17 Août 2018

Burkina Faso: Polémique autour de la révision du code électoral - Pourquoi ne pas attendre le délibéré du conseil constitutionnel

analyse

Le débat sur le vote des Burkinabè de l'extérieur fait rage et aucun consensus ne semble possible pour réunir les principaux acteurs de la scène politique. Un analyste indépendant jette son regard et tire la conclusion qu'il faut un sursaut patriotique à l'Opposition et beaucoup de retenue si elle souhaite vraiment voir le vote de la diaspora effectif en 2020.

Depuis le lundi 30 juillet 2018, date de l'adoption du Code électoral, jamais sujet n'a fait les choux gras des organes de presse et des conversations dans les maquis et autres gargottes. Chaque camp va de ses arguments et/ ou de ses contre-arguments (c'est selon) pour convaincre son lectorat, son auditoire ou son vis-à-vis sur la justesse de ses préoccupations. Comme le recommandait Jean Paul Sartre, il faut se « salir les mains » car la question évoquée touche, à plus d'un titre, à la cohésion nationale et risque de perturber le sommeil de nos frères et sœurs de la diaspora si à l'intérieur nous ne jouons pas balle à terre.

Sur cette question, les intérêts personnels et individuels doivent vite disparaître pour céder la place à l'intérêt général et collectif. Dans le présent article, nous allons analyser les différents points de discorde et montrer que la présente loi renforce notre vivre-ensemble et crée la quiétude chez nos frères vivant hors des frontières.

Le premier point sur lequel le débat achoppe, c'est le document devant servir au vote. Si la loi ne retient que la Carte nationale d'identité

burkinabè (CNIB) et le passeport, l'autre camp exige la prise en compte de la carte consulaire. En aucun moment, aucune partie n'a mis en doute la fiabilité de cette dernière pièce. Mais la raison qui a prévalu à sa mise à l'écart pour ces consultations électorales découle du fait que techniquement, il est impossible à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de faire un recensement et pouvoir être prête pour les élections de 2020.

C'est pourquoi elle a choisi d'arrimer le fichier électoral à celui de l'ONI. Alors prendre en compte la carte consulaire (même biométrique), l'ONI ne dispose pas du fichier et par conséquent ne pourra pas le reverser à la CENI. Voilà la raison bien simple qui a guidé le législateur à ne retenir que les deux pièces car quiconque dispose d'un passeport possède de facto la CNIB.

Aussi, selon les statistiques fournies par nos autorités, neuf cent quatre vingt-cinq mille (985 000) Burkinabè sont détenteurs de la carte consulaire en Côte d'Ivoire et seulement trois cent mille (300 000) l'ont obtenue à l'aide d'un document autre que la CNIB et le passeport. Cela veut dire que sur cette question, l'Opposition se bat pour trois cent mille personnes hors de nos frontières alors qu'il y a des partis politiques membres du CFOP qui ne sont même pas présents dans les communes rurales de la province du Kadiogo à plus forte raison l'intérieur du pays, allez-y comprendre.

Leurs agissements démontrent à souhait leur volonté de nuire plutôt que de chercher à défendre les intérêts de cette diaspora. Si les partis politiques de l'Opposition tiennent à ce que la carte consulaire soit prise en compte, cela veut dire qu'il faut forcément faire un recensement ; toute chose qui est impossible selon la CENI, si la date des élections est maintenue pour 2020. Nous arriverons à la conclusion qu'à cause de l'Opposition, nos parents de la diaspora ne pourront pas accomplir leur droit civique.

Alors à qui la faute? Sur ce point, l'Opposition se doit de s'entourer de techniciens pour mieux comprendre la question et ne pas soutenir qu'elle défend les intérêts de nos frères et sœurs de la diaspora alors qu'elle travaille farouchement à leur nuire. Les commissaires des partis et formations politiques de l'Opposition qui sont à la CENI doivent avoir l'honnêteté intellectuelle de leur dire la réalité des conclusions des travaux plutôt que de les laisser gloser à longueur de journée.

Le deuxième élément qui est la pomme de discorde est le lieu de vote. L'opposition est contre le fait que seuls les ambassades et les consulats soient retenus comme site de vote et à décharge, elle évoque le vote des Maliens qui l'ont fait dans des écoles. Mais ce que cette Opposition omet d'évoquer, c'est que ces votes se sont déroulés dans le ressort administratif de l'ambassade et du consulat. Vous croyez qu'au Burkina Faso, c'est seulement à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso qu'on trouve des Maliens ?

Faites un tour à Ouahigouya et vous vous demanderez dans quel quartier de Bamako vous êtes. Mais aucun bureau de vote n'a été installé dans cette ville ou ailleurs. Aussi, vous aurez constaté que les pays qui organisent le vote de leur diaspora ne retiennent que Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.

Le Sénégal, la France en sont des exemples. Il ne suffit pas d'avancer théoriquement que nous avons tant de compatriotes dans telle localité, il faut des chiffres pour le prouver ; toute chose dont on ne dispose pas car aucun recensement n'a eu lieu à cet effet. Alors vous voulez qu'on installe des bureaux de vote à Niamey, à Zinder, à Maradi.

Aussi, qu'on en fasse de même à Cikasso, à Mopti, à Gao. Selon certaines sources, nous avons beaucoup de compatriotes au Gabon, en Guinée-équatoriale, à Naples, à Torino, mais ils sont combien ? Aucun chiffre pour le déterminer et sur quelle base va-t-on installer un bureau de vote ? Il faut noter que certains y sont entrés clandestinement et courent derrière des documents pour régulariser leur situation.

Dans certains de ces pays, vouloir leur accorder le droit de vote en y installant un bureau de vote, c'est ouvrir des occasions pour leurs poursuites et des expulsions ; on risque de créer des maux en voulant soigner le mal. Des bureaux de vote doivent être aussi installés, selon les arguments de l'Opposition, partout où vit un certain nombre de Burkinabè nécessaire pour ouvrir un bureau de vote. Sans être dans le secret des dieux, cela est techniquement impossible et financièrement intenable.

Le terrorisme a dépassé nos frontières et installé ses pénates à l'intérieur du pays. A cela, il faut ajouter l'insécurité alimentaire qui guette certaines régions du pays. Doit-on faire fi de toutes ces préoccupations et verser le reste des ressources dans les comptes de la CENI et de l'ONI pour le vote de la diaspora ? Un simple Burkinabè, même à l'extérieur, fera vite le choix entre son vote et celui de la stabilité et de la sécurité à l'intérieur du pays.

L'Opposition regorge de cadres bien compétents qui peuvent faire cette simulation et leur fournir les chiffres pour avis. Elle gagnerait alors à convaincre par des chiffres au lieu de se focaliser sur des termes vagues du genre « c'est de l'exclusion ». Si elle demandait à ses cadres et autres techniciens de faire ce travail, nul doute qu'elle demanderait qu'on s'en tienne aux termes exacts de la présente loi, mais encore une fois elle crée la surenchère et veut retarder le vote de nos compatriotes de la diaspora pour dire lors de la campagne que « Roch n'a pas tenu sa promesse ».

Le dernier point qui divise la classe politique dans la présente loi, c'est l'utilisation du fichier de l'Office national d'identification. Nous avons démontré plus haut le pourquoi de cette option. L'Opposition a confiance en l'ONI mais a peur que des CNIB ne soient fabriquées en masse pour servir uniquement pour les votes. Un ami me disait une fois :« c'est être bête que de discuter après le vote d'une loi.

En démocratie, on ne discute pas après le vote mais avant. Discuter après le vote d'une loi par l'Assemblée nationale revient à remettre en cause même cette assemblée et cela est très grave en démocratie ».

Dans la présente loi, l'Opposition allait avoir l'estime de toute la diaspora si elle demandait au gouvernement de mettre tout en œuvre afin que les Burkinabè, où qu'ils soient, obtiennent la CNIB pour participer au scrutin. Aussi, elle devait demander à être maintenant partie prenante à l'ONI afin de s'assurer que les CNIB sont délivrées à leurs vrais demandeurs. Mais là où je perds mon latin, c'est lorsque l'Opposition vient avec des positions non négociables et parle de « consensus ».

L'Opposition parlementaire a soumis une requête au Conseil constitutionnel ; alors plutôt que de continuer le débat, pourquoi ne pas attendre le délibéré des sages ? Ou bien elle sait à l'avance ce qui l'attend et comme on a coutume de l'entendre lorsque le verdict nous arrange, la Justice est crédible et impartiale, mais lorsqu'on perd, c'est une Justice aux ordres et que sais-je encore !

Dans la présente polémique, que dire de certains compatriotes, notamment ceux de l'Opposition en Côte d'Ivoire, qui menacent de marcher et de fermer les ambassades et les consulats ? A qui profitent de telles actions ? Il faut une véritable maturité à nos compatriotes pour savoir qu'ils ne gagnent rien en manifestant contre cette loi. Il ne faut pas réveiller les vieux démons dans ce pays car vous pouvez vouloir manifester contre la loi et ouvrir la chasse aux sorcières par des phrases du genre «c'est parce que vous êtes ici que vous manifestez, vous pouvez rentrer chez vous le faire».

Aussi, les leçons des années antérieures doivent leur servir car « ce n'est pas parce qu'il neige sur le toit qu'il ne fait pas chaud à l'intérieur » et retenir cette pensée de JJ Rousseau qui soutenait que « C'est l'affluence des hôtes qui détruit l'hospitalité».

Le vote des Burkinabè de l'extérieur doit-il se tenir à tout prix ? Plus d'une personne me répondrait par la négative. Alors l'Opposition a raté vraiment une occasion d'avoir l'estime d'une bonne frange de la diaspora, surtout que ses actions sont aux antipodes de leurs intérêts et tout Burkinabè sincère et honnête, où qu'il soit, gagnerait à prendre part à ce débat avec des arguments solides pour éviter des situations dommageables que nous viendrons à regretter. La paix et la cohésion nationale n'ont pas de prix.

Analyste indépendant

Doyen du Centre de Recherche-diffusion Yangrin

Sawadogo sur la Paix et le Développement

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