19 Août 2018

Ghana: Kofi Annan - Les succès et insuccès d'un diplomate de haut rang

Photo: AfDB
Kofi Annan

L'ancien secrétaire général de l'Organisation des Nations unies, le ghanéen Kofi Annan est décédé, samedi 18 août 2018, en Suisse des suites d'une courte maladie à l'âge de 80 ans. Cette «brusque» disparition d'un homme, qui a marqué d'une empreinte blanche la vie de l'Organisation des Nations unies, a plongé la communauté internationale dans une profonde douleur.

Depuis l'annonce du décès de l'ancien secrétaire général de l'Organisation des Nations unies, Kofi Annan, des hommages à un homme de haut standing qui aura marqué son époque d'une dextérité diplomatique, affluent de toutes les capitales du monde.

Une histoire lie en réalité le Ghanéen Kofi Annan à l'Organisation des Nations unies qu'il intègre en 1962. Né à Kumasi le 18 avril 1938, il a fait ses études supérieures aux Etats-Unis. Sa carrière professionnelle, il la débute à la Commission économique africaine à Addis Abéba dans la capitale de l'ex-Organisation de l'Unité africaine (OUA) devenue par la suite, Union africaine (UA).

S'il est le premier secrétaire général sorti des personnels de l'Organisation des Nations unies, il n'est pas le premier Africain à occuper le poste. Avant lui, l'Egyptien Pierre Boutros-Boutros Ghali qui, lui, n'a fait qu'un seul mandat, avait dirigé l'ONU. A la différence de Boutros Ghali, Annan a eu un second mandat.

Qui plus est, Annan, un pur produit de l'institution onusienne, a bien endossé la veste de sous-secrétaire général des Nations unies en 1993. A ce titre, il dirigeait le département de maintien de la paix à un moment où en Afrique le génocide rwandais était d'actualité. Au même moment, en Europe de l'Est la guerre de Bosnie faisait rage.

Des situations qui ont mis à rude épreuve les casques bleus qui ont fini par quitter le Rwanda en 1994 alors que la violence ethniciste avait atteint son paroxysme. Un an plus tard, l'ONU n'a pu empêcher les forces serbes de massacrer plusieurs milliers de musulmans à Srebrenica, en Bosnie.

Ces deux évènements majeurs « m'ont confronté à ce qui allait devenir mon défi le plus important comme secrétaire général : faire comprendre la légitimité et la nécessité d'intervenir en cas de violation flagrante des droits de l'homme», écrira-t-il plus tard dans sa biographie.

Ce cri du cœur, s'il doit s'exercer, se fera seulement sur des Etats faibles. Sinon, au quotidien, se vit une crise au proche-Orient où les droits élémentaires des peuples sont violés sans que l'ONU ne puisse rien dire.

Surtout rien faire, en dehors des condamnations de principe. Dans tous les cas, ce premier mandat de Kofi Annan est salué et sanctionné par un prix Nobel de la paix en 2001. La plus haute distinction honorifique que tout dirigeant espère dans son parcours.

Le Ghanéen est au faite de sa gloire. Si tout ne baigne pas comme il le souhaite, au moins, la paix relative que connait le monde dans les années 2000 donne l'espoir.

Il en fera mention dans son rapport intitulé « Nous les peuples :le rôle des Nations unies au XXIe », où il invite les Etats membres à s'engager en faveur d'un plan d'action pour l'élimination de la pauvreté et de l'inégalité, l'amélioration de l'éducation, la réduction du VIH/SIDA, la préservation de l'environnement et la protection des peuples contre les conflits et la violence.

C'est de ce rapport que s'inspire la Déclaration du millénaire adoptée par les chefs d'Etat et de gouvernement au Sommet du millénaire, qui s'est tenu en septembre 2000 au siège de l'Organisation des Nations unies à New York.

Quand en 2001, Annan et les Nations unies reçoivent conjointement le prix Nobel de la paix pour leur engagement en faveur de la paix dans le monde, tout ému, il dira : «J'ai essayé de placer l'être humain au centre de tout ce que nous entreprenons : de la prévention des conflits, au développement et aux droits de l'Homme».

Son second et dernier mandat est plus tumultueux. La guerre d'Irak avec ses «embargos» place Kofi Annan au mauvais endroit dans une affaire de corruption.

D'abord, il prend un peu de liberté en 2003, en estimant « illégale» l'invasion de l'Irak, parce que cette opération n'avait pas été entérinée par le Conseil de sécurité. «Je pense que mon moment le plus sombre a été la guerre en Irak, et le fait que nous n'avons pas pu l'empêcher», déclarait-il en 2013 dans une interview à Time.

Deux ans plus tard, le secrétaire général de l'ONU est éclaboussé par un autre scandale de corruption lié au programme onusien « pétrole contre nourriture » en Irak. Alors qu'un rapport l'accuse : « Ce rapport me critique personnellement, et j'accepte sa critique. »

Jusqu'à son dernier souffle Kofi Annan s'est battu pour la bonne cause de la paix entre les Hommes ; pour un monde de moins d'inégalité. A-t-il gagné ce combat noble ? En tout cas même retiré de toutes contraintes professionnelles, Kofi Annan est toujours demeuré au service de l'humanité.

Assez récemment encore, en février 2012, Annan avait été nommé Envoyé spécial conjoint ONU-Ligue des Etats arabes pour tenter de résoudre la crise syrienne. En 2006, il avait encore accepté de conseiller la Birmane Aung San Suu Kyi sur la question des Rohingyas.

La communauté internationale a en mémoire son rôle prépondérant au Kenya où grâce à son dynamisme et à son leadership, il parviendra à arracher un accord de paix dans un Kenya post électoral ensanglanté.

Le pays venait en ce moment atténuer les critiques que le diplomate onusien avait essuyées durant la crise rwandaise, où il était bien le secrétaire général adjoint chargé des questions humanitaires. A côté de feu Nelson Mandela, Kofi Annan avait repris service dans les Elders, les anciens, les aînés en vue de maintenir la paix sur un continent trop traversé par des soubresauts.

S'il n'a pas trop commenté cet épisode de sa vie de diplomate, il s'est fait bavard quand en mission en Syrie, il avait échoué et n'avait pas hésité à s'en prendre à l'incongruité des relations internationales où on souffle le chaud et le froid. Où les intérêts géostratégiques vont au-delà de la vie des pauvres peuples.

A-t-il échoué ou a-t-il réussi ? En tout état de cause, Annan aura constitué la fierté de tout un continent, l'Afrique, et du tiers monde par son accession à la plus prestigieuse fonction publique internationale. N'oubliez pas, en 1997, quand Pierre Boutros Boutros Ghali est au terme de son mandat, la toute puissance américaine lui avait dénié la possibilité de rengainer.

L'arrivée de Annan était perçue comme un défi qu'il a su relever pour le bien de l'humanité. Il quitte la tête de l'ONU le 31 décembre 2006, à l'issue de son deuxième mandat et après neuf ans en poste, remplacé par le Coréen Ban Ki-moon.

En quittant «doucement» le monde; Annan laisse l'image d'un homme qui s'est battu pour les autres avec équité, sans état d'âme. Il a incontestablement ouvert la voie et prouvé que de «petit» dans un service, on peut accéder à la plus haute fonction.

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