19 Août 2018

Afrique: Kofi Annan - La mort d'un Grand Africain

« Quand il entre dans une pièce, une onde de sérénité se propage. On dirait le pape ». Difficile d'être plus dithyrambique que cet ancien ministre européen pour camper l'aura du Grand homme qui vient de nous quitter. Pour l'ancien représentant des Etats-Unis à l'ONU, Richard Holbrooke, Kofi Annan est tout simplement « le meilleur Secrétaire général de l'histoire des Nations unies sans exception. »

Comment ne pas verser dans le panégyrique pour évoquer la mémoire de ce Grand homme, décédé le samedi 18 août à l'âge de 80 ans. En effet, c'est une pluie d'hommages aussi élogieux les uns que les autres qui ont accueilli depuis ce week-end le décès de celui qui aura passé 40 ans, soit la moitié de sa vie, dans la maison de verre de Manhattan, le siège de l'ONU, dont il fut le 7e Secrétaire général entre 1997 et 2006. Décrit comme un homme intelligent, courageux, habile, opiniâtre, intègre - n'en jetez plus - cet illustre fils d'Afrique, né à Koumassi au Ghana le 8 avril 1938, aura passé l'essentiel de son parcours terrestre à travailler pour la paix dans le monde.

Colombe il fut, travail de colombe il fit, couronné en 2001 par le prestigieux prix Nobel de la paix, reçu conjointement avec l'organisation internationale :

- La deuxième guerre civile en République démocratique du Congo (RDC) en début 2000 l'a vu au charbon pour circonscrire et éteindre l'incendie ;

- Le règlement du différent frontalier entre le Cameroun et le Nigeria au sujet de la presqu'île de Bakassi, c'est encore lui ;

- La résolution de la crise post-élection au Kenya en 2007- 2008 entre Mwaï Kibaki et Raila Odinga, sur fond de rivalités ethniques, c'est encore et toujours l'œuvre de l'honorable mister Annan.

On pourrait multiplier les exemples sur les nombreux foyers de tension que le diplomate hors pair que l'on pleure aujourd'hui a contribué à éteindre ou à circonscrire l'étendue sur le continent et ailleurs dans le monde.

Cependant, on manquerait d'objectivité si on occultait les retentissants échecs de Kofi Annan qui ont quelque peu terni la biographie presque parfaite de ce diplomate à l'aura flamboyante :

- En 2003, il n'a pas pu empêcher Georges Bush fils d'envahir l'Irak dans une guerre qui lui tenait à cœur après les attentats du 11 septembre 2001. Mais les armes de destruction massive que Saddam Hussein était censé détenir se révélèrent des arguments de distraction massive ;

- Par ailleurs, quand l'homme n'était encore que Secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des Opérations de maintien de la paix, il n'a pu empêcher la guerre dans les Balkans et l'émiettement en plusieurs Etats de l'ex-Yougoslavie et de l'ex-Tchécoslovaquie ;

- Plus près de nous, Kofi Annan est comptable de ce que la communauté internationale n'a pu éviter le génocide rwandais en 1994. Ce massacre de Tutsi par des Hutus, sur une grande échelle, alors qu'il était le chargé des opérations de l'organisation intercontinentale, restera la grande tache sombre et indélébile de son mandat.

Il ne s'est jamais pardonné cet échec, s'évertuant à reconnaître régulièrement ce crime contre l'humanité lié à l'incapacité d'alors de la communauté internationale à enrailler la mécanique génocidaire au Rwanda : « C'était un échec pour nous tous. C'était un échec collectif. Nous avons tous échoué au Rwanda. Il y a eu un manque de volonté politique non un manque d'information », serinait-il, comme pris d'un remords lancinant, bien des années plus tard.

A sa décharge que pouvait bien faire cette colombe esseulée au milieu des faucons ? Certainement pas déplacer des montagnes quand on sait qu'à l'image de tout Secrétaire général de l'ONU, il était limité dans ses décisions et actions par les cinq Etats détenteurs du droit de véto.

C'est connu, quand les intérêts économiques et géostratégiques de ces Etats divergent sur une question, l'ONU souffre de leurs rivalités, réduite à ce machin inopérant que stigmatisait le Général de Gaulle.

Au premier rang de ces grands Etats qui ont tendance à handicaper les Nations unies dans ses missions de maintien de la paix, les États-Unis et leur fâcheuse propension à penser que le Secrétaire général de l'organisation est moins un haut fonctionnaire au service des pays du monde entier que leur garçon de course, voir leur caniche appelé à leur obéir au doigt et à l'œil.

Kofi Annan l'aura appris à ses dépens quand il s'évertua à s'opposer à l'invasion américaine de l'Irak. Il n'avait pas empêché Bush Junior de faire sa guerre mais l'histoire sait gré à celui qu'on pleure aujourd'hui d'avoir tenu son rôle avec les limites que lui imposaient les textes régissant le fonctionnement de l'ONU.

Des hommages rendus au Grand homme, le Ghana son pays s'illustre le plus en décrétant un deuil national d'une semaine pour compter de ce lundi. Celui qui n'aura pas voulu être président du Ghana y reçoit des éloges dignes d'un chef d'Etat. De fait, de sa retraite de fonctionnaire international, beaucoup espéraient, y compris ses compatriotes, qu'il se porterait candidat à la magistrature suprême.

Que nenni ! Pourtant avec l'expérience qui était la sienne, son carnet d'adresses, ses moyens financiers, il avait plus que le profil de l'emploi. Il faut croire que la politique politicienne n'était pas sa tasse de thé.

Ainsi, après les Nations unies, ce digne compatriote de Kwame Nkrumah a préféré continuer à s'investir dans la résolution des crises sociopolitiques dans le monde et à promouvoir la bonne gouvernance, la démocratie aux côtés d'autres Elders comme Nelson Mandela, Desmond Tutu, Lakhdar Brahimi, Jimmy Carter, Aung San Suu Kyi, Grace Machel et autres.

Il est parti aujourd'hui avec tous les honneurs dus à un Grand Africain, que dis-je, à un Grand citoyen du monde et si l'Afrique avait un panthéon de ses illustres fils, il y reposerait aux côtés de Nelson Mandela, Kwame Nkrumah, Léopold Sedar Senghor, etc.

Qu'il repose en paix, dans la félicité des âmes sanctifiées par leurs œuvres de bienfaisance !

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