17 Août 2018

Congo-Kinshasa: Désignation du dauphin du président Kabila - Au-delà de la surprise, que cache la partie visible de l'iceberg ?

analyse

Après les premiers moments de stupéfaction qui accompagnent la désignation d'Emmanuel Shadari comme dauphin, il est intéressant de parcourir les nombreuses réactions des uns et des autres afin de tenter de comprendre cet acte de désignation et surtout de cerner portée et le sens de ce choix, semble-t-il, inattendu aux yeux de beaucoup parmi nous au pays comme à l'étranger. En effet, cette désignation par dépit et par défi intrigue.

Désignation par dépit, car elle est le fruit de nombreuses internes et externes. Une réponse qui sonne comme imposée, non par la personne qui la prend.

Ce n'est pas un acte de bonne foi. acte doit en même temps refuser aux Congolais, cette joie qui résonné comme une défaite pour Kabila. C'est sans doute le sens refus d'une annonce séparée des deux évènements. Les « mandalala » l'annonce du refus de briguer un troisième mandat sont étouffés par choix simultané de ce dauphin inattendu.

On est tous comme estomaqué. Mais, Kabila reste dans la logique du «

je ne souffrirai pas seul ; je ne mourrai pas seul ». Il veut maître du jeu même au moment où visiblement il ne maîtrise pas tout qui lui arrive. Bien plus, s'il renonce à un troisième mandat, n'abandonne pas l'idée de conserver le pouvoir. Et qu'on se le dise,

il entend garder la gestion du processus électoral, car il a qu'il pouvait garder le pouvoir en organisant un holdup électoral une dose de répressions des rares contestataires postélectoraux, soulever l'ire des uns et des autres dans la sous région ni ailleurs !

Dans ce jeu d'échec, Kabila veille toujours à reprendre l'initiative chaque fois qu'il sent qu'il la perd.

Désignation par défi, car il se choisit, une personne en avec la communauté internationale comme tous ceux qu'ils autour de lui en cette fin de mandature.

Il reconstitue le clan mousquetaires avec pour devise « Un pour Tous, Tous pour Un ». plus, par rapport au Congo, il reste fidèle à la léopoldienne du Congo « bien privé » légué à tout celui à qui on confie la gestion. Et, sous l'AFDL, le Congo est et restera propriété familiale qu'on se lègue de père à fils, de fils à oncle demain d'oncle à neveu, amen !

Dans les lignes qui suivent, je me propose de lire « l' Shadari » en toute quiétude, sans irritation, avec un d'objectivité et surtout en essayant d'en cerner les contours patience, persévérance et pertinence si nous voulons tous en tirer bénéfices pour la suite de ce processus électoral qui ne cessera de nous surprendre.

Réactions des et des Pour tous ceux du peuple qui luttent pour le changement, l'heure aux exclamations victorieuses du genre « enfin, il a cédé à pression populaire. Il ne sera pas candidat à sa propre succession !

». C'est une victoire pour le peuple congolais dans toutes composantes : des activistes pro-démocratie et pro-droits humains, confessions religieuses à travers leurs hiérarchies et structures d'églises, sans oublier les Congolaises et Congolais pays comme dans la diaspora, engagés au sein de nos organisations politiques et mouvements associatifs.

Tous, le temps la surprise, semblent avoir poussé un ouf de soulagement, grande était la tension en ce 8 août 2018. Passé cet événement, esprits reviennent peu à peu en place pour trouver la boussole nous guidera dans la compréhension de ce « moment » pour notre pays !

Un moment de recueillement et de La désignation du dauphin et son non dit de renoncement à troisième mandat a ravivé en nous la mémoire de tous ces fils filles qui ont sacrifié leurs vies dans ce long combat pour démocratie respectueuse de l'humain en terre congolaise: Chebeya, Bazana, Franck Ngykie et son épouse, Bapua Muamba, Maheshe, Didas Namujimbo, Mgr Muzihirwa, Mgr Kataliko, Buuza Mabe,

Mamadou Ndala, Bahuma, Boteti, Luc Nkulula, Rossy Tshimanga, Tshimanga, Eric Bolokolo, Thérèse Kapangala, Hussein Ngandu, Kikunda, les victimes connues et inconnues de l'opération Likofi, ces corps d'hommes, de femmes et d'enfants dans les fosses communes Maluku, au Kasai, ou en errance à travers nos savanes et forêts, êtres en perpétuelle clandestinité et décrétés « proies » dans chasse à l'homme où ils sont continuellement recherchés, poursuivis,

piégés avant d'être conduits dans des camps de déplacés internes elles sont entourées, capturées, violées ou tuées par les chasseurs viandes humaines.

Ils sont morts. Ils sont vivants, porteurs de cette flamme continue à nous interpeller, gouvernants et gouvernés. Chaque victoire en route vers un Etat de droit sera, pour nous tous, occasion de recueillement et de célébration de leurs noms.

Un moment de solidarité internationale

Ce moment est aussi crucial pour tous ceux qui, sur le sous-régional, africain et des Nations Unies, ont décidé d' le peuple congolais dans cet exercice oh combien exaltant d'offrir ce pays l'opportunité d'une première alternance pacifique du pouvoir.

Toutes ces négociations à reports et rebondissements multiples jusqu' lasser plus d'un diplomate ; toutes ces mesures contraignantes qui fini par donner l'impression de parties de bras de fer à chaque plus musclées ; toutes ces réunions convoquées et reportées si pas avortées sont l'expression plurielle de multitude croissante de voix qui, à travers le monde, se font parce que, comme du temps de Léopold II, quelque chose d' troublant se déroule sur cette terre de libre échange et de commerce au cœur de l'Afrique.

Incontestablement, face à toutes ces vagues de incessantes dont sont victimes les populations congolaises et par la force de leur humanité, les dirigeants du monde, à travers Conseil de Sécurité des Nations Unies et les organisations africaines,

n'hésitent plus à dire non à l'inhumain qui, depuis des siècles, élu domicile dans cette partie du monde. Mon rêve, c'est de nous tous unis comme lors de la mise à mort de l'Apartheid pour donner à un projet différent en RD Congo.

Moment d'effroi et de froid

Pour tous les collaborateurs du « Rais », c'est le désarroi. paraissent désabusés. Ils sont comme tétanisés par cette annonce et savent plus à quel saint se vouer. Piégés jusqu'à la dernière minute,

le « Rais » ne leur a laissé ni le temps, ni l'espace, pour quelconque velléité de contestation ou de dépôt de candidature les quelques ambitieux qui, dans les coulisses ou en public, avaient exprimé la volonté. Médusés, ils sont sans doute tous en de ruminer leur colère et leur revanche en silence.

Et puis, nombreux sont ceux qui, parmi ses partenaires se comment convaincre leur électorat à voter pour le dauphin. Si hier, 2011, ils ont accompagné Kabila dans la fraude électorale ; c' parce qu'ils avaient la garantie que le bourrage des urnes pour chef s'accompagnait du même exercice pour leur propre candidature.

Mais, aujourd'hui, avec une machine à voter dont seul maîtrisent le contrôle, comment s'assurer d'une réélection pour prochaine mandature ?

Manifestement, la machine à voter entre les mains de Nangaa est couteau à double tranchant. En plein doute, certains partenaires Rais risquent de rejoindre ouvertement ou en cachette, le camp l'opposition dans son combat contre la machine à voter et électeurs fictifs. Ni les menaces à peine voilées, ni la corruption les retiendront, car, par son acte, le Rais n'inspire plus confiance.

Il a semé le doute parmi ses pairs. Pour ses partenaires d'aujourd' ou mieux déjà d'hier, le combat s'annonce rude. Il y va de maintien au pouvoir, source d'avoirs et de valoir !

Un moment Les opposants congolais n'ont plus droit à l'erreur. C'est qu'ils doivent saisir l'opportunité de redorer leur blason terni tant d'années de corruption, de débauchage, de vagabondage et d'inconstance. Il revient donc à l'opposition politique congolaise,

toutes tendances confondues, de prendre la mesure de ce moment et de répondre aux vœux récurrents d'unité, de cohésion d'alternance du peuple congolais. A ce stade, personne ne pardonnera les erreurs ci-dessous :

* Croire que Shadari est un candidat « menu fretin » que opposant, pris individuellement, peut battre aux élections. complexe de supériorité sera fatal surtout si les élections déroulent sous le contrôle de Kabila et la supervision de la actuelle avec sa machine à voter et ses millions d'électeurs fictifs.

- Se disputer pour un pouvoir non encore conquis et mettre en toute négociation pour un candidat commun de l'opposition.

- Surestimer ses ambitions et refuser une gestion collective responsable des égos.

- Continuer à s'arroser de champagne en se berçant d'illusion d' victoire précoce.

- Refuser de tendre l'oreille en direction des politiciens de majorité en réelle situation de désaccord et en quête de planche salut.

- Douter de l'autre et refuser de lui faire confiance lors des - Opter pour le suicide : « tout ou rien » ! « Si pas moi alors perdrons tous » !

- Distraire ses militants par la préparation des campagnes individuelles au détriment d'une mobilisation pour se débarrasser la CENI dans sa composition actuelle, de la machine à voter et millions de fictifs du fichier électoral.

- Oublier qu'une épée de Damoclès est suspendue sur la tête de de nos opposants et de l'opposition. Ce n'est pas par hasard l'idée d'une transition citoyenne tient la route. Elle tire fondement dans la déception profonde qu'éprouve notre peuple et bonne partie de la communauté internationale vis-à-vis des hommes des femmes politiques congolais, toutes tendances confondues.

Cette liste d'erreurs à ne pas commettre n'est pas exhaustive dessein. Elle attend être complétée par une praxis, un agir qui donnera un sens à tout ce long combat livré par le peuple congolais.

Ce peuple n'attend qu'une chose : votre d'orgueil pour porter à la Présidence de la République un Congolais une Congolaise au profil différent du profil Léopoldien et enfin à cette nation une alternance pacifique annonciatrice de l' de droit tant attendu par tous.

Un moment d'engagement citoyen Pour le peuple congolais, il y a de nombreuses leçons à tirer de moment pour notre engagement citoyen à venir:

- Ce moment montre que rien ne peut arriver à un peuple s'il ne désire ardemment et se mobilise pour l' - Tout ce qui nous est arrivé de mauvais hier avait pour causes peur et notre silence - En dépit des humiliations personnelles, des profanations de lieux sacrés, des pertes en vies humaines, la lutte non violente par l'emporter parce que toujours patiente, persévérante et soucieuse de l'autre qui n'est pas mon ennemi.

Ce moment apprend, chaque jour, que nous combattons quelque chose de profond que l'autre en face de nous : le mal qu'il nous fait. C' pour cela que nous ne cherchons pas à le vaincre mais plutôt à convaincre pour vaincre avec lui le mal qui le torture depuis le de ce processus qui vise l'alternance pacifique du pouvoir.

- Si hier notre mobilisation était tributaire d'un appel d'un d'organisation politique, associative ou confessionnelle ; demain,

comme ce 8 août 2018, elle dépendra d'un événement contenu dans le chronogramme du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

De toute évidence, d'ici le 23 décembre 2018, il ne nous reste l'évaluation de septembre 2018 pour confirmer ce que certains veulent jusqu'ici pas dire explicitement : « des transparentes et crédibles avec Kabila ne sont qu'une illusion. n'auront pas lieu ». Devant cette évidence, il ne nous reste que pistes : des élections sous l'égide des Nations Unies ou transition citoyenne.

THIERRY NLANDU MAYAMBA, PROFESSEUR A LA FACULTE DES LETTRES/ DE KINSHASA - MEMBRE DU COMITE LAÏC DE COORDINATION)

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