15 Août 2018

Afrique: Monde noir - les incontournables de la rentrée littéraire 2018 (première partie)

Selon le magazine des éditeurs Livres hebdo, 567 nouveaux titres, dont 186 titres étrangers seront publiés d'août à octobre 2018. Les littératures venant du monde noir occuperont une place privilégiée dans cette rentrée littéraire dont les premiers titres seront en librairie dès le 16 août. RFI propose en deux parties les incontournables qui feront le bonheur des aficianados des littératures issues de l'Afrique, la Caraïbe et des Amériques noires.

Bonne découverte, en attendant la deuxième partie qui sera mise en ligne la semaine prochaine.

Avec une quarantaine de nouveaux titres, le monde noir d'Afrique, des Antilles et d'Amérique ne passera pas inaperçu en ce moment de rentrée littéraire. Parmi les têtes d'affiche cette année, le Franco-Congolais Alain Mabanckou, le Sud-Africain JM. Coetzee, l'Egyptien Alaa El Aswany ou encore la Britannique de père Jamaïcain Zadie Smith et les Algériens Boualem Sansal et Yasmina Khadra, qui reviennent sur le devant de la scène avec des récits forts, émouvants et en prise avec les violences et les dysfonctionnements de nos sociétés mondialisées. Mais ce sont les primo-romanciers qui risquent de faire l'événement cette année avec leurs textes de grande qualité, prometteurs d'un avenir fécond. Cette rentrée littéraire compte aussi des essais, des mémoires remarquables par quelques-unes des grandes plumes du monde noir telles que Ta-Nehisi Coates, Souleymane Bachir Diagne, Henri Lopes, Dany Laferrière.

Le Mabanckou nouveau est arrivé !

Alain Mabanckou est une des têtes d'affiche de cette rentrée littéraire 2018. Tous les médias se l'arrachent, réclamant l'interview de la star en exclusivité. Il faut dire que Les cigognes sont immortelles, ce nouveau roman sous la plume d'un des auteurs les plus en vue des lettres africaines, est un modèle de perfection avec son écriture à la fois maîtrisée et ambitieuse. L'auteur de Black Bazar et de Verre cassé entraîne ses lecteurs dans le tohu-bohu de Pointe-Noire, ville du Congo-Brazzaville dont il est originaire. A travers la grille de lecture d'un narrateur adolescent au regard naïf, le roman restitue le tohu-bohu de l'Afrique post-coloniale où les grandes puissances tirent les ficelles de la vie politique et dont la violence ne manque pas de bouleverser la vie des petites gens.

A la fois récit d'apprentissage et récit historico-politique, ce roman marque peut-être un tournant dans la carrière déjà très riche de son auteur Franco-Congolais qui veut donner désormais à son œuvre une orientation plus engagée. « Je ressens le besoin de dire ce qu'est mon continent et comprendre pourquoi il va à la dérive », déclare-t-il dans une vidéo de présentation de son nouvel opus.

Les cigognes sont immortelles, par Alain Mabanckou. Editions du Seuil, 301 pages, 19,50 euros. Parution le 16 août 2018.

Une brillante plaidoirie de JM. Coetzee contre l'« holocauste » animal

« Il m'est venu à l'esprit que les gens toléraient le massacre d'animaux parce qu'ils n'avaient jamais l'occasion d'en voir un. Ni d'en voir, ni d'en entendre, ni d'en sentir un. Il m'est venu à l'esprit que s'il y avait un abattoir au milieu de la ville, où chacun pourrait voir, entendre, sentir ce qui se qui se passe à l'intérieur, les gens pourraient changer de pratique. Un abattoir de verre. Un abattoir avec des murs en verre. » Comment prévenir l'abattage des animaux qu'elle qualifie d'un « nouvel holocauste », telle est l'obsession d'Elisabeth Costello, personnage de J.M. Coetzee que les lecteurs de ce prix Nobel sud-africain (2003) ont croisé au fil de son œuvre singulière.

Elisabeth Costello est le personnage central de L'abattoir de verre, le dernier livre de fiction sous la plume de l'auteur de Disgrâce. A la fois double de l'auteur (elle est professeur de littérature et romancière tout comme l'auteur), elle est une héroïne pas comme les autres. Elle n'est pas dans l'action, mais dans l'abstraction. Elle incarne des idées, des interrogations universelles : Pourquoi sommes-nous en vie ? Que signifie d'être humain ? Qu'est-ce qu'une belle mort ? Des interrogations qui sont au cœur des sept récits qui composent le nouveau volume que consacre Coetzee à son héroïne vieillissante. Elle lui inspire quelques-unes des plus belles pages de cet opus, animées par l'empathie pour les animaux que nos sociétés mécanisées, obsédées par leur « business plan » ont transformé, en des « êtres négligeables ».

L'abattoir de verre, par J.M. Coetzee. Traduit de l'anglais par Georges Lory. Editions du Seuil, 167 pages, 18 euros. Parution le 16 août 2018.

L'Algérien Boualem Sansal dépeint des démocraties en perdition

L'Algérien Boualem Sansal s'est fait connaître en publiant son premier roman Le Serment des Barbares en 1999. Si ce roman a propulsé l'écrivain à l'avant-scène des lettres francophones, c'est parce qu'il a su raconter avec une distance critique et cathartique la tragédie de l'Algérie des années 1990. L'œuvre que ce romancier et polémiste talentueux a construite, depuis la parution de ce premier livre il y a 20 ans, est composée d'une dizaine de romans et d'essais. Ils creusent le thème de l'identité algérienne, s'interrogeant plus particulièrement sur l'emprise de la religion sur les esprits.

Son nouveau roman Le train d'Erlingen ou La métamorphose de Dieu qui paraît cet automne s'inscrit dans cette lignée de la critique sociale et politique. L'écrivain algérien explore, à travers une écriture allégorique qui rapproche le totalitarisme religieux du fascisme et du stalinisme, les ravages que cause le fondamentalisme religieux, écrasant sous ses bottes les valeurs humanistes de la liberté et du progrès. A Erlingen, fief cossu de la haute bourgeoisie allemande, assiégé par un ennemi mystérieux qui ambitionne de faire de la soumission à son dieu la loi unique de l'humanité, la population attend l'arrivée d'un train qui va l'évacuer. C'est le train du salut dont l'attente fiévreuse et désespérée est racontée dans le roman par une certaine Ute Van Ebert, héritière d'un puissant empire industriel. Cette histoire est reliée à celle d'une victime de l'attentat islamiste du 13 novembre 2015 à Paris...

Il est difficile de résumer Le train d'Erlingen sans le réduire à son intrigue, alors que chez Boualem Sansal le fond et la forme sont intimement liés. Très postmoderniste dans sa structure qui mêle correspondances, extraits de romans et interviews, le récit ici procède par échos et résonances entre les événements et les êtres, faisant de sa lecture, comme l'écrit l'auteur dans le prologue, « un acte initiatique ».

Le train d'Erlingen ou La métamorphose de Dieu, par Boualem Sansal. Editions Gallimard, 249 pages, 20 euros. Parution le 16 août 2018.

David Diop raconte l'aventure ambiguë des enrôlés de force africains dans la Première Guerre mondiale

Les tirailleurs sénégalais sont les oubliés des célébrations cette année de la fin il y a cent ans, de la Première Guerre mondiale. Le beau et puissant premier roman du Franco-Sénégalais David Diop, intitulé Frère d'âme vient rappeler le rôle joué par les contingents africains sur les champs de bataille en Europe de l'Ouest pour hâter la fin de cette première boucherie de l'ère moderne.

Alpha Ndiaye et Mademba Diop ont 16 ans quand ils débarquent en Europe pour combattre sous le drapeau français. Le roman s'ouvre sur un drame : Mademaba tombe, blessé à mort et demande à son ami d'enfance de lui couper la gorge pour mettre fin à sa souffrance. Alpha refuse, mais finira par obtempérer. Puis, il portera dans ses bras le cadavre de son ami d'enfance jusqu'à la prochaine tranchée. Se retrouvant désormais seul dans la folie du grand massacre, Alpha perd la raison et distribue la mort, semant l'effroi. Il tranche les chairs ennemies, estropie, décapite, éventre. Sa sauvagerie scandalise, entraînant son évacuation...

Né à Paris de parents franco-sénégalais et maître de conférences à l'université de Pau, David Diop a déclaré que son livre est né de l'émotion qu'il a ressentie en lisant des lettres de poilus. Mais les tirailleurs n'ont pas laissé de lettres. Partant des documents de l'époque, il a imaginé la bravoure, le racisme, le désarroi, la folie... Cela donne un récit évocateur, époustouflant de lucidité d'analyse et d'humanité.

Frère d'âme, par David Diop. Editions du Seuil, 176 pages, 17 euros. Parution le 16 août 2018.

Les heurs et malheurs de la société multiculturelle, avec Zadie Smith

Le prologue sur lequel s'ouvre Swing Time, le cinquième roman de la Britannique Zadie Smith, est révélateur du talent et de la maturité de son auteur. Il résume en une poignée de pages la leçon morale de ce récit et les drames intérieurs qui ont conduit le personnage-narrateur à un moment-clef de sa vie d'adulte. Réfugiée dans un appartement londonien, loin des turbulences du monde qu'elle fuit, la narratrice surfe sur le Net, et tombe sur un extrait de Swing Time (film avec Fred Astaire en rôle principal auquel le roman de Smith emprunte son titre). Elle comprend tout d'un coup le sens de ce film qu'elle avait si souvent regardé pendant son adolescence pour la beauté de la danse, sans avoir compris la moquerie et le racisme derrière « les yeux écarquillés, les gants blancs, le sourire à la Bojangles » d'un Astaire grimé en Noir ! C'est un grand moment de saisissement et de prise de conscience de soi.

Jamaïcaine par sa mère et anglaise par son père, Zadie Smith s'est fait connaître en 2000 en faisant paraître son premier roman Sourires de Loup qui est une saga tragi-comique du Londres multiculturel. Devenue romancière emblématique de l'Angleterre multiculturelle, avec à son actif des romans, des essais, des nouvelles, elle raconte dans Swing Time, l'histoire de deux jeunes filles métisses grandissant dans un quartier populaire de Londres. Elles ont en commun le rêve chevillé au corps de devenir des danseuses. La vie en décidera autrement.

Swing Time, par Zadie Smith. Traduit de l'anglais par Emmanuelle et Philippe Aronson. Collection « Du monde entier », éditions Gallimard, 471 pages, 23,50 euros. Parution le 16 août 2018.

Dans la tête d'un kamikaze, avec Yasmina Khadra

Khalil est le nouveau roman sous la plume du prolifique Yasmina Khadra, cet ancien officier de l'armée algérienne recyclé en romancier. Et quel romancier ! Ses livres ont été traduits dans quarante-deux langues, adaptés au cinéma, au théâtre. Son nouvel opus est voué à connaître une popularité similaire, tant il est maîtrisé, profond et en résonance avec les inquiétudes de notre époque.

Le héros éponyme, Khalil, est un jeune kamikaze qui s'apprête ce vendredi 13 novembre 2015 à faire actionner la ceinture d'explosifs autour de sa taille qui est censé ensanglanter Paris. Puisant sa trame dans la réalité tragique de notre temps, le roman invite le lecteur à comprendre les motivations de son héros et nous entraîne dans les abîmes de sa conscience fragile. Avec une justesse d'analyse, le romancier algérien décrypte ici les vertiges du jeune kamikaze tombé dans les griffes d'une idéologie suicidaire. On ne sort pas indemne de cette plongée dans les ténèbres d'un monde malade de sa brutalité.

Khalil, par Yasmina Khadra. Editions Julliard, 264 pages, 19 euros. Parution le 16 août 2018.

Argent, sexe et pouvoir dans le nouvel opus d'In Koli Jean Bofane

La Belle de Casa du titre, c'est Ishrak. Une jeune trentenaire effrontée aux courbes sublimes dont le passage dans les rues d'un quartier populaire de Casablanca suscite l'émeute des émotions dans les cœurs des escrocs et des puissants. Tous rêvent de la posséder, mais ne savent comment l'amadouer. Le roman s'ouvre sur l'assassinat d'Ishrak, que l'on retrouve dans la rue la gorge tranchée. Qui a pu tuer la belle Ishrak ? L'austère commissaire Daouda qui ne fut pas insensible à la beauté de la jeune métisse, enquête. Une enquête qui le conduira au cœur de la corruption qui ronge cette métropole légendaire où l'argent, le sexe et l'ambition ont pris le pouvoir...

Le Congolais In Koli Jean Bofane s'était fait connaître en publiant en 2008 son magistral premier roman Mathématiques congolaises, suivi de Congo Inc., le testament de Bismarck, des récits qui nous entraînent au cœur des ténèbres du continent noir.

La Belle de Casa, par In Koli Jean Bofane. Actes Sud, 208 pages, 19 euros. Parution le 22 août 2018.

La possibilité d'une île, version Lyonel Trouillot

A 62 ans, le Haïtien Lionel Trouillot est l'auteur d'une œuvre prolifique et riche. Romancier, poète, essayiste, l'auteur de Bicentenaire (2004) et La belle Amour humaine (2011) raconte son pays, ses contradictions et ses beautés à travers une écriture aussi lucide que poétique.

Son nouvel opus ne déroge pas à la règle et convoque les paradoxes haïtiens à travers la rencontre improbable d'un vieil homme revenu de tout et une jeune femme issue de la classe privilégiée de l'île venue enquêter sur la résistance des classes laborieuses contre la dictature. Malgré les réticences initiales du vieillard, ancien maître en arts martiaux, pour parler à une « nantie », le courant passe entre les deux protagonistes et ensemble ils explorent la mémoire de l'île faite de d'amour et de haine entre les classes sociales. Ensemble, ils dessinent la cartographie d'un avenir commun possible, bâti sur les vestiges des espoirs déçus du passé. Ne m'appelle pas Capitaine est le treizième roman de Lyonnel Trouillot, incontournable chef de file de la génération d'écrivains haïtiens contemporains.

Ne m'appelle pas Capitaine, par Lyonnel Trouillot. Editions Actes Sud, 160 pages, 17,50 euros. Parution le 22 août 2018.

Retour sur la guerre civile camerounaise avec le talentueux Patrice Nganang

Professeur de littérature francophone aux Etats-Unis et romancier, Patrice Nganang est l'auteur de plusieurs romans dont les plus connus ont pour titre Temps de chien (2001) et Mont Plaisant (2010). Ecrivain engagé et novateur, le Camerounais avait donné la parole à un chien dans Temps de chien pour raconter les heurs et malheurs du Cameroun depuis son indépendance. « Quand j'écris, je me place du point de vue de la liberté totale, celle de la feuille blanche, mais aussi celle des villes africaines où on urine sur les murs de commissariats... », Nganang aime-t-il répéter.

C'est dans cet esprit de liberté totale qu'il a écrit son nouveau roman dans lequel il revient sur la guerre que les autorités françaises ont livrée dans les années 1950 et 1960 aux rebelles camerounais, et qu'ont poursuivie les dirigeants politiques mis en place à la tête du Cameroun au moment de l'indépendance. Refoulée par l'historiographie coloniale, cette guerre avait fait plusieurs dizaines de milliers de victimes.

Empreintes de crabe est le septième roman de cet auteur camerounais. Le passé de violences et de disruptions que le Cameroun a traversé est évoqué par le viei homme Nithap qui rend visite à son fils installé aux Etats-Unis. L'homme qui a connu de près les turbulences de cette époque restitue la tragédie que fut pour la population camerounaise ce conflit interethnique, dont la mèche fut allumée par le colonisateur en partance pour pouvoir continuer à garder sa mainmise sur le pays. A la fois saga politique et historique, ce nouveau roman de Patrice Nganang explore aussi les liens que la diaspora camerounaise entretient avec son pays, puisant dans les souffrances collectives du passé la force de faire face aux douleurs de l'exil d'aujourd'hui.

Empreintes de crabe, par Patrice Nganang. Editions JC. Lattès, 510 pages, 22,90 euros. Parution le 22 août 2018.

Premier roman de Ludovic-Hermann Wanda: entre auto-fiction et analyse sociologique de la France contemporaine

Jubilatoire, subtil, intelligent... Voici quelques-uns des termes qui viennent à l'esprit quand on veut qualifier Prisons, premier roman sous la plume du trentenaire Ludovic-Hermann Wanda. Un roman quasi-autobiographique car c'est sa propre histoire de fils d'immigrés camerounais, diplômé en mathématiques et philosophie, après être passé par la case prison pour trafic de stupéfiants, que raconte ce primo-romancier.»

Frédéric, son protagoniste, est un « Black » des banlieues qui se fait prendre à la douane à la Gare du Nord en transportant dans sa valise « deux immenses sacs en plastique gavés d'herbe ». L'homme est un dealer qui fait régulièrement le trajet Bruxelles-Paris à bord de Thalys, jusqu'à ce mois d'avril fatidique de 2003, lorsqu'une policière le contrôle, moins pour « délit de faciès » que parce qu'elle a eu un « flash » ! « Oui, un flash, c'est ça. Vous n'allez peut-être pas me croire, et pourtant j'vous assure que c'est vrai. »

Quoi qu'il en soit, le « flash » va coûter cher à Frédéric, qui finira en prison. Or comme pour l'auteur, l'enfermement sera pour le jeune dealer, une occasion de rebondir... En découvrant en prison le pouvoir des mots et de la belle langue. L'originalité du primo-romancier Wanda est d'avoir su intégrer le passage de son protagoniste du « langage wesh-wesh » des banlieues au français littéraire, dans la structure même de son récit, avec des parties de l'intrigue racontées dans les deux versions.

Morale de l'histoire : la réconciliation des deux Frances passe par le rapprochement des langages. Mais la chute du « mur de Molières » que l'auteur appelle de tous ses voeux ne va pas de soi. Elle se révèlera plus compliquée à obtenir que celle du mur de Berlin.

Prisons, par Ludovic-Hermann Wanda. Editions de L'Antilope, 287 pages, 19 euros. Parution le 23 août 2018.

La prose poétique d'Aminata Aïdara

A 34 ans, l'Italo-Sénégalaise Aminata Aïdara n'est pas inconnue du grand public. Elle est anthropologue, journaliste, bloggeuse et écrivain. Francophone, mais aussi italophone, elle s'est fait connaître en publiant en 2014 un recueil de nouvelles intitulé La ragazza dal cuore di carta (La Fille au cœur du papier). L'immigration, le métissage, le mélange des cultures sont ses sujets de prédilection.

Son premier roman, Je suis quelqu'un, raconte l'histoire d'une famille éclatée entre le Sénégal et la France. Une famille patriarcale où les femmes ont malgré tout réussi à s'émanciper. C'est aussi l'histoire de la quête identitaire d'une jeune fille paumée, tiraillée entre le monde traditionnel et celui des cités sans foi ni loi.

Le désarroi d'Estelle face à sa famille disruptive, face à sa propre souffrance existentielle, elle l'exprime à travers des délires cathartiques qui constituent les plus belles pages de ce roman poétique, quasi-rimbaldien. Les soliloques d'Estelle se lisent comme autant de textes de poésies urbaines rythmés par le refrain « Je suis quelqu'un ». « Je suis quelqu'un qui a souvent porté seul la couronne de la vie, emprunté seul le chemin de la paix. Les hommes qui voulaient m'accompagner n'ont fait que mettre des obstacles en forme de bisous, du sel sur le sol, des rires qui semaient le doute sur la bonne route... ». Une poète est née !

Je suis quelqu'un, par Aminata Aïdara. Editions Gallimard, coll. « Continents noirs », 353 pages, 21,50 euros. Parution le 23 août 2018.

La quête des origines de la Guadeloupéenne Estelle-Sarah Bulle

A la recherche de ses origines, la narratrice du très beau roman de la Guadeloupéenne Estelle-Sarah Bulle, Là où les chiens aboient par la queue, interroge son père et ses deux sœurs, dont la vieille tante Antoine hospitalisée à Paris. Femme de caractère, celle-ci avait quitté la ferme miséreuse de ses parents à Morne-Galant dès qu'elle a eu 16 ans pour aller s'installer à Point-à-Pitre. C'était en 1947 lorsque la Guadeloupe n'était pas encore un département français. La jeune femme s'ennuyait au fin fond de la campagne. Des raisons plus impératives la conduiront vingt ans plus tard à Paris.

« Voilà une éternité que je vis à Paris, et c'est comme si je n'avais toujours pas trouvé de chez moi », raconte la septuagénaire à sa jeune nièce. C'est sans doute parce qu'elle n'a pas trouvé à Paris ce qu'elle était venue y chercher et où les Blancs la prennent toujours pour une Africaine, qu'elle se souvient avec nostalgie de Morne-Galant et de l'histoire familiale qu'elle restitue avec moult détails pour sa nièce. A travers son évocation d'une famille guadeloupéenne typique des années 1950, l'auteur donne à lire dans ces pages l'histoire collective des Antilles françaises, jalonnée de turbulences sociales et de catastrophes naturelles.

A la fois mémoire de la société antillaise rurale où elle a grandi et métaphore des Antilles d'antan, le personnage de la tante Antoine illumine ses pages avec ses souvenirs empreints de tendresse et d'empathie pour le passé. Il y a dans ce roman de la jeune génération antillaise quelque chose de Patrick Chamoiseau qui sait si bien mêler la grande et la petite histoire et aussi du Gisèle Pineau pour son évocation lyrique des époques à jamais révolues.

Là où les chiens aboient par la queue, par Estelle-Sarah Bulle. Editions Liana Levi, 288 pages, 19 euros. Parution le 23 août 2018.

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