16 Août 2018

Congo-Kinshasa: Marché central - Foyer du désordre, des immondices et de l'arbitraire

Le célèbre « «Grand Marché», aussi nommé Marché central, jadis fierté de la capitale, n'est plus qu'un monument de la honte pour les Kinois et leurs autorités. Une gêne qu'on devait éprouver non seulement devant de nombreux touristes qui se risquent en visite en lieu et qui ont ainsi l'occasion de le comparer à d'autres marchés mieux organisés et bien gérés à travers le monde, mais aussi et surtout un discrédit pour la Gouvernement provincial de cette Ville-Province ; lui qui gère ce marché et en tire divers avantages dont les taxes.

En effet, quels que soient les points par lesquels vous abordez ce marché, on est frappé par une réalité : l'omniprésence des immondices et des caniveaux saturés non par les eaux usées, mais par les divers déchets et emballages utilisés par les commerçants.

Il faut noter qu'il n'existe plus de passage pour véhicules au sein du marché. Tous les espaces ont été distribués sur les avenues Luambo Makiadi (ex-Bokasa) ; Rwakadingi, Plateau, etc. Ce n'est plus le beau marché laissé par les Colons ou celui d'il y a 30 voire 20 ans, mais un site où règnent visiblement le laisser-aller et loi du plus fort. Les eaux déversées sur ces détritus provoquent leur fermentation et dégagent des odeurs pestilentielles dans l'indifférence générale des commerçants et des gestionnaires du marché. Pour ces derniers, les recettes journalières sont la principale préoccupation et des jeunes gens sont engagés pour percevoir des taxes chaque jour qui passe.

Pour s'acquitter de cette mission, les percepteurs des taxes sont d'un zèle incomparable ; ils savent que face aux commerçants en général et particulièrement face aux groupes des débrouillards, composés d'adultes - hommes et femmes d'un certain âge - ils peuvent tout se permettre : intimider, arracher des articles exposés, voire injurier sans qu'aucune sanction ne leur soit infligée. Mais, ils ne sont pas les seuls à se livrer aux intimidations. Tout le marché est sillonné par des agents de l'ordre chargé de la sécurité. Evidemment, ils assurent cette sécurité à leur façon. Alors que les délinquants, «kuluna» et autres marginaux sont laissés tranquilles, ils perçoivent aussi leurs «taxes», d'un commerçant à l'autre. Ceux qui vendent sur des aires ou passages dont l'occupation est interdite, savent à l'avance qu'ils doivent chaque jour verser un pourboire aux hommes en uniformes pour exercer leur travail, sinon, les articles sont saisis et amenés à leur «bureau». Et là, le calvaire est prévisible...

Taxes journalières : 200Fc pour assainissement ; 600Fc pour l'étalage et 1.500Fc par kiosque

Tout observateur qui se penche sur cette question du manque de salubrité au «Grand Marché» est surpris par le montant récolté chaque jour auprès des milliers des commerçants pour les travaux d'assainissement (appelés «Salongo»). En effet, chaque commerçant est obligé de verser par jour 200Fc pour le «Salongo». La traçabilité des sommes ainsi récoltées par les percepteurs n'a jamais été établie de manière certaine. Des commerçants eux-mêmes affirment que rechercher la traçabilité des sommes perçues revient à déclarer la guerre à l'administration du marché. Ces taxes journalières versées par chaque commerçant comprennent également 600Fc par étalage et 1.500Fc par kiosque. En guise de reçu de perception, chaque percepteur se promène avec un papier, une feuille de cahier ou un carnet qu'il déchire pour remettre à celui qui a payé un bout de papier paraphé.

A ces diverses taxes, s'ajoutent celles honorées par des «grands commerçants» qui ont un système de liquidation fort différent de celui appliqué aux petits commerçants ou aux débrouillards. Ces derniers se plaignent du fait qu'il ne sont pas protégés contre la concurrence « déloyale » exercée contre eux par les grands commerçants et les étrangers qui ont construit des magasins de vente en gros et en détail juste là où ils vendent en détail. Dans les pays de ces étrangers, les nationaux sont protégés, mais ici en RDC, ce sont les commerçants étrangers qui sont les mieux protégés. Cela, disent les petits commerçants du Grand marché, est injuste. Il n'existe pas dans ce marché un système de contrôle citoyen ou un contrôle efficace des recettes sur lequel établir une quelconque planification.

Congo-Kinshasa

Expulsés d'Angola, des Congolais plongés dans la misère au Kwango

Depuis le mois d'octobre 2018, des milliers des Congolais, de l'Angola manu militari, atterrissent sans défense,… Plus »

Copyright © 2018 Le Phare. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.