2 Septembre 2018

Mali: Marches et contremarches - Jusqu'où ira la bataille de la rue ?

Photo: Le Pays
Marche de contestation

Il y avait foule, hier après- midi, dans les rues de Bamako pour soutenir le tout nouveau président réélu du Mali, à l'appel des organisations de la société civile pour officiellement soutenir les institutions de la République, face à la montée des périls en cours depuis que le chef de file de l'opposition malienne a décidé de contester, à coup de meetings et de marches jusqu'ici pacifiques, « la réélection sans électeurs » de Ibrahim Boubacar Keita (IBK).

C'est la première fois que les partisans de IBK donnent de la voix dans les rues de Bamako depuis la fin de l'élection présidentielle, et l'on craint que ça ne soit le début d'une série de marches et de contremarches aux conséquences imprévisibles. Cette manifestation est intervenue, en effet, 24 heures après celle organisée par l'opposition, comme pour rappeler à cette dernière qu'elle ne pourra pas récupérer dans la rue ce qu'elle a perdu dans les urnes, notamment le pouvoir d'Etat.

En tout état de cause, ce serait un pas de plus vers l'abîme si les différents protagonistes devaient continuer à se défier de la sorte, d'autant qu'à bord de ce rafiot malien en perdition depuis 2012, la moindre étincelle, même de nature politique, peut être fatale à l'ensemble de l'embarcation.

Mais le Mali étant sous les feux des projecteurs, le risque de voir cette crise postélectorale s'inscrire dans la durée est quasiment nul, car la communauté internationale ne permettra pas que la réélection de IBK, pour controversée qu'elle puisse être, serve de prétexte à l'opposition pour ébranler les institutions de la République et précipiter les métastases du cancer du Nord, sur l'ensemble du pays.

Et la manif des pro-IBK qui, il faut le dire, a drainé du monde, hier, dans la capitale malienne peut être interprétée comme un coup de semonce à l'endroit des contestataires, et il est fort probable que le président fraichement élu du Mali siffle la fin de la récréation aussitôt après son investiture demain mardi, au Centre international de conférences de Bamako.

On préfère fermer les yeux sur ce qui paraît être un détail (la victoire controversée de IBK) pour se focaliser sur l'essentiel (la paix au Mali)

On imagine mal cet homme de 73 ans dont c'est le dernier mandat à la tête du Mali, faire preuve de laxisme et de myopie politique au point de laisser la situation pourrir et dégénérer sous ses yeux, surtout qu'il a tacitement le soutien des pays voisins et des principaux partenaires du Mali.

Son « frère ennemi » du moment, Soumaila Cissé, qui a jusqu'ici refusé sa main tendue et qui laisse croire qu'il ira jusqu'au bout de ce qui ressemble fort bien à un baroud d'honneur, rentrera fatalement dans les rangs après avoir passé des « accords secrets » qui éviteront à ses partisans de sortir bredouilles de ce bras de fer qu'ils savent perdu d'avance. L'exemple de l'opposant gabonais Jean Ping qui n'a pas réussi à invalider la victoire de Ali Bongo Ondimba malgré des preuves tangibles de fraudes massives lors de la dernière élection au Gabon, est encore trop récent pour ne pas servir de leçon à Soumaila Cissé et à ses lieutenants.

L'opposition malienne devra donc faire contre mauvaise fortune bon cœur et accepter la victoire même infamante de IBK, au lieu de se ruiner dans un combat inutile aux risques incalculables pour le Mali et pour eux-mêmes.

Le Mali n'étant pas un pays normal, il est difficile voire impossible d'appliquer rigoureusement les valeurs démocratiques qui veulent qu'un président frauduleusement élu ne soit reconnu ni par son peuple, ni par la communauté internationale. On préfère donc fermer les yeux sur ce qui paraît être un détail (la victoire controversée de IBK) pour se focaliser sur l'essentiel (la paix au Mali), et c'est certain que des pressions multiformes seront exercées sur Soumaila Cissé pour qu'il n'entre pas dans cette logique du coup pour coup, en évitant d'appeler ses partisans à descendre dans la rue tous les samedis, comme ce qui se passait récemment encore au Togo.

A court terme, il va certainement perdre en crédibilité aux yeux de ses thuriféraires, mais sur le plan politique, il pourrait gagner au change, pour avoir accepté de mettre un terme quasi définitif à ses ambitions présidentielles, au profit de la paix, de la stabilité et de l'unité nationale.

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