Burkina Faso: Procès putsch manqué - Un interprète pour le soldat Ouattara

Photo: fasozine
putsch manqué du 16 septembre au Burkina Faso

Les auditions des accusés au procès du coup d'Etat manqué du 16 septembre 2015 ont repris hier 16 août 2018, dans la salle des Banquets de Ouaga 2000. Etait à la barre le soldat de 1re classe Sidiki Ouattara, poursuivi pour quatre chefs d'accusation : complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat, meurtre, coups et blessures volontaires et dégradation volontaire aggravée de biens.

Il a plaidé non coupable, a déclaré l'interprète qui lui a été trouvé, une première, car depuis le début du procès, les inculpés se sont toujours exprimés dans la langue officielle, le français.

Il ne parle pas suffisamment bien le français et l'a signifié au président de la chambre de première instance du Tribunal militaire de Ouagadougou par l'intermédiaire de son avocat Me Alexandre Lassané Daboné. Le soldat de 1re classe, Sidiki Ouattara, puisque c'est de lui qu'il s'agit, a été appelé à la barre dès la reprise du procès dit «Ministère public contre Diendéré Gilbert et autres».

«Monsieur le procureur avez-vous trouvé un interprète vu que l'accusé désire s'exprimer en langue dioula ? », a demandé Seidou Ouédraogo après la vérification des présences. «Oui, nous l'avons fait, nous avons trouvé un interprète ad hoc », a répliqué le parquet militaire.

La tâche d'interprète a échu au gendarme, Abel Samé qui a juré de traduire fidèlement les déclarations ainsi que les questions qui seront posées à Sidiki Ouattara par les différentes parties (président de la chambre, ministère public, avocats de la défense et conseils des parties civiles).

Passé cette étape, le natif de Kouakouali, dans la province du Houet a pris connaissance de ses chefs d'inculpation: complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat, meurtre, coups et blessures volontaires et dégradation volontaire aggravée de biens. «Est-ce que vous reconnaissez ces faits ?», a déclaré le président. «Ayi (non)», a rétorqué sec le jeune homme de 25 ans. Il est né, en effet, le 31 décembre 1993).

Dans la matinée du 16 septembre 2015, après avoir fait du sport, le soldat de 1re classe, Sidiki Ouattara, s'est rendu en ville, chez ses camarades où il a pris du thé. Dans l'après-midi, il a reçu un appel téléphonique d'un soldat du même grade que lui (il ne se rappelle pas le prénom de l'intéressé, mais sait qu'il se nomme Zerbo).

Celui-ci l'a informé d'un rassemblement au camp. Il a alors regagné Naaba Koom II puis a participé audit rassemblement sans savoir ce qui y a été dit. Mais des éclaircissements qu'il a eus auprès de ses frères d'armes, le soldat a compris que le quartier a été consigné. «Qu'avez-vous fait dans la nuit du 16 septembre ? », lui a demandé Seidou Ouédraogo.

Si le soldat Ouattara a reconnu avoir fait la ronde du camp «une seule fois», il ne se rappelle plus le nom de la personne qui lui avait donné cette instruction, l'identité de ceux qui étaient avec lui et encore moins leur nombre.

«Et les jours qui ont suivi ? », a ajouté le président. «Je ne sais pas si c'est le 17 ou 18 septembre, au cours d'une nuit, le sergent Djerma m'a embarqué à bord d'un véhicule pour une corvée.

Nous sommes allés chercher le chef Koussoubé avant de nous rendre dans une maison (il ne savait pas que c'était à la radio Savane FM). Quand nous sommes arrivés, on m'a dit de rester dans la voiture.

Après le chef Koussoubé m'a enjoint de descendre chercher du matériel que nous avons embarqué au retour. Ils m'ont déposé au piquet et ont continué, je n'ai pas su la destination de ce matériel», a raconté l'accusé. En ces lieux, il a aperçu d'autres militaires mais ne saurait citer des noms car ça serait «mentir».

«Je n'ai jamais été à la place de la Nation »

«En dehors de la ronde et la mission à Savane FM, avez-vous fait une autre corvée ?», a poursuivi Seidou Ouédraogo. Le dioulaphone a répondu par la négative alors que selon le parquet militaire Sidiki Ouattara a confié en enquête préliminaire s'être retrouvé à la place de la Nation avec la précision que l'adjudant-chef Dibloni leur disait par moments de tirer en l'air pour empêcher tout regroupement.

Des déclarations que le mis en cause a bottées en touche. Il a soutenu n'avoir jamais été à la place de Nation ou avoir fait usage de son arme ne serait-ce qu'une fois.

«Selon les P-V de la gendarmerie, vous avez dit qu'au regard de la situation qui prévalait, ceux qui ont arrêté les autorités de la Transition ont reçu chacun 5 parcelles », a précisé le substitut du procureur militaire, Sidi Bekaye Sawadogo. «N'Allah o ya inventé », a réagi l'inculpé suivi des murmures de l'assistance. Autrement dit, il a chargé les gendarmes d'avoir inventé ces propos.

«Au cours du rassemblement du 29 septembre 2015, vous avez dit que le général a promis 5 millions de francs CFA à chacun des soldats qui étaient d'accord pour combattre les forces loyalistes. Vous avez dit 3 millions sur place et le reste après. Ça aussi, ils ont inventé ? », a renchéri le substitut Sawadogo.

«Ce sont les gendarmes qui ont écrit ce qu'ils pensent, ils ont dit que tout a été déjà dit. Ils répondent eux-mêmes à des questions qu'ils ont posées avant de les consigner dans les P-V», a expliqué Sidiki Ouattara.

«Mais selon vous, est-ce que le fait d'aller arrêter les émissions d'une radio, fait partie des attributions d'un militaire ? Avez-vous cherché à comprendre auprès de vos supérieurs ? », a relevé le substitut Mamadou Traoré.

«J'ai exécuté les ordres de mon chef. Quand un chef dit de faire quelque chose, tu le fais. De plus, je ne peux pas demander ça aux chefs », s'est justifié le mis en cause. Pour sa part, le conseil de l'accusé, Me Alexandre Lassané Daboné, a invité le tribunal à prêter l'attention nécessaire aux déclarations faites à la barre d'audience et non sur les P-V brandis par le ministère public.

Selon ses propos, les difficultés liées à la traduction se sont fait sentir au prétoire. Il n'a pas été non plus loquace sur l'étape de la gendarmerie où les conditions n'auraient pas été réunies afin de permettre à son client d'être serein; au point où ce dernier avait souhaité plutôt mourir que d'avoir à être maltraité.

L'audition du soldat de 1re classe Sidiki Ouattara, suspendue à 17h, se poursuivra ce matin dès la reprise.

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