7 Août 2018

Burkina Faso: Gratuité des soins - Des promoteurs satisfaits, des bénéficiaires inquiets

L'Association des journalistes du Burkina (AJB), en collaboration avec le Projet de gouvernance économique et de participation citoyenne (PGEPC) a organisé une conférence publique, le vendredi 3 août 2018, sur le thème : «Gratuité des soins de santé au Burkina : regards croisés des promoteurs et des bénéficiaires».

Les journalistes burkinabè sont «absents» du débat sur la politique de gratuité des soins au Burkina Faso. «Ils se contentent de couvrir les évènements en rapport avec cette politique, sans pour autant produire des analyses de fond sur le sujet».

Pourtant, cette «grosse politique» qui fait couler beaucoup d'encre et de salive semble rencontrer des difficultés qui entravent sa bonne marche. «Il faut donc que les hommes de média aillent fouiller pour voir où en est réellement cette politique et quelles sont les entraves à sa mise en œuvre».

C'est dans cette perspective que l'Association des journalistes du Burkina (AJB) les a conviés à une conférence publique sur le sujet dans la soirée du 3 août 2018 à Ouagadougou.

Pendant près de trois heures d'horloge, les conférenciers ont donné leur appréciation de cette politique non seulement en termes d'acquis mais aussi de défis à relever. D'une manière générale, ils ont été unanimes sur l'opportunité d'une telle mesure au regard du fort taux de mortalité maternelle et infantile au Burkina Faso.

Selon une enquête de l'Institut national de la statistique et de la démographie (INSD), le taux de mortalité infanto-juvénile en 2015 était de 82 décès pour 1000 naissances vivantes. Un constat justifié, aux dires du Dr Pierre Yaméogo du ministère de la Santé, par la faiblesse de la couverture maladie et de la fréquentation des services de santé par les populations.

Pour lui, la gratuité est une mesure salutaire en ce sens qu'il vise l'accès à des soins de qualité pour tous. Un objectif qui, a-t-il rappelé, entre en droite ligne avec les engagements internationaux pris par le gouvernement en matière de santé.

Cependant, force est de constater que cette politique bien qu'avantageux, rencontre des difficultés qui entravent sa bonne marche.

Il s'agit notamment des ruptures en médicaments et consommables médicaux, des incompréhensions entre soignants et patients sur l'éligibilité à la mesure, de l'absence d'un système informatisé pour l'enrôlement, l'immatriculation et le suivi des bénéficiaires, etc.

La sensibilisation des acteurs, une nécessité

A ces difficultés énoncées par le Dr Yaméogo, Simon Kaboré, directeur exécutif du Réseau d'accès aux médicaments essentiels (RAME) a ajouté le non-remboursement des prestations dans les délais souhaités, la prescription de spécialités à la place des médicaments génériques et le non-respect de la gratuité par certains agents.

Le Dr Bertrand Méda du Syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA) a, pour sa part, dénoncé l'absence de documents officiels (manuel de procédure, arrêté sur les prestations concernées, plan de mise en œuvre, etc.) expliquant clairement les prestations couvertes par la mesure de gratuité.

Ce qui, selon lui, conduit à des interprétations sur le terrain et exposent les agents de santé à des querelles avec les usagers. Par ailleurs, il a souligné le manque de mesures d'accompagnement de la politique en termes de ressources humaines, d'infrastructures et de plateaux techniques.

«Dans nos hôpitaux, on a gardé les mêmes salles de consultation et d'hospitalisation qui existaient avant l'instauration de la gratuité. Or, ces infrastructures étaient déjà insuffisantes. Il était déjà habituel que des enfants soient hospitalisés dans les couloirs de Yalgado pendant la saison hivernale avec la recrudescence des cas de paludisme.

Avec la gratuité, on a eu droit aux accouchées récentes couchées sur des nattes dans les couloirs de nos maternités», a-t-il déploré.

Face à toutes ces difficultés, les conférenciers ont émis des recommandations allant de la sensibilisation des agents de santé et des usagers sur l'usage rationnel des médicaments et des services à la sécurisation de la chaîne d'approvisionnement afin de garantir une disponibilité permanente des intrants.

A ce propos, le Dr Yaméogo a annoncé la mise en place d'un nouveau circuit de paiement des factures qui, à ses dires, devrait permettre de résoudre le problème de ruptures en médicaments et consommables médicaux.

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