29 Août 2018

Congo-Brazzaville: Musique - La bêtise s'enracine dans la chanson congolaise

Kinshasa est inondée, ces derniers jours, par des sonorités indigestes distillant une musique tout aussi funeste, abjecte et indigne du statut que s'est adjugée, depuis l'indépendance, cette capitale dite de la rumba.

À longueur de journée, les tympans sont sollicités par un flot d'animations malsaines sur un fond musical ambiant prisé, curieusement, par des adolescents. Le coupé-décalé à la sauce kinoise, pourrait-on dire, avec cette particularité qu'il puise dans les travers d'une société en déliquescence, mettant en relief ses tares et ses incartades. Des disc-jockeys, convertis chanteurs de circonstance, ne vont pas de main molle pour faire valoir ce qu'ils ont dans leurs tripes. Ce qu'ils sortent, après de longues séances de studio, est un peu le reflet d'une certaine vie construite dans les dédales des boîtes de nuit où sexe et argent font souvent bon ménage.

À côté d'eux, il y a tous ces artistes-musiciens fabriqués par la rue, n'ayant aucune base ni éducationnelle ni professionnelle. Telle cette belle femme qui ne peut donner que ce qu'elle a, ces chanteurs improvisés ne peuvent déverser sur le marché que ce dont ils sont capables, c'est-à-dire une musique immonde, reflet de leur propre personnalité. Tout est vicieux dans cette musique presqu'atypique. Du gestuel qui accompagne l'animation aux mots qui émargent des baffles à grand renfort des décibels, tout est altéré, corrompu et orienté en dessous de la culotte.

Le niveau d'enracinement que prend cette tendance musicale nivelée vers le bas dans une société kinoise apathique inquiète. Elle est omniprésente cette musique de caniveau, dont les tentacules s'étendent jusque dans des cercles supposés affranchis d'une certaine banalité. Elle s'invite même dans certaines manifestations sélectes, distillant son venin ravageur d'immoralité avec tous ses excès et ses avatars. Où est l'autocensure qui astreint le chanteur à demeurer dans les limites du tolérable, de la décence et de la morale ?

Au secours la censure !

Il est vrai que cette propension à la dépravation qui caractérise aujourd'hui la chanson congolaise n'est pas un fait nouveau. Elle s'est déclinée sous diverses formes à travers les âges, encore que jusqu'à un certain passé, cette forme musicale passait pour un épiphénomène qui ne bousculait pas tellement la conscience collective. Les artistes de réputation perverse étaient ciblés et identifiés comme tels. Ils se comptaient pour ainsi dire au bout des doigts. Les Kallé Jeef, Niko Kassanda, Franck Lassane et autres sont partis avec leur art empreint de décence qui savait allier, dans une synergie parfaite, l'utile à l'agréable avec, à la clé, des thématiques puisées dans le vécu sociétal. On est à des années-lumière de cette musique raffinée certes de la « vieille école » mais pérenne de part ses mélodies et les messages, dont elle était porteuse.

Que reste-t-il encore de la morale publique aujourd'hui ? Presque rien. Ceux qui sont censés en être les garants en sont devenus les pourfendeurs. Devenue quasiment une seconde nature pour les artistes-musiciens qui l'ont intégrée dans leur agir comportemental, l'obscénité aura finalement trouvé dans la chanson un relais porteur. Elle se négocie à peu de frais à Kinshasa désormais envahie par les « Ujana », ces illuminées des temps modernes. Existe-t-il encore une censure dans ce pays en vue de réguler la chanson pour l'intérêt public, pour le salut des âmes innocentes ? Apparemment, l'autorité publique en charge de la culture a des idées ailleurs, alors que le moment crucial que le pays est en train de traverser sur fond d'un enjeu électoral déterminant pour sa survie en tant que nation, requiert de sa part plus de responsabilité dans la régulation de son secteur. Tous les décideurs, ou presque, sont passés à la trappe au grand désenchantement des Congolais consciencieux et soucieux du devenir de leur pays. Ainsi va la vie à Kin et l'on fait avec.

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