18 Août 2018

Congo-Brazzaville: Lire et relire - " Le cri de la forêt"

Publiée en 2014 aux éditions Hemar à Brazzaville, la pièce de théâtre de l'écrivain et homme politique congolais, Henri Djombo, est toujours d'actualité de par sa thématique écologique. L'auteur s'y révèle comme défenseur de l'espace vert pour barrer la route au réchauffement climatique croissant.

La trame de la pièce "Le cri de la forêt" s'étend sur soixante-treize pages, signe d'un condensé essentiel perceptible au premier regard, attiré par la blancheur de la couverture sur laquelle le lecteur averti peut instantanément constater les écrits du titre en vert, couleur par excellence de la chlorophylle. Ce n'est pas un choix ex nihilo. Ainsi le vert sur un fond blanc renvoie-t-il à une réflexion approfondie sur la fonction chlorophyllienne dans le maintien de l'équilibre de l'écosystème. Vital pour l'existence.

Henri Djombo déballe toute cette problématique à travers le personnage effronté Kamona, chef du village Mbala, qui ose défier l'autorité de l'État en rejetant la politique de gestion durable des forêts. Toute la profondeur du livre réside dans l'expression de cette forme d'incivisme.

L'abattage illicite des arbres en forêt du village Mbala s'exécute à un rythme effréné. Kamona, le chef du village, pour assouvir ses appétits pécuniaires, demeure l'acteur principal de cette coupe immodérée. Il imprime toute son autorité en la matière, au point que le bûcheron Tambou, son confident, n'en peut plus et envisage la fuite comme seule issue à cet autoritarisme aveugle.

Du retour de la vente de bois, Tambou annonce la venue imminente d'un agent des eaux et forêts. Kamona s'aperçoit maladroitement que ce dernier apportera un appui logistique nécessaire pour mieux abattre anarchiquement les arbres ; il prépare ainsi les villageois à le recevoir avec enthousiasme.

L'accueil ardent offert par ce peuple bûcheron en attente d'un équipement, illusoire d'ailleurs, satisfait le fonctionnaire qui n'hésite pas à présenter l'objet de sa mission : « sensibiliser les populations à la gestion durable des forêts » p.23. Les contrevenants s'exposeront aux peine et amende prévues par la loi à l'article 144 du code forestier. Désillusionnés, Kamona et son peuple s'exaspèrent et agressent l'agent qui ne parvient à les convaincre et ne se sauve qu'après avoir reçu du chef l'ordre de ne plus mettre pied à Mbala.

Le chef dissident Kamona accentue alors la déforestation ; ce qui entraîne la sècheresse, la famine et le désespoir, bref un déséquilibre criant au sein de l'écosystème. Pour s'en sortir, les habitants de Mbala recourent chimériquement à des sacrifices voués aux mânes des ancêtres.

Les préjugés à l'égard des femmes victimes du poids de la tradition prolifèrent. Elles sont, en effet, accusées d'être porteuses de malédiction pour avoir pris la parole en public. Kamona, trente-troisième descendant de la dynastie du village Mbala, multiplie en vain prières et confessions sous l'arbre tutélaire.

Entre-temps, Toubili, neveu de Kamona, revient au village avec un doctorat en écologie après six ans d'études supérieures ; il exhorte son oncle à suivre la voix de la raison. Celui-ci s'obstine. Asphyxié par la pression du scandale écologique, Mbala est déclaré par le gouvernement zone sinistrée.

Le gouvernement demande ainsi à toute sa population de déguerpir pour se réfugier à 500 km vers le nord dans un grand village exceptionnellement écologique. Le fonctionnaire chef du grand village persuade le peuple sinistré à s'engager aux côtés du gouvernement dans son combat. Abandonné, Kamona est arrêté pour rébellion et agression d'un agent de l'État.

La théâtralité dans l'imaginaire de ce livre ne présente pas exclusivement des interdits écologiques sans remèdes idoines. Comme dans le "Gouverneur de la rosée" de Jacques Roumain, au lieu de se limiter à une forme d'art pour l'art, Henri Djombo a le mérite de donner à la littérature une valeur utilitaire en abordant, à travers sa plume, des questions fondamentales de la société.

Congo-Brazzaville

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