15 Août 2018

Mali: Présidentielle - A-t-on encore besoin des résultats ?

Photo: Facebook
Ibrahim Boubacar Keïta investi à la présidence au Mali
analyse

La Commission nationale de centralisation avait promis les résultats pour hier mercredi 15 août 2018. Mais sauf miracle marial de L'Assomption, on se demandait encore au moment où nous tracions ces lignes si cette promesse serait tenue.

Tant c'est un véritable travail de bénédictin que de compiler ces données qui arrivent d'abord de communes réparties sur le million de kilomètres carrés du territoire, remontent ensuite aux cercles où elles sont saisies avant d'être transmises à Bamako par Internet, quand la connexion est bonne, sans oublier les chiffres émanant des consulats et ambassades. A tous ces préalables, ajoutons la saison des pluies et le contexte sécuritaire qui n'arrangent pas les choses.

Mais les deux finalistes du second tour du dimanche 2 août dernier ont-ils besoin des résultats, vu que les deux camps, ceux du président sortant, Ibrahim Boubacar Kéita, et de son challenger, Soumaïla Cissé, s'accusent mutuellement de fraudes ? En vérité, les vraies inconnues dans cette affaire sont le taux de participation et le score du locataire actuel du palais de Koulouba, tant la victoire de celui qui avait obtenu 41% au premier tour contre 17% à son challenger ne semble souffrir aucun doute. Simple prime comme c'est souvent le cas dans nos démocraties à un sortant qui de surcroît a eu un mandat pour amasser un trésor de guerre électoral ?

Qu'importe finalement, puisque celui qui est déjà dans la posture du perdant rejette à l'avance les résultats avant même qu'ils ne soient proclamés et sonne le tocsin pour mobiliser ses troupes en vue de contester ce qu'il estime être un hold-up électoral. Et comme pour bien montrer que ce qui sort des urnes depuis dimanche n'est vraiment pas ce qui y était entré le représentant de Cissé à la Commission de centralisation a claqué la porte «pour dénoncer le bourrage d'urnes que nous constatons dans les résultats qui nous arrivent du terrain. Certes, il n'est pas allé jusqu'au bout de sa colère en déchirant en mondovision les P-V, comme un certain Damana Pickas en 2010 lors de la proclamation des résultats du second tour de la présidentielle en Côte d'Ivoire, mais le résultat est le même.

Aujourd'hui le Mali et le Zimbabwe, où les résultats de l'élection post-Mugabe ont été contestés par le jeune avocat Nelson Chamisa, hier le Gabon et la Guinée. Pourquoi faut-il donc que, presque invariablement, les élections sur le continent débouchent sur des contentieux électoraux, parfois violents ? Dans les années 90, on se disait que c'était la maladie infantile des démocraties africaines naissantes ou renaissantes. Aujourd'hui, ces contestations tous azimuts montrent à souhait que nos démocraties ne sont pas encore vraiment mûres.

Il est vrai que les tenants du pouvoir s'arrangent souvent pour ne pas perdre des élections qu'ils organisent, mais c'est à se demander si les opposants, qui ne sont souvent connus que dans les grands centres urbains et au sein de la diaspora, ont ou se donnent les moyens de déboulonner les statues de commandeurs qui se dressent devant eux. Donc, fraude ou pas, n'est-ce pas un peu illusoire par exemple pour le petit Chamiza de croire qu'il viendrait à bout et du premier coup d'Emmerson Mnangagwa de la ZANU-PF et de l'armée juste parce que Robert Mugabe n'est plus là ?

Ici et là, on aura encore et pendant longtemps à se chamailler pour des résultats. Fort heureusement, il existe des contre-exemples vertueux pour contrebalancer cette logique de la castagne post-électorale. C'est, entre autres, les cas du Ghana, du Bénin, du Sénégal, de la Zambie et même du Burkina Faso post-Blaise Compaoré, où le perdant a eu l'élégance d'aller féliciter le gagnant avant même la proclamation des résultats.

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