19 Août 2018

Burkina Faso: Daouda Bégnon II Koné - «Le général Diendéré n'a pas parlé de coup d'Etat»

Au deuxième jour de la reprise du procès du putsch de septembre 2015, le soldat de 1ère classe, Placide Sow et le lieutenant Daouda Bégnon II Koné se sont succédé à la barre, le 17 août 2018. Ils sont poursuivis pour complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat, de meurtre et de coups et blessures volontaires.

Le lieutenant Daouda Bégnon II Koné, 31ans, célibataire et père de 2 enfants a comparu devant le tribunal militaire, le vendredi 17 août 2018, pour répondre de trois chefs d'accusation. D'abord celui de complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat pour avoir facilité, aidé ou assisté le général Gilbert Diendéré dans la commission du coup d'Etat de septembre 2015.

Des faits prévus et punis, selon le tribunal militaire, par les articles 65 à 68 et 108, 109, 112 du Code pénal. Le lieutenant Koné est également poursuivi pour meurtre, une infraction réprimée par le Code pénal en ses articles 67 et 318, ainsi que pour coups et blessures volontaires. Des faits qu'il a niés en bloc.

Dans sa relation des faits, Daouda Koné a indiqué qu'il venait de rentrer d'une mission onusienne et n'était pas officiellement nommé à un poste au sein de l'ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP). « En attendant ma nomination, le chef de corps m'a désigné pour m'occuper de l'ordinaire.

C'est-à-dire l'alimentation de la troupe», a-t-il expliqué. A l'en croire, le 16 septembre 2015, il quittait le camp pour se rendre à un rendez-vous avec un fournisseur, lorsque son supérieur, le lieutenant Gorgo l'a rappelé, parce qu'il y avait un mouvement au Conseil des ministres. Ils ont, tous les deux, rejoint le poste de commandement où le général Diendéré est venu les trouver avec d'autres officiers.

Le général a porté à la connaissance des officiers présents, que les autorités de la Transition étaient retenues dans la salle du Conseil des ministres.

Après avoir reçu l'information, il est reparti s'occuper de ses tâches. A l'entendre, le seul acte qu'il a posé a été la sécurisation de l'axe Hôtel Laïco-rond-point de la Patte d'Oie, le 18 septembre 2015, lors de l'arrivée des chefs d'Etat de la sous-région pour négocier une sortie de crise.

Le prévenu a expliqué que ce jour-là, il revenait de sa mission de sécurisation, lorsqu'il a reçu un appel de son père, l'informant que des manifestants hostiles avaient encerclé le domicile familial.

Il y est allé pour mettre son père en lieu sûr. Sur les interrogations du parquet militaire, le lieutenant Koné s'est souvenu avoir demandé à un ami civil du nom d'Ephraïm, de publier sur les réseaux sociaux que quatre véhicules de type 4X4 étaient en direction de Bobo-Dioulasso.

Sur les motivations de cette publication, l'ex-garde de sécurité présidentielle a soutenu, qu'il s'agissait de dissuader les militaires venus des autres garnisons afin de se rendre à Yimdi pour alimenter la troupe sans les croiser. «J'avais peur de les rencontrer sur mon chemin et je craignais pour ma vie », a-t-il déclaré à la barre.

Le parquet militaire a interrogé le prévenu sur ce qu'il sait du putsch. A la question de savoir à quelle date il a appris le coup d'Etat, le lieutenant Koné a déclaré n'avoir eu connaissance de cela, qu'après son arrestation par la gendarmerie le 28 septembre 2015. «Pour moi, dira-t-il, il s'agissait d'une énième crise que vivait le RSP».

Il a expliqué qu'à la rencontre du 16 septembre avec le général Diendéré, celui-ci n'a pas parlé de coup d'Etat ni d'arrestation des autorités de la Transition, mais de rétention. Les membres du parquet ont également fait lecture à l'accusé de l'article 30 de la loi 019-CNT régissant le personnel militaire.

Et de conclure qu'au regard de son rang d'officier, il est tenu responsable des faits qui se sont passés les 16 septembre 2015 et jours suivants. Mais pour l'accusé, il est innocent, sauf si le fait d'être resté au camp ou de demander à ses éléments de rester au camp, signifie qu'il a accompagné le général Diendéré dans la l'orchestration du coup d'Etat.

Le parquet pris à parti

Maître Farama de la partie civile a fait observer à la Cour, qu'au regard des affirmations de l'accusé, il savait que les autorités étaient arrêtées et qu'au moment venu, il tirera les conséquences. Pour le conseil de l'accusé, maître Stéphane Ouédraogo, l'attitude du Parquet militaire est déplorable.

Selon lui, le procureur doit se baser sur des faits et non sur des allégations. « Qu'on nous disent ce que le lieutenant Koné a fait de répréhensible », s'est-il exprimé. A la fin de son interrogatoire, le lieutenant a souhaité un repos paisible à l'âme des disparus et prompt rétablissement aux blessés.

Le soldat de 1ère classe, Placide Sow l'a remplacé à la barre, pour répondre des mêmes faits. Le soldat a aussi plaidé non coupable. Alors que le parquet lui reproche d'avoir renforcé le poste de garde où étaient détenues les autorités de la Transition, l'accusé s'en défend. A l'entendre, il est descendu de garde, le 16 septembre 2015 et est naturellement rentré chez lui.

D'après ses explications, il était à la maison, lorsqu'il reçoit d'abord l'appel d'un ami voulant se renseigner sur ce qui se passe à Kosyam, puis celui de son parent, le sergent-chef Koussoubé lui demandant ce qu'il faisait à la maison, alors que «c'est chaud au palais».

Là, il rejoint le camp Naaba Koom II où il apprendra qu'il y a rassemblement et que le quartier est consigné. Ne sachant où passer le temps, Placide Sow a confié avoir rejoint son grand frère Léonce Sow à son poste de garde à la résidence officielle du président du Faso jusqu'au lendemain.

Le soldat a ajouté avoir «jonglé» pour faire la navette entre le camp et son domicile jusqu'au 26 septembre, date à laquelle il est monté de garde au Conseil de l'entente, avant de désarmer le lendemain pour rejoindre le camp 11-78 (aujourd'hui camp général Baba Sy), pour recevoir sa note d'affectation et rallier son nouveau poste.

L'interrogatoire du soldat de 1ère classe a été essentiellement mené par le Parquet militaire qui a tenu à prouver, que l'accusé a prêté main forte aux putschistes et est par conséquent comptable des infractions commises à titre de complice.

Le procureur militaire a ainsi voulu comprendre, pourquoi Sow Placide s'est retrouvé à Ouaga 2000, alors que la base de son groupement (le groupement de commandement et de soutien) se trouve au Conseil de l'entente. Il était aussi de savoir pourquoi il ne s'est pas rendu plus tôt au camp 11-78.

L'accusé a fait comprendre, qu'ils avaient reçu l'autorisation de sa hiérarchie de faire le rassemblement au camp Naaba Koom II, car plus proche d'eux. D'autre part, il a indiqué que sa compagnie ayant continué de fonctionner normalement, il ne lui appartenait pas de quitter les rangs. « J'allais quitter pour aller où », a-t-il demandé.

Son conseil, Me Orokia Ouattara a pour sa part noté que le dossier de son client est vide. « Le parquet poursuit mon client sans indiquer les faits infractionnels qu'il a posés.

Un parquet sérieux ne le fait pas », a-t-elle lancé avant d'être invitée immédiatement par le président du tribunal à atténuer ses propos. Elle en était encore à poser des questions d'éclaircissements à son client, pour démontrer son innocence lorsque le tribunal a suspendu l'audience sous les coups de 17 heures. Le procès reprend ce lundi à 9 heures avec le même accusé.

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