16 Août 2018

Mali: Réélection d'IBK - La fin d'un faux suspense

Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK) : 67,17% ; Soumaïla Cissé : 32,83% ; taux de participation : 34,54%. Le ministre malien de l'Administration du territoire, Mohamed Ag Erlaf, a mis fin hier matin au faux suspense qui entourait les résultats du second tour de l'élection présidentielle.

Ibrahim Boubacar Kéïta, selon les résultats de la commission nationale d'organisation des élections, l'emporte haut la main, réélu pour un mandat de cinq ans. Le miracle n'a pas eu lieu pour Soumaïla Cissé, incapable d'inverser les tendances qui lui étaient déjà défavorables dès le premier tour.

Il devrait cependant, bon gré mal gré, se consoler d'avoir recueilli plus de suffrages qu'en 2013 où il avait été battu plus largement par le même adversaire : 23% contre 77% des voix. IBK pour sa part devrait avoir le triomphe modeste pour la raison suivante : il a perdu 10 points par rapport à son score d'il y a cinq ans. Un signe qui ne trompe pas sur la baisse de sa cote de popularité auprès des Maliens. Qu'importe !

Les partisans du Rassemblement du peuple malien (RPM), parti majoritaire, jubilent et applaudissent leur champion. En effet, la Cour constitutionnelle, à quelques détails de chiffres près, devrait valider au plus tard dans une semaine le nouveau bail quinquennal d'IBK comme locataire de la Colline du pouvoir à Bamako- Koulouba.

Plusieurs observateurs de l'échiquier politique malien avaient pronostiqué cette victoire d'IBK, non seulement à cause des avantages dont bénéficient généralement les présidents-candidats en Afrique mais aussi à cause des handicaps liés à la personne et à la candidature de Soumaïla Cissé.

Ces handicaps vont du manque de véritable solution de rechange face à la politique d'IBK aux pleurnicheries de politiciens grincheux dont ont fait montre Soumaïla Cissé et ses alliés de l'opposition.

Plusieurs fois ministre, notamment des Finances entre 1993 et 2002, candidat à la magistrature suprême à trois reprises depuis 2008, Soumaïla Cissé, à 68 ans bien sonnés, passe pour être un des dinosaures d'une classe politique malienne vieillotte, en panne d'idées novatrices pour développer le pays.

Voilà qui explique, entre autres raisons, son incapacité à fédérer toute l'opposition malienne autour de son programme de gouvernement au point de pâtir de la défiance des candidats arrivés troisième et quatrième de cette présidentielle : Cheick Modibo Diarra, par exemple, dans son refus de donner des consignes de vote, est allé jusqu'à renvoyer dos à dos le président sortant et son challenger, les qualifiant de blanc bonnet, bonnet blanc, non sans une allusion malicieuse aux habitudes vestimentaires de ces « princes mandingues ».

Plus grave pour Soumaïla Cissé, il a mené sa campagne électorale, au premier comme au second tour, en victime révoltée contre les fraudes qui seraient orchestrées pour tronquer les résultats des urnes.

Si bien qu'on l'a beaucoup entendu proférant des imprécations contre le tripatouillage du scrutin et moins expliquant le projet de société qu'il a conçu pour développer le Mali. C'est donc une demi-surprise si les électeurs maliens ont préféré la continuité avec IBK aux incertitudes d'une alternance sans solution de rechange avec Soumaïla Cissé.

C'est dire que les bourrages d'urnes mis à l'index par le perdant, s'ils ont existé, n'expliquent pas tout. Au demeurant l'absence de preuves formelles qui étayent ces accusations peut pousser à les ranger dans les jérémiades d'un mauvais perdant qui bat sa coulpe sur la poitrine des autres.

On est coutumier du fait en Afrique où les perdants d'élections rejettent leur échec plus sur les tricheries de l'adversaire que sur les incohérences de leur campagne électorale.

Le Mali ne fait donc pas exception à la règle. Pourtant, si Soumaïla Cissé veut prendre rendez-vous pour l'avenir avec l'espoir de vaincre ce qui ressemble à une malédiction de Poulidor, il devrait afficher plus de sérénité et de dignité face à la défaite. 2023 n'est pas si éloigné et, qui sait, cette échéance pourrait être la bonne pour réaliser ses ambitions d'être calife à la place du calife.

Dans cette perspective, il devrait analyser les raisons de la victoire d'IBK. Il est vrai que, sous nos tropiques, ce n'est pas facile de déboulonner un président- candidat par les urnes. Ce dernier a toujours l'avantage de s'être constitué, licitement ou non, un trésor de guerre pour les élections.

En outre, en tant que chef de l'Etat, il peut s'appuyer sur l'appareil institutionnel et administratif pour booster sa campagne et mettre à son compte les réalisations des partenaires techniques et financiers bilatéraux ou multilatéraux.

Ces paramètres ont pu jouer en faveur d'IBK qui a compté avec la Force Barkhane, la MINUSMA et le G5 Sahel pour donner une relative sécurité au Mali, propice à une relance de l'économie, notamment dans le secteur agricole.

Mais l'arbre ne doit pas cacher la forêt. Le Mali reste un concentré de problèmes socio-économiques, avec une paix fragile, un pays en proie aux attaques terroristes et aux conflits communautaires.

Dès lors, on n'a pas besoin d'une boule de cristal pour dire que de grands défis attendent le président réélu. Il n'aura pas d'état de grâce ni l'excuse d'être un néophyte. Il lui faut aller tout de suite au charbon pour montrer que les Maliens n'ont pas eu tort de préférer les assurances de la continuité aux incertitudes du changement à la tête de l'Etat.

Quant à Soumaïla Cissé, la communauté internationale, et les Maliens encore plus, lui revaudront de ne pas jeter l'huile sur le feu d'une situation nationale volatile.

Le Mali et la sous-région ouest-africaine n'ont pas besoin d'une tempête sociale postélectorale qui se grefferait à la crise sécuritaire qui tient nos pays sur un qui-vive permanent. Alors oui à la saisine de la Cour constitutionnelle des irrégularités qui auraient entaché l'élection présidentielle, mais non à la chienlit de la contestation des résultats par la rue. On attend de voir.

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