cours dédiés à la RSE, à l'équipe des affaires au niveau des cycles initiaux. Nous avons créé un master en développement durable, en double diplomation avec une prestigieuse université française.

Nous avons créé l'ORSEM, même s'il n'appartient pas à l'ISCAE, mais au niveau de la recherche, de plus en plus de nos doctorants travaillent sur les questions de la RSE. Par ailleurs, nous avons abrité en juin dernier le 5ème colloque international sur la responsabilité sociale des organisations qui a été un succès au regard de la qualité des communications des participants.

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