14 Août 2018

Congo-Brazzaville: Téléphonie mobile - Une tarification de crise

Les opérateurs du secteur ont révisé, il y a quelques mois, leurs tarifs d'appel, SMS et internet. Retour sur une opération ayant non seulement suscité des remous mais aussi bouleversé un écosystème déjà altéré par la crise économique.

L'augmentation du taux de pénétration de 10,4% au premier trimestre 2018 sur le marché n'avait finalement pas suffi à trancher sur la bonne santé du secteur au Congo. La crise économique qui a touché presque tous les segments de l'économie a également ruiné le secteur des télécoms où l'on a noté une tendance baissière des revenus, avec une perte de 18% de la valeur du marché cette année.

De 2015 à 2018, en effet, le marché de la téléphonie mobile a perdu près de 42% de sa valeur, selon les chiffres fournis tôt par l'Agence de régulation des postes et communications électroniques (Arpce). Elle expliquait, dès fin mai, ces chiffres par l'entrée massive dans la téléphonie mobile de nouveaux services nommés OTT (Over the top) qui sont de nouvelles applications mobiles nées de l'explosion de l'internet. Téléphoner n'est plus alors une chasse gardée des opérateurs car ces applications (Facebook, WhatsApp et autres) sont capables de transporter des flux vidéo, audio ou de données sur internet sans l'intervention nécessaire d'un opérateur et menacent l'économie de ce marché.

Si les OTT peuvent justifier ce tableau, la guerre des prix à laquelle se sont livrés les deux principaux opérateurs, ces dernières années, a accéléré la chute des revenus du secteur, lequel subissait déjà l'influence de la crise économique avec, précédemment, des tarifs parmi les plus bas du continent, selon l'Arpce. En avril dernier, à cause sans doute de cet état de fait, l'Arpce a enregistré des revenus de l'ordre de 24 FCFA par minute d'appel alors qu'avant, ils se situaient à 50 FCFA. Dans le segment data (internet), le constat est le même. Alors qu'il avait atteint environ 3,8 milliards de FCFA en août 2017, le revenu data est en constance régression en dépit de l'augmentation du trafic.

Encadrer les prix pour sauver les revenus

Devant ces chiffres inquiétants, le gouvernement et le régulateur ont décidé de prendre une décision, soucieux de garantir l'équilibre du secteur et faisant suite à l'audit tarifaire de l'année 2016 ainsi qu'à l'analyse des différents tarifs faite de janvier à mars 2018. L'Arpce a procédé à l'encadrement tarifaire avec les opérateurs. Des tarifs relevés, par ailleurs, d'une nouvelle taxe sur le trafic des communications électroniques (TTCE) imposée par la loi des finances. Selon ces nouvelles dispositions prises en juin dernier, conformément à la loi, le prix plancher du mégaoctet de l'internet mobile (Data) est désormais fixé à 4 FCFA TTC et celui d'une minute d'appel entre les opérateurs dominants est fixé à 25 FCFA TTC. La décision, expliquait le ministre de tutelle, Léon Juste Ibombo, permet juste d'affermir le marché pour éviter que la situation ne s'empire.

Car si les chiffres ne s'améliorent pas, le secteur pourrait s'exposer à des conséquences majeures, allant jusqu'à la perte d'emplois et de contrats de prestation de service. La situation pourrait également conduire à la dégradation de la qualité des services, du fait du manque de ressources pour pérenniser l'exploitation des réseaux et le financement de nouveaux équipements. Cette refonte des prix devrait avoir un impact important sur l'économie entière vu l'importance des revenus de ce secteur, deuxième contributeur après le pétrole en matière de recettes fiscales et grand pourvoyeur d'emplois directs et indirects dans le pays.

La revue de la TTCE et l'encadrement des tarifs ont ainsi obligé les opérateurs de téléphonie mobile à revoir leurs prix afin d'être en phase avec ces nouvelles directives. Seulement, les consommateurs et acteurs du secteur ont déploré l'absence d'une communication efficiente des opérateurs et du gouvernement pour clarifier à temps ce bond tarifaire. Au-delà de ces péripéties qui ont créé une atmosphère délétère mais finalement apaisée, l'espoir est de voir ce secteur poursuivre son développement comme ce fut le cas les années précédentes, en apportant aux Congolais de nouveaux services à valeur ajoutée, garantissant de nouveaux investissements et la pérennité des emplois en ces temps difficiles.

Congo-Brazzaville

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