14 Août 2018

Guinée: Francis Haba de l'UGDD - « La gouvernance de notre pays est complètement malade »

interview

Francis Haba, vice-président du parti l'Union Guinéenne pour la Démocratie et le Développement (l'UGDD) a accordé la semaine dernière une interview à notre rédaction. Au cours de cette rencontre, notre interlocuteur s'est exprimé largement sur certaines actualités dominantes dans la cité notamment, la situation actuelle socio-politique du pays, le compromis politique mettant fin au contentieux électoral issu des élections locales du 04 février dernier, la nouvelle loi sur la CENI et tant d'autres sujets ont été abordés.

 Votre avis sur la situation socio-politique du pays ?

Notre pays, disons sans détour est malade, malade de beaucoup de maux. Socialement, notre pays ne se porte pas bien.

Vous avez vu récemment que les forces sociales étaient dans les rues pour réclamer la baisse à juste titre du prix de carburants que le gouvernement a unilatéralement augmenté.

Notre pays est aussi malade de son économie parce que de plus en plus, il y'a des chômeurs malgré l'ouverture de nos mines, malgré l'ouverture de notre pays aux investisseurs étrangers. Mais aussi, il y a beaucoup plus de licenciement.

Il y a aussi la gouvernance qui est complètement malade, vous vous souvenez de la nomination de Kassory Fofana qui a juré qu'il va lutter contre la corruption, il a commencé naturellement par l'OPG et puis l'Office Guinéenne des Chargeurs (OGC).

Malheureusement, cela s'est arrêté là et récemment, on a été informé des accusations très graves portées contre sa personne, n'est-ce-pas par les forces sociales qui selon elles, ont déclaré que le premier ministre, Kassory Fofana a tenté de déstabiliser leur mouvement en proposant à certains membres influents de la société civile un montant de 40 millions de nos francs à son domicile privé. Cela est extrêmement grave pour une personne qui vient de prendre fonction à la primature qui se livre à ces genres de corruption.

Et, jusque-là, on n'a pas entendu un avis ou en tout cas, un communiqué du gouvernement dans le but de démentir haut et fort, cette tentative de corruption des 40 millions de fg à certains membres des forces sociales par Kassory Fofana.

Récemment vous étiez en tournée à l'intérieur du pays. Dites-nous quels en étaient les objectifs ?

Depuis en mars, on a entamé une vaste relance des activités de notre jeune parti politique et vous savez qu'on a perdu malheureusement notre président à la personne de Monsieur George Gandhi Faraguet Tounlara qui nous a laissé un héritage assez lourd. Donc, on a décidé de relancer les activités et de remobiliser la base.

C'est dans ce sens que je suis allé personnellement à Boffa où j'y ai fait deux jours avec les militants et sympathisants, j'ai rencontré la jeunesse de cette préfecture dans le but de regagner leur confiance. Et sachez que nous sommes allés aussi à Boké et tant d'autres villes de l'intérieur du pays où nous avons installé les sections fédérales du parti.

Pour mieux m'expliciter, nous les avons fait comprendre les nouvelles visions et le nouveau positionnement de notre jeune parti.

Nous avons fait de même à Boké malgré quelques remous qui y étaient. Notre fédération et nous-mêmes, nous avons sillonné, nous sommes allés à Kolabounyi et dans trois autres sous-préfectures de la ville de Boké, pour dire à nos militants de rester mobilisés.

Et pour un peu booster leur élan puis qu'il y a longtemps que le président est décédé, il y avait donc un moment de silence que nous nous appelons un moment de deuil malgré qu'on ait déjà participé à toutes les élections que notre pays a organisé depuis la création du parti.

Nous sommes aussi allés à Kamsar, nous avons compris à travers nos rencontres avec les populations, avec nos structures, qu'il y a eu une nouvelle génération en politique. Les populations ont besoin de voir émerger de nouveaux visages dans le paysage politique du pays.

Elles étaient très contentes et ravies de notre présence dans leurs localités. Et, elles nous ont promis de toutes les façons que nous allons travailler en concert et souhaitent nous recevoir très prochainement.

Certainement lors de vos visites à l'intérieur du pays, la jeunesse de ces différentes villes vous a laissé entendre leurs préoccupations majeures. Pouvez-nous en parler ?

La jeunesse de toutes ces localités-là où nous sommes passés, ont largement exprimé leurs préoccupations qui sont quasi communes qui ne sont rien de travailler.

Donc, vous savez que nous avons un régime extrêmement socialiste, alors ils ne savent pas créer de la richesse. Non seulement, ils ne savent pas créer les emplois, mais ils ne savent pas aussi distribuer cette richesse de façon équitable.

Normalement quand on est un communiste ou socialiste, leurs spécialités devraient être la bonne distribution des richesses qui sont créées par l'Etat.

Malheureusement, il y a de plus en plus de paupérisation des paysans, il y a un clan autour du pouvoir, toutes les richesses qui sont créées, ce sont eux qui les amassent, on ne sait pas où ça va.

Et donc, les populations ont besoin de travailler, elles ont besoin que le pays soit beaucoup plus ouvert, elles ont besoin qu'elles soient beaucoup plus protégées et elles ont besoin que les sociétés minières qui s'installent dans la zone, prennent en compte leurs préoccupations.

Que des centres de santés soient construits, que leurs routes non bitumées, soient complètement refait et qu'elles aient la possibilité d'écouler leurs marchandises. Qu'elles aient la possibilité de se soigner quand elles tombent malades.

Donc, ces cris de cœurs nous leurs avons de toutes façons promis de songer à leurs préoccupations majeures.

Je m'en vais vous dire que nous sommes de l'opposition donc, nous travaillons en arrachepied pour l'alternance en 2020 et que nous mettrons de toutes les façons en œuvre, pour essayer d'apporter quelques solutions plus fiables et viables aux préoccupations majeures de ces populations qui restent encore dans une détresse totale.

L'opposition vient de suspendre ses manifestations suite à un compromis politique qui a été signé récemment entre elle et la mouvance présidentielle concernant le contentieux électoral au QG de l'UFDG. Quel en est votre lecture ?

Il faut d'abord reconnaitre que cette situation de crise a été provoquée par le gouvernement, la CENI et par certains juges locaux qui se sont permis de prendre des avis contraires aux urnes. C'est ce qui a fait perdurer cette crise post électorale pendant six mois.

Qu'à cela ne tienne, il faut reconnaitre que, saluer tout à fait l'opposition Républicaine qui à la dernière minute compris qu'il fallait céder, qu'il fallait accepter de suspendre ses manifestations pour que la crise liée à cette communale-là soit définitivement réglée.

Je pense que cela a été accepté, c'est beaucoup plus en faveur des populations, beaucoup plus pour l'émergence démocratique.

S'il faut reconnaitre, il ne faut pas que je trahisse ma propre conscience. Même si cela a été fait totalement sur le dos de nos Lois. Parce qu'en tant que républicain, nous combattons pour la restauration d'un Etat de droit.

Mais, il ne faudrait que ce compromis politique soit une sorte' de deal .N'est-ce pas qu'on dise toi, tu prends telle commune, toi aussi tu prends une autre commune, cela est une honte, il faut le dire. Mais, il fallait en arrivé là parce que trop c'est trop, ça a trop duré.

Mais, la troisième formation politique du pays qui est l'UFR s'oppose catégoriquement à ce compromis politique qui vient de mettre terme ce contentieux électoral issu des élections locales du 04 février dernier. Qu'en pensez-vous ?

L'UFR a sa part de vérité dans ce compromis-là. Mais si vous regardez les communes auxquels il y a eu ces contentieux qui étaient très généralement entre l'UFDG et le RPG.

Donc, l'UFR peut naturellement être contre ça, puisque l'UFR se dit parti républicain. C'est ce que je viens de dire tant tôt.

Mais, il faut dire que vrai, l'UFR n'avait pas d'intérêts liés à ces contentieux électoraux. Donc, le parti qui avait vraiment des problèmes, c'était l'UFDG principalement. Et même, s'il y a d'autres partis de l'opposition républicaine.

Donc comme j'ai dit, il faut féliciter la grandeur de l'opposition républicaine d'avoir accepté ce compromis en évitant l'affrontement. C'est ce qu'il y a de bien dans ce compromis politique.

Je ne sais pas que si vous savez la nouvelle loi électorale, la nouvelle loi qui a été votée, donne tout pouvoir au juge local de décider concernant tout contentieux lié à une élection locale. Ce qui est normalement un contradictoire aux dispositions constitutionnelles. Parce que c'est la cour constitutionnelle normalement qui doit décider en dernier ressort. Donc, c'est là qu'il faudra regretter.

Il faut aussi avoir peur d'une chose. Est-ce que ce compromis politique ne va pas créer un précédent ? Est-ce que le gouvernement lors des prochaines élections qu'elles soient législatives ou présidentielles, est-ce que le gouvernement à travers ces juges ne vont pas créer la même situation et au bout du fil, se dire toi prend telles autres communes ? En ce moment-là, on ne sera pas dans un Etat de droit. Nous serons dans un Etat de compromis, un Etat de deal politique. Ce qui est vraiment dommage.

 Les principes de la nouvelle loi sur le CENI ne permettent pas à l'UGDD d'avoir une représentation au sein dudit organe. Est-ce que cela ne vous en frustre pas ?

Certains de nos cadres étaient tous de mêmes frustrés. Mais après une longue réflexion, la position de l'UGDD a toujours été claire. Parce que nous voudrions des gens avec des profils, avec des compétences que tous les partis politiques d'oppositions devraient choisir pour présenter auprès de l'administration publique, auprès du ministère de l'administration du territoire comme candidat pour les postes de la CENI.

Mais, il faut dire que cette loi même si elle est exclusive, même si elle exclut certains partis d'oppositions tous comme certains partis de la mouvance, elle a un certain mérite.

Le mérite de changer cette CENI qui est complètement corrompue. Le mérite de mettre une nouvelle CENI peut-être qui ne va pas agir comme l'ancienne CENI.

Mais, comme je l'ai dit tant tôt, c'est une loi qui a fait beaucoup de bruits et même au sein de notre bureau politique national, il a été difficile de tirer une conclusion. Finalement, on s'est dit, l'essentiel, c'est qu'ils aient des hommes ou des femmes valables, républicains qui vont composer cette nouvelle CENI et qui permettrons à la Guinée d'avoir des élections libres et transparentes.

Mais vous n'êtes pas sans savoir que cette nouvelle sur la CENI est plus politique et non technique. Qu'en dites-vous ?

Vous savez notre pays vit une situation de rumeurs. Elle vit une situation de pessimisme, de façon à ce que quelque soit la personne que vous mettez au niveau de la CENI, les gens vont toujours trouver en elle une couleur politique.

Donc, la CENI technique pourrait avoir ce problème-là. Comment faire le choix d'une CENI technique ? Je pense que c'est cette question qui serait vraiment difficile à trancher.

C'est pourquoi, personnellement, je suis ravi que ça soit une CENI politique de façon à ce que tous les partis politiques, en tout cas toutes les entités prennent part aux différentes élections, afin qu'ils puissent y être représentés.

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