15 Août 2018

Cote d'Ivoire: Evariste Meambly - « Si Ouattara prend une amnistie, c'est le prix Nobel »

interview

Cette interview a été réalisée dans L'Intelligent d'Abidjan numéro °3988 du Mercredi 16 Août 2017. Un an après, et à la faveur de la mesure d'amnistie en faveur de 800 personnes prise par le chef de l'État, Alassaane Ouattara, nous la reproduisons, intégralement.

Vous êtes député de Facobly. Vous êtes également président du groupe parlementaire "Agir pour le peuple". À ce titre, vous avez déposé une proposition de loi d'amnistie en Côte d'Ivoire sur le bureau de l'Assemblée nationale. Comment pouvez-vous promouvoir une loi d'Amnistie alors que des risques de violence existent pour 2020 ?

Avant tout propos, je voulais tout d'abord me présenter. Je suis Evariste Méambly, président de la région du Guémon qui prend en compte le chef-lieu qui est Duékoué, Bangolo, Kouibly, Facobly et Sémian. Je suis aussi député de Facobly. Je suis à ma 2ème mandature, vous le savez tous, et président du groupe parlementaire "Agir pour le peuple".

Dans le programme d'action du groupe parlementaire "Agir pour le peuple" déposé à l'Assemblée nationale, il est dit que nous allions entreprendre des actions qui vont amener les Ivoiriens à aller à la paix et à la réconciliation.

Et ces actions sont : œuvrer à la réconciliation véritable des Ivoiriens, travailler au renforcement de la démocratie dans le pays, faire en sorte que la cohésion sociale soit une réalité, faire la promotion des droits humains. Vous savez que les prisonniers ont besoin que leurs familles puissent les voir dans des conditions idoines.

Vulgariser les actions publiques, pro- mouvoir le vivre ensemble et le dialogue inclusif et soumettre une proposition de loi d'amnistie à l'Assemblée nationale pour tous les acteurs de la crise post-électorale qui sont détenus, font partie de notre mission et programme d'actions.

Cela débouchera éventuellement sur la libération de tous les prisonniers politiques et prisonniers d'opinion, le retour des exilés politiques du Libéria, Togo, Benin, Ghana et de la diaspora et enfin, la libération de l'ex-président Laurent Gbagbo et de son ministre, Charles Blé Goudé.

Cette proposition a été faite à Abidjan et a été déposée le 29 juin 2017, sur le bureau du président de l'Assemblée nationale. Donc nous, au groupe parlementaire "Agir pour le peuple", nous avons très tôt déposé notre chronogramme d'actions qui va nous permettre de travailler sur les 4 ans à venir autour des sujets précis qui convergent vers, enfin, la cohésion sociale, la paix et surtout l'entente.

Avant de parler d'éventuelles violences en 2020, il est important de rappeler qu'en 2015, il y'a eu l'Appel de Daoukro lancé par le Président Aimé Henri Konan Bédié, mon cher père que je salue au passage, qui demandait que nous puissions soutenir le Président Ouattara et qu'éventuellement en 2020, ce serait l'heure du Pdci.

Nous avons soutenu cette action et vous avez vu que cela nous a permis d'avoir une cohésion sociale, la paix et une stabilité politique. La preuve, dans la région du Guémon où je suis le président du Conseil régional, j'ai été le directeur adjoint de campagne et nous avons pu obtenir 73% de voix pour le Président Ouattara.

Aujourd'hui, on constate que le Rhdp qui a obtenu 54% des voix en 2010 contre 48% pour l'ex-Président Laurent Gbagbo, selon les chiffres donnés par la CEI, est en train de s'émietter en 3 fractions. Il y a des pro-Soro qui convoitent aussi le pouvoir. On a vu Sékongo Félicien, un conseiller de Soro qui a démontré qu'en 2020, 2025 ou 2030, Soro Guillaume pourrait être candidat à l'élection présidentielle.

Ce qui veut dire qu'il peut être candidat déjà en 2020. 1er fragment. Ensuite, le Pdci-Rda de Bédié demande que l'accord avec le Rdr soit respecté. Pour l'heure, ce que nous retenons, c'est que le Président Aimé Henri Konan Bédié, qui est un homme sage, et son jeune frère le Président Alassane Ouattara ont tou-jours demandé la paix et la cohésion au sein du Rhdp.

Donc, le Pdci maintient sa candidature pour 2020. Du côté du Rdr, nous avons appris par la voix de Cissé Bacongo qui est l'une des illustres personnalités de ce parti, que le Rdr n'a pas pris le pouvoir pour faire juste 10 ans, mais plutôt 40 ans comme le Pdci. Et lors de son adresse officielle à la nation, à l'occasion de la célébration de l'indépendance, le Chef de l'État a dit que la candidature à la présidentielle était ouverte à toutes et à tous. Alors moi, qui suis enfant de Félix Houphouët Boigny, moi qui suis du Pdci-Rda et dont le grand-père est fondateur du Pdci-Rda, je me pose des questions car l'horizon est sombre. Il faut prendre le taureau par les cornes. Pour moi, si déjà le groupe qui a gagné les pro-Gbagbo hier, s'émiette aujourd'hui, cela voudrait dire que c'est ce groupe-là qui ne respectera pas l'esprit de la paix. Mais pire, c'est ce groupe-là qui nous conduira au chaos. Hier, deux camps se sont affrontés et nous avons enregistré 3248 morts. Si 4 groupes s'affrontent, imaginez la suite. Pour nous, prendre le taureau par les cornes, c'est aller à une véritable justice transitionnelle ou transactionnelle. Nous avons constaté qu'au niveau de la commission nationale d'enquête, il a été dit que 3248 personnes ont été tuées pendant la crise post-électorale. 1452 morts ont été occasionnées par le camp des pro Gbagbo, et 747 par les forces républicaines de Côte d'Ivoire gérées et soutenues par le Président Alassane Ouattara et Soro Guillaume. Donc ces deux camps ont fait des morts. Mais la justice n'a pas été capable de poursuivre aussi dans le camp de Ouattara. Seules les personnes du camp de Gbagbo sont poursuivies aussi bien en Côte d'Ivoire qu'à la Cpi. Il y'a problème ! Là où, on a pris 2 personnes chez les pro-Gbagbo, il faut en prendre au moins une chez les pro-Ouattara. Mais, on a eu plus de 200 prisonniers chez les pro-Gbagbo et même pas un seul chez les pro-Ouattara. Depuis 6 ans, nous avons constaté aussi que le Président Ouattara a fait des efforts pour aller à la réconciliation nationale à travers la commission dialogue, vérité et réconciliation. 17 milliards de F CFA ont été confiés à notre aîné, le 1er ministre Charles Konan Banny pour la réconciliation des Ivoiriens comme ce fut le cas en Afrique du Sud et au Rwanda après les crises. Cette commission n'a pas été capable de nous réconcilier. Pis, Charles Ko- nan Banny s'est porté lui-même candidat à l'élection présidentielle contre celui qui l'a mis en mission. Il y avait la rupture de confiance. Pour nous, le Président Ouattara a fait sa part en mettant les moyens à la disposition d'une structure qui, malheureusement, a saboté le travail en faisant la promotion personnelle de certaines personnes. Voici, le 1er échec. La commission nationale d'enquête également n'a pas été capable de déposer les résultats de ses enquêtes à la justice pour que celle-ci, à son tour, puisse faire son travail. Et grave encore, la justice n'a pas été capable de s'auto saisir pour des délits et des crimes aussi importants. C'est que quelque part, il y'a problème. Et comme nous sommes dans un État démocratique avec séparation des pouvoirs, le Président de la République n'a pas pu s'interférer dans les questions judiciaires. Alors, nous nous disons qu'à un moment donné, chacun de nous n'a pas joué son rôle ou n'a pas suffisamment fait ce qu'il devait faire, pour nous faire avancer la Côte d'Ivoire. Comme tous les moteurs se sont éteints et constatant que le chemin qui reste est encore très long, nous, les députés du groupe "Agir pour le peuple" que je dirige en cette législature, avons déposé une proposition de loi d'amnistie.

Vous me demanderez pourquoi amnistier des bourreaux alors qu'on cherche à les juger ?

Mais, diantre ! Depuis 6 ans, il n'y a jamais eu d'arrestation dans le camp des pro-Ouattara et pro-Soro. Mais, jusqu'à quand allons-nous attendre encore pour que nous puissions dire à ces gens-là que nous voyons les difficultés et la réalité à aller à la paix. Il faut donc une loi d'amnistie pour mettre les compteurs à zéro et oublier le passé. C'est difficile. Mais, il nous faut aborder l'avenir avec sérénité. Mais en même temps, il nous faut prévoir une loi d'indemnisation des victimes de guerre pour permettre de soulager un tant soit peu les victimes. Si les bourreaux sont amnistiés, il faut aussi indemniser les victimes. Voici la proposition du groupe parlementaire "Agir pour le peuple". Nous ne comptons pas nous limiter à cela. Nous allons également proposer un plan Marshall pour la reconstruction de tout le Grand-Ouest qui a souffert des affres de la guerre. Comme vous le savez, cette région a besoin d'un plan Mar- shall pour l'intérêt des Ivoiriens et de la Côte d'Ivoire. A l'Ouest, nous avons vu "le lion". Nous savons comment "le lion" nous a pour- suivis et dévorés. Nous ne voudrions pas qu'une autre région de la Côte d'Ivoire connaisse le même sort. En tant que président du Guémon et fils de victime de guerre, j'au- rais pu proposer une loi sur la justice équitable pour faire arrêter nos bourreaux. Mais, je pense qu'il faut faire table rase du passé, demander pardon là où il faut demander pardon. Mais, en même temps faire en sorte que la classe politique avec nos trois personnalités à savoir le président Alassane Ouattara, le président Henri Konan Bédié et le président Laurent Gbagbo, qui ont eu à diriger la Côte d'Ivoire à un moment donné, puissent se parler et laisser à la nouvelle génération que vous et moi constituons, une Côte d'Ivoire de paix.

Vous parlez de loi d'amnistie. Ce n'est pas nouveau. Il y a eu d'autres lois d'amnistie. Mais celles-ci n'ont pas empêché d'avoir des crises.

Effectivement, il y a eu des lois d'amnistie depuis feu Félix Houphouët Boigny, mais les dernières sous Laurent Gbagbo ont été faites sur le volet politique. Quand j'ai rencontré Laurent Gbagbo à la Cpi, ce volet a fait l'objet de notre échange. On lui a dit ceci : "Monsieur le Président, vous avez fait une loi d'amnistie avec un gouvernement composé des ministres issus de la rébellion. Est-ce que le peuple s'est retrouvé dans cette loi d'amnistie ? On n'en a pas compris le sens et aujourd'hui, il y a des récidives. Aujourd'hui, Monsieur le Président, nous ne pouvons plus parler d'une amnistie qui reflète celle que vous avez élaborée à l'époque en tant que Président". 2ème élément, il n'y a pas eu d'indemnisation pour les victimes de guerre. Cela a été une amnistie orientée vers les bourreaux parce qu'il y'a eu des contraintes, des pesanteurs qui ont fait que le Président Laurent Gbagbo était obligé d'aller à l'essentiel dans l'accord de Ouagadougou. Mieux, cette amnistie n'a pas permis de faire tout ce qu'on avait à faire. C'est-à-dire, le désarmement par exemple. La preuve, Bouaké a connu un soulèvement militaire avec des revendications. Il a été question également de cache d'armes découverte. Tout cela prouve que cette amnistie n'a pas tenu ses promesses. Parce que le désarmement fait partie de cette amnistie. Ce n'était pas aussi évident que tous les paramètres soient vus à cette époque-là. Mais aujourd'hui, Laurent Gbagbo n'a plus rien à y voir. Il est en prison. Pour certains, il est le bourreau et pour d'autres, il est la victime. Si aujourd'hui, c'est Laurent Gbagbo, demain cela pourrait être Paul qui est co-auteur ou encore un membre de sa famille. C'est compliqué tout cela. On ne veut pas voir toute notre classe politique en Côte d'Ivoire défiler devant les tribunaux internationaux. Cela nous fera mal en tant qu'Ivoirien de voir nos élites, nos hommes politiques, nos parents et un autre Ivoirien être déporté dans les conditions que j'ai vues.

Est-ce à dire que la loi d'amnistie prise par Laurent Gbagbo n'en était pas une?

Elle était une loi d'amnistie. Seulement, il y'a eu des failles. Je viens d'en citer deux. Le désarmement n'a pas été effectif. Il n'y a pas eu véritablement une indemnisation des victimes de guerre. Est-ce que la loi d'amnistie de Laurent Gbagbo a eu un effet d'indemnisation des victimes de guerre ? Non. Est-ce que la loi d'amnistie a permis à tous ceux qui ont pris l'engagement de désarmer de le faire ? Non. Sinon on ne verrait pas ce que nous avons vu à Bouaké.

Pour moi, ce n'est pas le fait de Laurent Gbagbo puisqu'il était avec un gouvernement. C'est aussi du fait de ceux qui sont en face parce que quelque part, l'intérêt de la Côte d'Ivoire n'était pas vu comme il le fallait. Chaque camp était pressé d'aller à l'élection présidentielle en 2010. Aujourd'hui, nous au groupe parlementaire " Agir pour le peuple", avons fait une amnistie sans contrainte. Nous ne sommes pas l'exécutif. Cette amnistie prend en compte les bourreaux, les victimes, les deux camps et même les effets collatéraux. Ceux dont les comptes ont été gelés, ceux qui sont morts en Europe, tout ce monde-là, il faut pouvoir demain les indemniser. Nous pensons que le sésame de la paix dans ce pays, désormais, c'est une loi d'amnistie proposée par le groupe parlementaire « Agir pour le peuple » qui se trouve sur la table du Président de l'Assemblée Nationale de Côte d'Ivoire, et qui a estimé qu'il était temps de statuer sur le projet, faire les amendements nécessaires pour qu'enfin le Président de la république puisse, lui aussi, nous apporter son soutien qui est de prendre les décrets d'application. Par ailleurs, j'étais à Paris pour rencontrer les groupes parlementaires français à Bourbon le 11 juillet 2017. J'ai pu remettre la proposition de loi d'amnistie au groupe parlementaire de Jean-Luc Mélenchon, de Richard Ferrand aux députés proches de Marine Le Pen, et surtout les Républicains, le Premier ministre Edouard Philippe. Je suis passé également voir le Père André Calves pour des prières. Je suis allé voir mes amis français qui sont des hommes d'affaires qui m'ont demandé de déposer cette loi d'amnistie dans les différents groupes parlementaires, parce que nous pensons que la Côte d'Ivoire est essentielle pour la France. Vous avez vu que le président ivoirien, Alassane Ouattara a été le tout premier président reçu à l'Elysée par Macron. Un mois après entre 12 juin et 12 juillet, la Côte d'Ivoire a eu un financement de 1400 milliards dont 930 milliards pour le Tramway. C'est du jamais vu ! Alors, on ne peut pas financer 930 milliards pour le tramway 2017-2020 et savoir que la Côte d'Ivoire a des problèmes dans le domaine militaire et social. Je pense que les Français qui sont de grands pourvoyeurs, ne peuvent pas rester en marge. Je leur ai dit : "Ne venez pas en 2020 pour jouer les pyromanes, signer des accords de Marcoussis. Soutenez-moi pour que vos intérêts soient protégés".

Vous proposez une loi d'amnistie alors que chez les concernés, il n'y a pas d'acte de contrition véritable. Personne ne reconnaît avoir commis des crimes, avoir fauté ; chacun se dit victime. Comment amnistier des personnes si les coupables ne sont pas clairement identifiés et si ceux-ci ne s'acceptent pas comme tels ?

Ce ballet macabre de victimes et de bourreaux, je ne veux plus en parler. C'est l'Ouest, ma région qui a payé le plus lourd tribut de cette crise. Dans la seule journée du 29 avril 2011, il y'a eu 800 exécutions sommaires. Est-ce que je ne serai pas heureux de voir les bourreaux en prison. Si le Président prend une loi d'amnistie, c'est le Prix Nobel qu'il aura. C'est vrai, vous avez raison. Mais, allons à l'essentiel.

Quelle contribution l'ex Président Gbagbo peut-il apporter à votre pro position de loi ?

Sa seule contribution est là. Et je vous la lis, parce que je suis revenu avec un communiqué de ce que j'ai fait avec le président Laurent Gbagbo et Blé Goudé. C'est donc le tout pre- mier communiqué qui sort de la Cpi après une rencontre avec un leader politique que je suis. Et je vous le lis dans un passage « le président Laurent Gbagbo et le ministre Charles Blé Goudé ont tenu à les encourager pour cette initiative louable pour notre pays. Ils conseillent de sensibiliser l'ensemble des 255 députés et d'y associer toute la classe politique afin de rendre inclusive cette dé- marche de paix que je suis allé leur proposer », voilà le communiqué qui dénote une fois de plus que le président Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont d'accord pour la loi d'amnistie. Et mieux, ils sont favorables que les prisonniers sortent des prisons, qu'ils ren- trent, et ils sont prêts à être les derniers à sortir de leur prison.

Pensez-vous que dans l'exposé des motifs de la loi d'amnistie, le Fpi et le président Gbagbo peuvent être d'accord que le vainqueur de la présidentielle de 2010 était bel et bien le Rhdp, car jusque-là ils n'ont jamais admis cela ?

Je ne suis pas venu donner une réponse au contentieux électoral. Je parle de la loi d'amnistie pour libérer des Ivoiriens.

Pouvez-vous régler cette question sans évoquer des sujets qui fâchent?

Je suis là pour ne parler qu'une loi d'amnistie, point barre !

Mais qui, selon vous, est le véritable vainqueur de l'élection présidentielle de 2010?

Je vous dis que c'est ma loi d'amnistie qui m'importe, point à la ligne !

Alors selon vous, qui a gagné l'élection en 2010 ? Avez-vous pu le dire clairement au président Gbagbo et à Ble Goudé ?

Ce n'était pas le but de ma visite. J'y suis allé pour proposer une loi d'amnistie baptisée loi Méambly, voilà.

Même s'ils n'en sont pas convaincus, pensez-vous que le président Gbagbo et Blé Goudé pourraient admettre avoir perdu l'élection, et que Ouattara était bel et bien le vainqueur, pour au moins permettre la fin des pour- suites ?

Je dis que j'ai vu le président Laurent Gbagbo et le ministre Charles Blé Goudé qui sont dis- ponibles à accompagner le groupe parlemen- taire "Agir pour le peuple", pour faire libérer les prisonniers qui sont en Côte d'Ivoire, faire entrer les exilés parce que c'est lorsque les prisonniers seront libres que ceux-ci pourront les accompagner. Et eux aussi les délivrer de leur prison parce qu'ils pensent avoir été des acteurs importants, alors qu'aujourd'hui,

il y'a des gens qui se réclament d'eux mais qui sont incarcérés. Donc la prison les fatigue, ils ne veulent pas en souffrir doublement. Ils sont doublement en prison. Doublement en prison physiquement pour eux-mêmes et psy- chologiquement pour l'esprit, ainsi que pour leurs partisans qui se trouvent à l'extérieur et ils rentrent toujours morts, cela les fatigue. C'est pourquoi, ils nous accompagnent pour l'amnistie en Côte d'Ivoire et demandent aux députés d'aller voter cette loi pour qu'enfin le pays soit libéré.

Par exemple, il vous est arrivé de considérer Blé Goudé comme ayant été ministre en Côte d'Ivoire. Or, il ne l'a jamais été si on s'en tient à la version légale et officielle des événements. Peuvent-ils accepter de renoncer à cela alors qu'ils disent avoir accepté les grades des ex-rebelles au nom de la paix, ou bien considérez-vous cela comme vraiment des détails?

Pour l'instant, moi Méambly, je voudrais cette loi amnistie pour tous, même pour un Ivoirien lambda. Que ce soit un cultivateur, professeur d'université, ministre ou président de la Ré- publique. Je pense qu'un Ivoirien est un Ivoirien. Qu'il soit en exil, en prison, c'est un Ivoirien. Je dis que le président Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont tous des Ivoiriens qui veulent aller à l'amnistie. Allons donc à l'essentiel et acceptons ce message et ce soutien que stipule cette amnistie, aussi, demande-je au peuple de faire en sorte que leur libération ne fasse peur parce qu'il s'agit de la Côte d'Ivoire.

Ne pensez-vous pas qu'il faut attendre après l'élection de 2020 pour engager une véritable loi d'amnistie, en espérant que nous serons alors désormais loin des risques de violence ?

Cela va dépendre des députés à l'Assemblée. La loi, c'est tous les trois mois, alors si elle n'est pas encore prête, je la déposerai d'ici à trois mois jusqu'après 2020 comme vous le dites. Toutefois, je m'attèlerai à déposer cette loi pour décrisper l'atmosphère politique, car le président Alassane Ouattara vient d'an- noncer que tout le monde pourrait se pré- senter en 2020. Mais, dans ces conditions, croyez-vous que ce soit possible avec tous ces prisonniers ? Il dit que tout le monde sera candidat, cela est éloquent ! Je le félicite d'ailleurs pour cette initiative, parce qu'en disant cela, il a ouvert les élections. Ce qui veut dire qu'il va libérer les prisonniers et faire en sorte que tous ceux qui sont en prison rentrent en Côte d'Ivoire pour voter parce qu'il s'agit de la Côte d'Ivoire. 46% des Ivoiriens sont aujourd'hui à l'extérieur, on ne peut dire que tout le monde peut être candidat. Celui qui a 46% ne le peut pas. Donc, le Président Ouattara vient de lancer un message fort à la nation, un message que les gens sont en train d'interpréter autrement. Il faut réapprécier la pensée du président. Il vient de démontrer qu'il est un homme de réconciliation, qu'il veut que les élections de 2020 soient justes, transparentes et que le meilleur gagne. Ce qui signifie que les 46% se trouvant à l'extérieur seront bientôt amnistiés ou il prendra la mesure idoine pour

dire aux Ivoiriens qu'il veut que tout le monde soit présent en Côte d'Ivoire pour participer aux élections. Voilà ce que je peux vous dire pour l'heure. Et je pense qu'il faut féliciter le président Ouattara car son discours n'est pas négatif. Il a dit que tous pourront être candidat. Ce qui montre qu'il n'est pas fâché contre quelqu'un. Au contraire, il veut que la Côte d'Ivoire soit saine. Il veut faire comme en 2010 où tous les candidats ont pu se présenter et le meilleur a gagné.

Justement, pourquoi pensez-vous que la déclaration du président de la République rassure ?

Oui, elle rassure. Le Président dit que tous seront candidats. Mais, ce n'est pas inclusif au Rhdp seulement . C'est tout le pays. Il a dit cela le 7 août qui est jour d'indépendance de la Côte d'Ivoire. Il vient d'ouvrir une brèche vers l'amnistie. Parce que s'il n'y a pas amnistie, les proches de Gbagbo, pourront-ils être candidats ? Comment on pourra dégeler leurs comptes ? Or, l'amnistie va permettre de dégeler leurs comptes et permettre à ceux qui sont en exil de rentrer. Le président Ouattara veut saluer le futur vainqueur comme ce fut le cas avec Hollande et Macron. Le président a parlé de beaucoup choses. Il dit qu'on ne doit pas parler des élections de 2020 seulement à deux ans de son mandat. Les Ivoiriens ont encore des soucis notamment au niveau de la santé, de l'éducation, de l'hydraulique, des routes, de l'emploi etc. Mais, il n'y a que les élections de 2020 qui suscitent des débats. Ainsi, si on doit tous parler de ces élections, qui sont ceux qui vont travailler au gouver- nement, dans les administrations, dans les services publics et parapublics ? Qui ira au champ dans les villages pour cultiver le café- cacao, l'anacarde, l'hévéa etc. Le président de la République demande qu'on aille tra- vailler. 2020 est loin et nous avons encore du temps.

Peut-on avoir une idée de la date d'examen de cette loi d'amnistie que vous avez déposée ?

Non ! Cela dépend du président de l'Assem- blée nationale et le bureau des présidents de la conférence.

Quels sont les échos qui vous parviennent ?

Ils sont favorables ! La preuve : un proche du président Soro a créé un mouvement dénommé "l'alliance du 3 avril", je veux parler de Lobognon. Celui-ci a demandé au gouvernement de faire une amnistie générale et définitive. Cela veut dire que la loi que j'ai déposée, leur sied.

Leur mouvement comprend plus de 40 députés, selon eux ... .

Oui, ils ont plus de quarante députés mais c'est le Rhdp qui demeure majoritaire au parlement...

Pensez-vous que quelqu'un puisse refuser, aujourd'hui, une loi d'amnistie qui va libérer tous les deux camps ? Pensez-vous que c'est un seul camp qu'il faut poursuivre ? Pensez- vous que les autres ne cherchent-ils pas la liberté ? Pensez-vous que les autres veulent avoir toujours l'épée de Damoclès sur leur tête. On sait ce qui se passe. On a lu dans des journaux qu'il y a des mandats d'arrêt qui sont déposés dans ce pays, vous en savez plus que moi. Ceux qui sont transférés là-bas (Cpi) sont des Ivoiriens comme nous, c'est de cela qu'il s'agit.

Pourquoi traiter cette loi d'amnistie différemment des lois d'amnistie passées, et des autres lois du pays qui ne font pas l'objet d'autant de bruits ? N'est-ce pas parce qu'il y a anguille sous roche ?

Ça, on le verra. Pour l'instant, j'attends que l'Assemblée nous appelle pour que chacun prenne les choses en main, et pour expliquer ce qu'il pense de l'amnistie qui est déposée. C'est une affaire des députés. Mais, je vous demande de nous aider à convaincre le maxi- mum de députés pour que cette loi passe pour libérer notre pays.

Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément, a dit le philosophe. Avez-vous le sentiment d'avoir bien élaboré votre proposition et de l'énoncer aisément eu égard aux préoccupations que nous venons de soulever?

Je ne suis pas un spécialiste des lois ! Je me suis appuyé sur des juristes pénaux qui ont fait le travail, selon notre vision, pour élaborer ce document de huit pages et qui pèse 200 grammes, pour annihiler les trois cent tonnes d'armes que nous cherchons aujourd'hui dans ce pays. Parce que dès que la loi d'amnistie passe, ces armes vont sortir pour revenir à qui de droit. Donc, mes 200 grammes vont annihiler les 300 tonnes et la secousse sera terminée. Et mieux, c'est une posologie qui se prendra comme suit : Quatre pages à lire le matin et quatre autres à lire le soir, et avec cette posologie les Ivoiriens seront guéris (rire).

Mais, ceci se passe dans un contexte où le pays connaît encore des mutineries, des crises à répétitions, n'est-ce pas inquiétant ?

Bon ! À ce niveau, je pense que les mutineries ont déjà trouvé une solution puisqu'on a vu tout récemment les choses rentrer dans l'ordre. Les jeunes gens ont regagné les casernes, leur promesse a été satisfaite. Donc, allons à l'essentiel.

Vingt évadés également au palais de la justice...

Bon ! Cela s'est passé qu'avant-hier, on vient de l'apprendre et les enquêtes sont en cours. Que le ministre de la Justice prenne ses responsabilités. Ce n'est pas le travail d'un député. Le député constate et fait des propositions. Moi je fais une proposition sur la sécurité, la justice donc je ne peux pas résoudre tous les problèmes. Je ne suis ni l'exécutif, ni ministre.

Peut-on avoir une idée approximative du nombre de prisonniers qui devrait être libérés, selon votre loi ?

Selon les informations qu'on lit chaque fois dans les journaux, ils sont autour de 200, il faut ensuite ajouter les Ivoiriens en exil, et les deux Ivoiriens à la Cpi. C'est ce que je sais pour l'instant.

Cote d'Ivoire

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