Zimbabwe: Investiture de Emmerson Mnangagwa - Un « crocodile » ne deviendra jamais un tronc d'arbre

Photo: Le Pays
Investiture de Emerson Mnangagwa

Sans surprise, les neuf juges de la Cour constitutionnelle ont validé l'élection de Emerson Mnangagwa à la tête du Zimbabwe, avec un score toutefois étriqué de 50,8% des suffrages, contre 44,3% pour son rival du Mouvement pour un changement démocratique (MDC), Nelson Chamisa.

C'est ce baroudeur de 76 ans, au surnom de « Crocodile » pour son intransigeance, qui présidera donc aux destinées de ce pays économiquement en ruines pour les 5 prochaines années, conformément à ce que prévoit la Constitution.

Il a prêté serment, hier, 26 août 2018, dans un stade de la capitale, devant une foule immense de militants du parti au pouvoir (la Zanu-PF) mais aussi de simples curieux, et en présence de nombreux chefs d'Etat de la sous-région comme le Sud-africain Cyril Ramaphosa, le Rwandais Paul Kagame, le Zambien Edgar Lungu et le RD-Congolais, Joseph Kabila. Son prédécesseur, Robert Mugabe, s'est, quant à lui, fait représenter à la cérémonie, mais a néanmoins tenu à féliciter chaleureusement son successeur qu'il n'a pourtant pas ménagé pendant la campagne électorale.

Seule fausse note, pourrait-on dire, c'est l'absence remarquée de son challenger, Nelson Chamisa, qui a boudé cette investiture qu'il a qualifiée d'illégale et d'illégitime en raison des fraudes massives qui auraient entaché le scrutin et qui auraient permis au héros du jour de lui voler sa victoire.

Malgré le rejet de son recours introduit auprès de la Cour constitutionnelle aux fins d'annulation du scrutin, le candidat de l'opposition entend poursuivre la mobilisation de ses troupes, notamment dans les villes traditionnellement hostiles au pouvoir comme Harare et Bulawayo, jusqu'à ce qu'il soit rétabli dans ses droits et donc reconnu comme le vainqueur du scrutin.

En clair, c'est une crise postélectorale qui se profile à l'horizon si elle n'est pas déjà en cours, d'autant que du côté du parti au pouvoir, on ironise sur le fait qu'il n'y a « aucune chance que le meilleur avocat du monde gagne un procès avec un dossier vide ».

C'est peine perdue pour l'opposition

Et il est fort probable que le « Crocodile » se serve de l'arme juridique que lui a offerte la Cour constitutionnelle pour venir à bout du jeune loup Nelson Chamisa, en utilisant comme il sait si bien le faire, la force brute pour saper les velléités contestataires des militants de l'opposition.

Le ton avait d'ailleurs été déjà donné le 1er août dernier, quand la soldatesque à la solde de Emmerson Mnangagwa, avait violemment dispersé dans les rues de la capitale, une manifestation de l'opposition, avant même la proclamation des résultats officiels.

Malgré donc le gant de velours que le président investi du Zimbabwe a ostensiblement porté, hier, en jurant de « protéger et de promouvoir les droits des Zimbabwéens avec l'aide de Dieu », il ne faut pas se méprendre sur la main de fer qui s'y cache et dont ses compatriotes des provinces indociles du Midland et du Matabeleland notamment, se souviendront pendant longtemps encore, depuis qu'il y a piloté de sanglantes répressions dans les années 80 et qui avaient fait 20 000 morts, au bas mot.

Comment peut-on attendre de cet apparatchik avide de revanche, qui assume fièrement son surnom de « crocodile » au cuir épais et à la férocité redoutable, une embellie démocratique ou une gestion orthodoxe des affaires quand on sait qu'il a « dîné avec le diable » quasiment quatre décennies durant, et qu'il ne s'en était séparé que lorsqu'il a été écarté de la mangeoire, le 6 novembre dernier ?

Un crocodile ne deviendra jamais un tronc d'arbre. Le score somme toute modeste qu'on lui a attribué ne saurait tromper personne, et son maintien au pouvoir après la parenthèse transitionnelle ne fera que doucher davantage les espérances de ces milliers de Zimbabwéens qui rêvaient de voir émerger une nouvelle classe politique aux pratiques plus vertueuses, après 30 ans de tragédie démocratique sous le satrape nonagénaire Robert Mugabe. Hélas, mille fois hélas !

Les coups de gueule et autres manifestations publiques de l'opposition n'y feront rien ! La messe est dite, et il faudra peut-être attendre patiemment que la nature fasse son œuvre en obligeant, d'une manière ou d'une autre, ces gérontocrates à tirer leur révérence pour assister enfin à l'instauration d'une vraie démocratie, sur la rive gauche du Limpopo.

C'est certainement le même état d'esprit qui prévaut chez les nombreux partisans du chef de file de l'opposition malienne, Soumaila Cissé, qui crient leur révolte et leur dégoût suite à ce qu'ils qualifient de « braquage électoral » ayant permis au président sortant, Ibrahim Boubacar Kéita, de se faire réélire.

Là aussi, le juge suprême des élections a rendu son arrêt insusceptible de recours, et on n'a pas besoin d'être expert en art divinatoire pour savoir que là aussi, c'est peine perdue pour l'opposition. Car la raison est partout invariablement la même : on n'organise pas une élection au Gondwana, qu'il soit situé au Sud ou à l'Ouest du continent, pour la perdre. Comprenne qui voudra !

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