16 Septembre 2018

Burkina Faso: Enieme attaque meurtrière - Une zone en passe de devenir un far west

Photo: FASOZINE
La localité de la Kompienga, situé à l'Est de Burkina Faso, cible de plusieurs attaques terroristes.
analyse

C'est un pallier de plus qui a été franchi dans la nuit du vendredi au samedi derniers dans la dégradation de la situation sécuritaire à l'Est du Burkina Faso, avec l'assassinat de neuf personnes dans deux attaques distinctes mais vraisemblablement coordonnées et perpétrées par des « escadrons mobiles de la mort », dans la province de la Kompienga.

Au regard du mode opératoire et des cibles visées, on peut penser qu'il s'agit d'une duplication dans la partie Est de notre pays, des scènes d'horreur enregistrées au Sahel depuis 2016, avec les très verdoyantes provinces de la Tapoa, de la Komondjari et de la Kompienga comme épicentres de cette crise sécuritaire.

L'imam et ses coreligionnaires d'infortune qui ont été massacrés de sang froid dans le village de Diabiga ainsi que les 3 autres qui ont été canardés à Kompienbiga, l'ont tous été vraisemblablement pour solder des comptes, soit parce qu'ils en savaient un peu trop sur les groupuscules qui agissent dans la zone, soit parce qu'ils refusaient de se rendre complices des actes ignobles enregistrés depuis un certain temps dans cette partie de notre pays et dont on ne connaît malheureusement ni les commanditaires, ni les exécutants, ni même les motivations.

Une chose est toutefois certaine, ces tueurs en série cherchent à ébranler les fondements même de l'Etat en mitraillant à la Kalachnikov la cohésion sociale et religieuse dont le Burkina Faso se targue. Le déploiement d'un contingent burkinabè au Mali pour soutenir la Minusma et l'hébergement de la base-arrière des forces spéciales françaises opérant dans le cadre de l'opération Barkhane ainsi que du QG des officiers du renseignement militaire américain mobilisés sur cette zone, ne pourraient justifier ces attaques tous azimuts d'autant que les assaillants ne sont pas forcément des étrangers ou des souverainistes.

Il faudra communiquer davantage sur le travail de nos hommes sur le terrain

Beaucoup d'entre eux sont en effet nos compatriotes acquis à la cause de l'islam radical, mais qui pourraient opportunément et de temps à autre opérer en tandem avec des déçus de la République, avec l'implication, ne serait-ce que sur le registre de l'appui ou de la complicité logistique, des populations locales qui sont réceptives à leurs prêches ou à leurs discours enflammés contre les symboles de l'Etat.

On a vu ce genre d'alliance a priori contre-nature au Mali au début de la crise en 2012 entre le MNLA et Al-Qaïda au Magrheb islamique, avant que ce dernier ne retourne son glaive contre son allié de circonstance. La double attaque de la fin de la semaine dernière vise donc à envoyer un message sans ambigüité aux éventuels collaborateurs de nos forces de défense et de sécurité, qui se préparent, à ce qu'on dit, à une vaste opération de maillage de toute la bande frontalière avec le Niger, le Bénin et le Togo.

Les assaillants, qui comptent sur l'absence des uns (les FDS et les symboles de l'Etat en l'occurrence) et la peur des autres (les populations des zones concernées) pour s'installer durablement dans cette partie du pays, vont certainement multiplier les attaques contre des cibles molles pour dissuader les éventuels mouchards, mais cela ne suffira pas évidemment et fort heureusement à créer les conditions d'une « afghanisation » de l'Est du Burkina.

Mais, il faudra tout de même parer au plus pressé, car n'oublions pas que nous sommes à moins de deux semaines de la rentrée des classes, et la psychose qui est en train de s'emparer de tout le monde dans cette partie du Burkina, pourrait compromettre dangereusement l'année scolaire qui s'annonce.

On demande aux différents acteurs de faire preuve de patriotisme et de courage en rejoignant leurs postes d'affectation, et nous espérons que derrière ces exhortations, les autorités ont tout mis en œuvre afin que ceux qui troublent actuellement le sommeil des populations de l'Est du Burkina, passent plus de temps à chercher à sauver leur peau qu'à étendre leur emprise sur cette partie du pays.

Le bilan des opérations de traque et de ratissage des zones concernées, donné par le ministre de la Sécurité, est certes encourageant, mais il faudra communiquer davantage sur le travail titanesque de nos hommes sur le terrain pour rassurer ceux qui en doutent encore sur leur détermination à apporter une réponse nationale efficace à ce péril transfrontalier.

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