Congo-Kinshasa: Résumé du témoignage de Ntaganda devant la CPI

Bosco Ntaganda

Bosco Ntaganda a témoigné pour sa propre défense devant la Cour Pénale Internationale (CPI), lors d'un témoignage qui s'est étalé sur six semaines au total, du 14 juin 2017 à la mi-septembre 2017. L'ancien chef adjoint de l'Union des patriotes congolais (UPC) s'est rendu au CPI en 2013. Il répond de 18 chefs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité qui auraient été commis par lui-même et par ses combattants en 2002 et 2003 dans l'est de la République démocratique du Congo.

Au début de son témoignage, M. Ntaganda a parlé de sa naissance au Rwanda, et de son éducation au Congo. Il a expliqué comment le génocide rwandais de 1994 l'a incité à lutter contre l'injustice afin de ne pas « imposer à une autre collectivité la souffrance qu'a endurée ma propre communauté [le groupe ethnique Tutsi]. »

Il a poursuivi en défendant sa réputation de soldat discipliné et de commandant et a proclamé son innocence pour les charges retenues à son encontre : « Moi, Ntaganda, je ne suis coupable de rien. Il n'y a rien dont je me sente coupable. Je ne suis pas un criminel, je suis un révolutionnaire ».

Cet article résume le témoignage de M. Ntaganda en audience publique. (Cliquez ici pour consulter le dossier de l'Accusation à l'encontre de M. Ntaganda).

Ce qui a incité Ntaganda à rejoindre les groupes rebelles

Ntaganda a raconté que lorsque le groupe rebelle de l'Armée patriotique rwandaise (APR) dirigé par Paul Kagame (actuel président du Rwanda) a pris le pouvoir à Kigali, l'armée déchue et ses milices alliées, les Interahamwe, qui avaient perpétré le génocide rwandais, se sont enfuies au Congo.

Dans ce pays, elles ont participé à une campagne soutenue par le gouvernement du dictateur Mobutu Sese Seko pour tuer les Tutsis. La campagne a forcé des milliers de Tutsis à fuir le Congo, surtout pour le Rwanda et l'Ouganda, et ceux qui n'ont pas réussi à s'échapper ont été « exterminés » essentiellement par des anciens soldats du régime renversé du Rwanda.

Cela l'a incité à quitter l'armée rwandaise pour rejoindre une insurrection armée au Congo parce qu'il voulait contribuer au renversement de Mobutu et « permettre aux réfugiés de se réinstaller chez eux et de vivre en paix ».

Se présentant comme un artisan de la paix et un disciplinaire, M. Ntaganda a affirmé avoir combattu les groupes armés qui perpétuaient la discrimination et des attaques contre les membres des groupes ethniques Tutsi et Hema dans certaines parties de l'est du Congo.

Il a déclaré que l'idée de créer un nouveau groupe de combat dans l'est de la République démocratique du Congo lui a été inspirée par l'exemple du président ougandais Yoweri Museveni, qui, selon Ntaganda, a commencé sa rébellion avec 27 hommes pour parvenir ensuite à renverser le gouvernement.

À propos des viols et des agressions sexuelles dans la milice UPC

Parmi les charges retenues contre Ntaganda figurent le viol et l'esclavage sexuel d'enfants soldats dans l'UPC par d'autres membres de la milice de l'UPC.

Un ancien initié de l'UPC a témoigné pour l'Accusation que les commandants de la milice ont violé des recrues féminines, et un autre a déclaré que les combattantes n'étaient pas en mesure de refuser les avances sexuelles de leurs supérieurs de l'UPC.

Selon l'Accusation, le viol par les soldats du groupe a été « encouragé, promis et proposé » car l'UPC considérait les femmes comme « un butin de guerre ». L'Accusation a précisé que M. Ntaganda lui-même exploitait sexuellement les femmes.

L'accusé a toutefois affirmé que lui-même avait interdit les relations sexuelles entre les membres de la milice et que cette politique était respectée par l'ensemble des troupes. « À chaque réunion avec des recrues, je disais aux recrues de sexe masculin qu'elles ne pouvaient pas coucher avec les recrues de sexe féminin.

Cela était interdit », a-t-il dit. Il a ajouté que, lors de son discours aux recrues, il avait souligné que puisque la raison pour laquelle ils avaient rejoint le groupe était la protection des civils, aucune combattante n'était autorisée à tomber enceinte ou à avoir des relations sexuelles avec un autre combattant. Ce message a été « répété à plusieurs occasions et il a été respecté », a-t-il dit.

Ntaganda a raconté deux cas de tentative de viol qui avaient été signalés au camp d'entraînement du groupe implanté à Mandro. Dans un des cas, un officier ayant tenté de commettre un viol avait été « arrêté et puni ». Le second cas de tentative de viol impliquait un des gardes du corps de sexe féminin de M. Ntaganda. « J'ai arrêté le coupable et je l'ai fouetté devant mes troupes », a déclaré M. Ntaganda.

Comme mesures de protection supplémentaires, M. Ntaganda a déclaré que les quartiers des « rares » recrues féminines de l'UPC étaient situés à 100 mètres de ceux occupés par leurs homologues masculins. Il a ajouté que des officiers et une infirmière avaient été assignés aux recrues féminines et étaient « responsables de leur protection ».

Utilisation d'enfants soldats

Avec les charges portées à l'encontre de M. Ntaganda, notamment l'enrôlement et l'utilisation d'enfants soldats dans un conflit armé, ainsi que le viol et l'esclavage sexuel d'enfants soldats de la même milice, la Défense tentait de démonter les témoignages de ceux qui avaient été entendus en tant qu'anciens enfants soldats dans le groupe et de ceux qui avaient prétendu que des membres de l'UPC avaient participé aux viols et aux agressions sexuelles.

Ntaganda a déclaré que l'UPC avait sélectionné ses recrues pour éliminer les individus ne répondant pas aux exigences. Quant aux recrues jugées trop jeunes pour servir dans le groupe, elles étaient renvoyées chez elles. Il n'a toutefois pas précisé quel âge il fallait avoir pour être admis dans la milice.

Il a rappelé comment il avait ordonné aux commandants du camp d'entraînement de Rwampara de « renvoyer toutes les jeunes recrues chez elles le plus tôt possible ». Celles qui vivaient dans les quartiers environnants ont immédiatement été ramenées chez elles, et des arrangements ont été pris pour assurer un retour sécurisé dans les trois à quatre jours suivants à celles qui habitaient plus loin.

Ntaganda a raconté qu'au camp de Mandro, les recrues de l'UPC avaient été évaluées visuellement avant leur enrôlement, et mises au défi de réaliser certaines tâches afin de déterminer si elles avaient l'âge de participer au combat et en étaient physiquement capables.

Celles jugées « inaptes » au recrutement ont été priées de rentrer chez elles. Il a déclaré que les recrues du camp avaient rejoint volontairement l'UPC avec le soutien de leurs familles.

Ntaganda a nié avoir eu connaissance de l'existence d'enfants soldats parmi les 700 forces de la milice congolaise entraînées par le gouvernement ougandais.

Punition des combattants errants

L'Accusation a soutenu que l'UPC n'avait pas imposé de discipline à ses combattants. Elle a ajouté que, puisque l'UPC ne versait pas de salaires à ses combattants, l'Accusation condamnait un système dans lequel les soldats et les commandants s'emparaient de l'argent et des biens des civils pour « se payer ».

M. Ntaganda a rétorqué qu'il avait imposé une discipline dans la milice, mais qu'il était seulement capable de punir les crimes dont il avait connaissance. « Les délits portés à notre attention ont été punis. Il ne m'était pas possible de punir telle ou telle personne sans avoir l'information que cette personne avait commis un délit », a-t-il dit.

Pressé par l'Accusation de préciser s'il avait fait enquêter sur les attaques à motivation ethnique, M. Ntaganda a déclaré que les FPLC apportaient leur protection à tous les groupes ethniques du district congolais de l'Ituri et qu'il n'y avait eu aucune campagne contre les civils de l'ethnie Lendu.

« En tant que commandant des FPLC et, conformément à notre idéologie, je n'ai jamais entendu parler de cas impliquant les FPLC dans des attaques contre la population », a t-il indiqué. Il a ensuite expliqué que lorsqu'il avait entendu parler de ce type d'incidents, il avait appliqué des châtiments : « Vous pouvez vérifier dans mon journal.

Quand j'ai appris que des évènements s'étaient produits, je suis intervenu rapidement. » Il a, de plus, affirmé que chaque bataillon, brigade et secteur au sein de la milice UPC avait un conseil de discipline responsable du maintien de la discipline.

Lors de l'interrogatoire des avocats de la Défense concernant les rapports relatant l'exécution de deux soldats de l'UPC par un peloton, M. Ntaganda a déclaré que les deux soldats avaient tué des civils et que les exécutions avaient été publiques « afin de montrer que ces actes étaient contraires à l'idéologie de l'UPC ».

Ntaganda a-t-il assassiné un prêtre ?

Les procureurs affirment que le 25 novembre 2002, M. Ntaganda a personnellement arrêté un prêtre, Boniface Bwanalonga, et trois religieuses.

Il les aurait interrogés puis aurait abattu le prêtre et ordonné à ses gardes du corps de violer les religieuses. M. Ntaganda a nié ces accusations. Il a dit que le prêtre avait été arrêté lors d'opérations sur le terrain par des combattants de l'UPC.

Les trois religieuses qui accompagnaient le prêtre au moment de son arrestation, l'auraient volontairement escorté jusqu'au camp de la milice. « Elles ont refusé de quitter le prêtre lorsqu'il a été arrêté dans la brousse et ont décidé de rester près de lui », a-t-il déclaré.

Bien que Ntaganda ait reconnu avoir été présenté au prêtre et avoir « discuté de certaines questions avec lui », il a nié avoir eu connaissance des circonstances dans lesquelles il était mort.

Il a témoigné avoir appris la mort de M. Bwanalonga alors qu'il examinait des documents non précisés après son arrivée à la CPI. L'Accusation soutient que M. Ntaganda a tué le prêtre parce qu'il était accusé de collaborer avec des combattants Lendu qui luttaient contre la milice UPC.

Ntaganda a nié avoir donné à ses troupes l'ordre de violer les religieuses, qui, selon l'Accusation, étaient maintenues en détention dans l'appartement de Mongbwalu où Ntaganda résidait. Il a déclaré « Un commandant comme moi n'aurait jamais pu donner l'ordre de violer des religieuses. C'est une chose que je aurais jamais pu dire », a-t-il affirmé.

Ntaganda a également nié avoir abattu un combattant de la milice UPC pour avoir prétendument refusé de participer à des opérations de combat. Il a rejeté les accusations selon lesquelles la milice avait abattu des combattants arrêtés pendant une tentative de désertion.

Selon des preuves de l'Accusation, un ancien enfant soldat a affirmé que « Ntaganda avait froidement abattu [le combattant de l'UPC] en pleine tête » bien que le responsable politique du groupe, Thomas Lubanga, ait recommandé que l'on punisse le soldat insubordonné.

L'ancien enfant soldat de l'UPC aurait également déclaré que l'exécution « a provoqué beaucoup de réactions » dans le groupe rebelle, mais que Ntaganda « n'en était pas à sa première action de ce type », cinq autres combattants ayant subi le même sort.

Responsabilité du commandement

Les accusations à l'encontre de M. Ntaganda portent sur la responsabilité pénale individuelle en tant qu'auteur direct, coauteur indirect et commandant militaire. Au cours de son témoignage, il a nié les allégations de l'Accusation selon lesquelles il était de facto le chef militaire de l'UPC.

M. Ntaganda a déclaré qu'en 2002 et 2003, il était subordonné au chef d'état-major de l'UPC, Floribert Kisembo. Il a ajouté qu'il était également subordonné à Thomas Lubanga qui était le chef politique du groupe.

Interférences avec des témoins

Dans les dernières parties de son témoignage, M. Ntaganda a nié avoir demandé à quiconque de « tromper » ou de « mentir » devant la CPI pendant ses communications à partir du centre de détention de la CPI. Il a déclaré que lorsqu'il parlait à quelqu'un qui était avec lui pendant le conflit, il avait demandé « qu'on lui rappelle certains événements. »

Il a ajouté que, dans certains cas, il demandait à ses contacts de l'aider à localiser des personnes qui avaient été impliquées dans certaines opérations militaires et de « les mettre en contact » avec des personnes ressources qui travaillaient avec son équipe de défense.

En 2015, les juges ont accordé à l'Accusation un accès aux conversations non confidentielles que Messieurs Ntaganda et Lubanga ont eues au centre de détention à partir de mars 2013. Cette décision visait à aider les enquêtes sur les allégations de subornation de témoin en application de l'article 70 du Statut de Rome.

Par la suite, l'Accusation a divulgué 20 968 enregistrements de la Défense, qui, selon elle, indiquaient « de graves et inquiétantes tentatives » par Messieurs Ntaganda et Lubanga d'influencer les enquêtes et les témoins de l'Accusation et d'interférer avec d'éventuels témoins de la Défense.

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