10 Septembre 2018

Afrique: Répression de la libre expression en Afrique - De la musique aux médias, du subtil au plus apparent

Les journalistes assiégés sous une forme ou une autre à travers le continent, avec une recrudescence des attaques des forces de sécurité contre les journalistes en Ouganda. Le journaliste Jones Abiri a été libéré par les autorités nigérianes après deux ans de détention arbitraire, tandis que Samuel Ogundipe a été temporairement arrêté et contraint de révéler ses sources. Au Mozambique, les frais exorbitants d'accréditation de la presse compliquent le travail des journalistes. Les musiciens de tout le continent s'attirent le courroux des autorités de leur pays pour avoir aborder des problèmes qui frustrent les citoyens.

Par Reyhana Masters pour l'IFEX D'après des dossiers de groupes membres de l'IFEX Comité pour la protection des journalistes , Human Rights Network for Journalists - Uganda , International Press Institute (IPI) , Fondation pour les Médias en Afrique de l'Ouest , Media Rights Agenda , Privacy International , Media Institute of Southern Africa 10 septembre 2018

S'attaquer aux problèmes politiques par la musique

Dans de nombreux pays du continent, les musiciens exploitent les préoccupations de leurs publics et façonnent leur musique pour reprendre à leurs comptes des questions sociopolitiques et économiques pressantes. Leur popularité auprès d'un public plus jeune incite les autorités à faire attention.

La population croissante des jeunes en Afrique est sans emploi et frustrée, et s'aggrave à mesure que le fossé de la déconnexion entre leurs désirs et l'incapacité de leurs gouvernements à répondre à leurs aspirations s'élargit. Ce sentiment d'être privé de ses droits politiques les encourage à écouter des musiciens comme Bobi Wine en Ouganda, Falz au Nigéria, Sauti Sol au Kenya et Didier Lalaye au Tchad. Mais à mesure que ces musiciens gagnent en popularité auprès de leurs jeunes publics, ils sont de plus en plus détestés par les leaderships de leur pays - pour s'être exprimé sur des questions sensibles - et pour cela, ils paient un prix.

Les paroles de This is Nigeria, du rappeur Falz, ont été qualifiées de vulgaires par le comité de censure du pays, et la chanson a été interdite. Conçue dans le style de This is America de l'artiste américain Childish Gambino, la version de Falz se concentre sur la crise de la drogue au Nigeria, les écolières disparues de Chibok et l'escalade du conflit pastoral dans les états du centre du pays. Sur le plan international, elle a été saluée pour son commentaire politique virulent, mais la Commission nigériane de radiodiffusion nationale n'a pas apprécié. Elle a qualifié la chanson d'indécente et de vulgaire et ont imposé une amende à une station de radio locale pour l'avoir diffusée.

Le groupe afro-pop du Kenya Sauti Sol a sorti Tujiangalie - Mot Swahili pour dire examinons-nous - pose la question suivante: « Le Kenya va-t-il bien »? Quartz Africa décrit la chanson, enregistrée en collaboration avec le rappeur kenyan Nyashinski, comme « une évaluation poétique des problèmes qui rongent actuellement le Kenya - dont la corruption, l'accroissement de la dette, les inégalités économiques, une crise de leadership et une connexion troublante entre le clergé et la classe politique. La vidéo lyrique officielle célèbre visuellement le dynamisme de Nairobi, mais note également qu'au Kenya, la démocratie n'est qu'un « mot qu'on prononce pour le plaisir ».

Au Tchad, des poètes slams entrent en scène et poussent le débat sur des questions telles que le chômage et la corruption, la pollution et les droits des femmes, le racisme et les inégalités. Professionnel médical le jour et poète slam la nuit, le poète slam Didier Lalaye, âgé de 34 ans, estime que le développement d'un service de santé mobile pour les enfants tchadiens ne suffit pas. Il veut amener le changement à travers sa poésie.

Retombées de l'agitation politique ressentie par les journalistes

Les attaques contre les journalistes et les militants en Ouganda en août ont été impitoyables.

Une campagne électorale municipale politiquement chargée dans le district d'Arua, en Ouganda, a culminé en une explosion lorsque la police et l'armée sont intervenues, agressant et arrêtant des membres du parlement, des journalistes et des citoyens. Le gouvernement a déclaré que l'intervention brutale était nécessaire car le convoi du président Yoweri Museveni avait été attaqué par des partisans de l'opposition. Les tirs sur son chauffeur et l'arrestation subséquente du musicien devenu politicien Robert Kyagulanyi, alias Bobi Wine, avec d'autres membres de l'opposition, ont déclenché de nouvelles manifestations à Kampala et dans d'autres régions de l'Ouganda. Les retombées de cette crise politique ont touché les activistes et le secteur des médias.

Les journalistes qui ont couvert l'élection partielle d'Arua - et les événements qui ont entouré l'arrestation, la torture, l'arrestation à nouveau et l'empêchement de la sortie du pays de Wine pour se faire soigner - ont été sauvagement battus ou arrêtés pour des accusations fallacieuses.

Le traitement brutal de Wine, affectueusement appelé le « président du ghetto », vise probablement à briser sa détermination et à intimider l'opposition. Suivant la tendance habituelle de la culture pop, le rastaman Wine chantait les femmes et conduit à vive allure. Au milieu de cette phase d'éclat et de fanfaronnades, il a changé son approche et a écrit une chanson, qui est devenu un succès, appelant à des élections pacifiques et à un transfert de pouvoir. En exprimant les sentiments d'une population jeune croissante et frustrée, Wine, qui a accru sa popularité parmi une population jeune et active politiquement, constitue une menace sérieuse pour la continuité du leadership du Président Museveni.

Restriction de la liberté des médias au Nigeria

L'année dernière, les organisations de défense des médias du Nigéria ont exprimé leur préoccupation croissante quant à la fréquence des attaques contre les médias, en plus de la réduction lente et subtile de l'espace de liberté des médias.

Le 14 août, après des années à réfuter les informations selon lesquelles elles l'avaient détenu arbitrairement, les autorités ont finalement libéré sous caution le journaliste Jones Abiri, après deux années en prison.

Abiri a disparu le 21 juillet 2016, après que des agents du Département des services de l'État (DSS), lourdement armés, l'ont arrêté devant le bureau du journal Weekly Source. Au cours de sa disparition forcée, il n'a eu accès ni à sa famille, ni à son avocat et ni à un traitement médical. Les autorités sont restées silencieuses sur son sort, malgré les demandes persistantes de groupes de pression régionaux et internationaux, de militants et de journalistes. C'est la pression amplifiée lors de la conférence annuelle de l'Institut international de la presse (IPI) tenue à Abuja par les organisations des médias et l'éventuelle action en justice pour violation des droits humains fondamentaux menée par l'avocat des droits humains Femi Falana, au nom d'Abiri, qui a poussé le DSS de le déférer devant le tribunal.

Au moment de la libération d'Abiri, Samuel Ogundipe, journaliste du journal en ligne privé Premium Times, a été détenu par la police et contraint de révéler sa source d'informations pour un article qu'il avait écrit. Son compte en banque a également été gelé le même jour.

L'affront de son arrestation s'est répandu dans les rues, avec des Nigérians marchant vers le quartier général de la police à Abuja. Les manifestants se sont enfuis lorsque la police leur a tiré des grenades lacrymogènes, mais ils se sont regroupés et ont regagné le quartier général, exigeant la libération du journaliste.

Ogundipe a été libéré deux jours après son arrestation, après qu'il a satisfait aux conditions de sa libération sous caution, soit « N500.000 Naira et l'assurance de résider dans la juridiction du tribunal ».

Batailles juridiques: de la surveillance aux caricaturistes

Au début du mois d'août, la campagne Right2Know et Privacy International ont demandé à être admises en tant qu'amis du tribunal dans une contestation judiciaire en cours contre la loi de surveillance de l'Afrique du Sud, RICA, devant la Haute Cour de Pretoria. L'intervention repose sur des preuves de plus en plus nombreuses selon lesquelles les pouvoirs de surveillance de l'État sud-africain sont abusés et les soi-disant « freins et contrepoids » au RICA n'ont pas réussi à protéger le droit constitutionnel des citoyens à la vie privée.

Une contestation constitutionnelle par Media Rights Agenda (MRA), Paradigm Initiative et Enough is Enough section du Nigeria est allée devant la Cour suprême. Les trois organisations contestent les articles 24 et 38 de la loi sur la cybercriminalité, qui font référence au cyber harcèlement et demandent qu'elles soient retirées de la loi. Les autorités nigérianes ont utilisé cette section à plusieurs reprises et à tort pour harceler et persécuter des journalistes et des critiques. « C'est sans doute la disposition la plus dangereuse contre la liberté de parole, d'opinion et d'enquête », a expliqué Tope Ogundipe, directeur des programmes de Paradigm Initiative.

Pendant un moment, le secteur des médias a poussé un soupir de soulagement en apprenant que la révision du code pénal rwandais autorisait désormais que la diffamation générale soit dénoncée devant un organe indépendant - la Commission rwandaise des médias. Cependant, tout cela a été annulé par une clause supplémentaire qui criminalise maintenant les caricatures qui dépeignent les politiciens et les dirigeants d'une manière peu flatteuse qui aura un effet négatif sur la liberté des médias et celle d'expression.

L'augmentation brusque des frais d'accréditation vue comme une attaque contre la liberté des médias

Il y a quelques mois, le gouvernement mozambicain a publié un décret exigeant que les journalistes obtiennent une accréditation des médias et paient des frais d'accréditation excessivement élevés. Le décret 40/2018, entré en vigueur le 22 août, oblige les envoyés spéciaux étrangers à payer 2 500 dollars américains par voyage au Mozambique pour une accréditation. Les journalistes locaux indépendants devront payer 500 dollars US par an, tandis que les correspondants étrangers basés au Mozambique devront payer des frais annuels de 8 300 dollars.

Des organisations de la région - Le Forum des éditeurs africains d'Afrique australe, l'Association des correspondants étrangers d'Afrique australe et le chapitre du Mozambique de l'Institut des médias d'Afrique australe (MISA) -, conjointement avec le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et IPI, ont conjointement pris position contre « l'imposition de frais d'accréditation prohibitifs pour les correspondants étrangers et les journalistes locaux travaillant pour des médias étrangers ». Ils ont publié une déclaration exhortant le gouvernement mozambicain à retirer ces frais d'accréditation exorbitants.

Deprose Muchena, directeur régional d'Amnesty International pour l'Afrique australe, prédit que les frais d'accréditation excessifs auront, sans le vouloir, un impact sur les articles en provenance du Mozambique, les médias ayant choisi de ne pas payer les frais d'accréditation de leurs journalistes. MISA Mozambique a qualifié cet acte du gouvernement « d'une attaque contre les journalistes et une tentative de faire disparaitre de petites entreprises de médias ».

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