6 Septembre 2018

Tunisie: Quand l'émotion prend le dessus

Un présumé cas de viol signalé à Goubellat, dans le gouvernorat de Béja, où une mineure aurait été agressée sexuellement par cinq individus durant plusieurs jours, a, en effet, déclenché cette vague de dénonciation. Les Tunisiens ont sévèrement condamné ces actes criminels qui ne cessent de se multiplier ces dernières années.

Ces crimes, si atroces, qui ont secoué tout le pays, ont rouvert le débat, de nouveau, concernant les châtiments qu'il faut réserver aux violeurs d'enfants. Si les réactions restent mitigées, de nombreuses personnes ont appelé à l'application de la peine de mort contre ces criminels et à la levée du moratoire.

Sur les réseaux sociaux, espaces où on peut sonder l'opinion publique, le réquisitoire populaire est sans appel: ce ne sera pas moins que la peine capitale, pour alléger la souffrance des victimes, estiment de nombreux internautes.

Des écrivains et intellectuels adhèrent également au verdict, certains d'entre eux appellent même à torturer en public ces violeurs d'enfants et à les castrer. «Je suis contre la peine de mort. Contre la peine de mort pour les violeurs de la jeune fille de Goubellat. Je suis pour qu'on les torture publiquement», s'est exprimée l'écrivaine Olfa Ben Youssef, même si le flou sur cette affaire persiste toujours, d'autant plus que le dernier rapport du médecin légiste ne confirme par l'acte de viol.

Peine de mort, castration et droits humains

Faisant toujours usage des réseaux sociaux, d'autres personnes proposent la castration chimique comme châtiment adéquat. "Une proposition pénale: le crime de viol doit être puni par la castration», suggère, pour sa part, Emna Rmili, universitaire et écrivaine, un avis également partagé par le journaliste Zied El-Heni.

Pour Imene, journaliste, une sentence de mort serait la peine la plus adéquate pour éviter des risques de récidive, «d'autant plus que la pédophilie constitue un crime atroce contre des enfants innocents», rappelle Imen.

Idem pour Hédia, retraitée, qui considère que la peine capitale permettra à la société de «se débarrasser» de personnes qui n'ont rien à partager avec l'humanité. «Je suis consciente que l'emprisonnement de ces criminels ne servirait à rien, ce sont des charges supplémentaires pour nos établissements pénitentiaires, il faut mettre fin à leurs jours, car ils ont tué l'enfance », estime-t-elle.

Se voulant plus neutres et plus nuancés, d'autres préfèrent rappeler que la peine de mort n'a jamais réduit le taux de criminalité. Pour Alaa, jeune avocat, «le droit à la vie est inhérent à la personne humaine, aucune autorité ne saurait décider de la mort d'un être humain». Il est vrai qu'il s'agit d'un crime contre l'enfance mais il est possible de tenir les délinquants les plus dangereux à l'écart de la société sans les exécuter», a-t-il considéré.

Notons-le, il ne s'agit pas de la première fois que l'opinion publique tunisienne s'agite sous le choc d'un crime de viol, et particulièrement contre des enfants, remettant à l'ordre du jour la question de la peine capitale.

Le viol suivi du meurtre en 2016, du petit Yassine, 4 ans, a secoué tout le pays, provoquant une vague d'indignation et de colère qui s'est manifestée dans les médias et les réseaux sociaux. La peine capitale est finalement prononcée, par un tribunal militaire vu que l'agresseur n'est autre qu'un caporal de l'armée nationale, mais l'exécution elle, n'a jamais eu lieu.

Car en Tunisie, même si des condamnations à mort sont prononcées chaque année, leur exécution, elle, est une autre affaire. La dernière exécution remonte en effet, à octobre 1991, il s'agissait de Naceur Damergi, plus connu sous le nom du «boucher de Nabeul». Il avait violé et tué 14 enfants. Sa demande de clémence a été rejetée.

Il serait utile de rappeler que le code pénal tunisien prévoit toujours la peine capitale, dans ses articles 5 et 7, mais depuis des décennies la Tunisie applique une sorte de moratoire. Un moratoire qui n'existe d'ailleurs dans aucun texte écrit. En juin dernier, la commission des Libertés individuelles et de l'égalité (Colibe) avait proposé, entre autres, l'abolition pure et simple de la peine capitale en Tunisie.

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