18 Septembre 2018

Sénégal: Dialogue politique en panne, année préélectorale chargée, médiation sociale en berne - Quand l'arbitre joue à l'abonné absent !

Alors que le contexte préélectoral et/ou l'année électorale deviennent de plus en plus lourds de menaces sur la paix civile, le pouvoir et l'opposition jouent de plus en plus à se faire peur avec la présidentielle de février 2019 qui se profile.

Le dialogue de sourds mécaniquement entretenu autour du processus électoral entre les deux adversaires du jeu politique n'a pas seulement fini de blaser plus d'un observateur de la scène. Il s'est aussi traduit par des divergences de fond autour de l'organisation de la cuisine électorale (parrainage entre autres) au point de susciter la suspicion générale entre acteurs et d'amonceler au-dessus de la tête de «gorgorlu» des nuages noirs qui ne présagent rien de bon.

Pis, l'échéance de février 2019 approchant à grande vitesse, les syndicats entendent prendre toute la mesure du contexte pour apporter des solutions définitives et structurelles à leurs grandes revendications, la plupart d'ordre financier et statutaire. Ainsi en a décidé And Gueussem de Mballo Dia Thiam et Sidya Ndiaye qui prévoit de paralyser le système sanitaire toute cette semaine.

Et le drame, c'est que toute la chienlit que vit le pays depuis lors s'effectue sans l'assistance d'un quelconque arbitre pour calmer le jeu. Suffisant alors pour se demander si le Sénégal ne serait-il pas en panne de régulateurs sociaux ?

Sud Quotidien pose le débat et s'évertue à démêler l'écheveau, tout en jetant un regard rétrospectif sur ces grands médiateurs sociaux qui eurent pour noms Serigne Fallou Mbacké, Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh, Cardinal Hyacinthe Thiandoum, Théodore Adrien Sarr...

DECLIN DES REGULATEURS SOCIAUX AU SENEGAL : Momar Diongue indexe la floraison des partis et...

«A mon avis, il y a trois raisons qui peuvent expliquer le déclin actuel des régulateurs sociaux. Si nous prenons le cas spécifique du vénéré Khalife général des Tidianes, feu Serigne Abdou Aziz Sy «Dabakh», vous vous rendrez compte que c'est quelqu'un qui, de son vivant, n'a jamais été attiré par des choses matérielles.

Il était quelqu'un qui était détourné des choses de la vie, ici-bas, vivait de façon austère et n'avait autre intérêt que celui de servir Dieu, de dire la vérité et de servir son peuple.

Il n'a jamais été attaché à l'argent ou des choses du genre. Je crois que le premier critère qui peut justifier le fait qu'un homme de sa trempe ait eu une voix autorisée, respectée, c'est d'abord ça. Ensuite, toujours concernant l'exemple de «Dabakh», il était quelqu'un qui était aussi trans-confrérique.

Il était le Khalife général des Tidianes mais dans sa démarche, ses prises de paroles et ses faits et gestes, il ne se focalisait pas seulement sur la confrérie Tidiane. Il essayait de cultiver autant que faire se peut l'unité entre les foyers religieux.

En tant que Khalife général des Tidianes, il n'avait pas aussi hésité à se rendre à Touba et en le faisant, il a montré l'exemple parce que les guides religieux qui veulent être des régulateurs sociaux doivent faire preuve d'exemplarité. On ne peut pas appeler les hommes politiques à l'unité, à la concertation et au dialogue si, en tant que guide religieux, on ne fait rien dans ce sens avec les autres couches religieuses.

Il y a un troisième élément qui me parait beaucoup plus important, c'est le changement fondamental de la donne au plan politique. A l'époque de «Dabakh», quand il y avait des contentieux au plan politique, il suffisait tout simplement d'en parler à deux personnes, de les amener à la raison et de les inviter au dialogue pour régler le problème.

Du temps du président Senghor, c'était lui et le président Wade. Et tant qu'il y avait amorce de dialogue entre les deux, la situation de crise aussi intense soit-elle pouvait être réglée. Sous le régime du président Abdou Diouf, on avait également une situation identique dans la mesure c'était lui et Abdoulaye Wade qui incarnait la grande figure de l'opposition.

Il suffisait que ce dernier soit ramené à de meilleurs sentiments, que le président Diouf soit invité à tendre la main à l'opposition donc à Wade, pour que le problème soit réglé.

Mais aujourd'hui, cela n'est plus possible au regard de la composition actuelle du champ politique. Il n'y a plus cette bipolarisation qui facilitait le dialogue. Ensuite, au sein de l'opposition, il n'y a pas un leader qui émerge, dont le leadership est reconnu par l'ensemble de la classe politique, qui fait figure de patron de l'opposition et qui draine autour de lui une bonne sensibilité de l'opposition.

Dans cette situation, il sera difficile pour un régulateur social, de renouer le fil du dialogue entre pouvoir et opposition parce qu'il y a plusieurs acteurs à la fois dont certains échappent totalement à l'emprise du régulateur social. Il sera de plus en plus difficile à un régulateur social de pouvoir se faire entendre par l'ensemble de des acteurs politiques. Cette situation est la conséquence de la floraison des partis politiques au Sénégal parce qu'on ne sait plus ce qui motive les uns et les autres».

ALY KHOUDIA DIAW, SOCIOLOGUE SUR LE DÉCLIN DES RÉGULATEURS SOCIAUX : «Ils ont été rattrapés par le contexte et l'évolution des mentalités»

«Le déclin des régulateurs sociaux s'explique par plusieurs facteurs mais je vais m'arrêter sur quelques-uns dont l'évolution de la société sénégalaise. Il faut dire à ce niveau que cette évolution s'explique par des mutations socioculturelles qui peuvent être marquées par l'effacement de la communauté au profit de l'individualiste.

J'insiste à ce niveau parce que dans toutes les sociétés, dès l'instant que la communauté s'efface, autrement dit, dès que l'esprit, la démarche et les perceptions communautaires s'effacent au profit de l'individualiste, la première conséquence portera sur un effacement de l'intérêt collectif au profit de celui individuel.

Maintenant pour ce qui concerne les régulateurs sociaux, ils subissent ce que nous appelons changement de contexte parce que le Sénégal des années 1990 n'est pas celui de 2018. Entretemps, il y a énormément des changements notamment une évolution des mentalités, des mœurs et une émancipation des consciences qui font que véritablement, les régulateurs sociaux ont été rattrapés par le contexte et l'évolution des mentalités.

En plus, il y a aussi un désintérêt des populations par rapport à ces régulateurs sociaux. Car un régulateur social implique certaines dispositions notamment être quelqu'un qui est doté d'une probité morale sans reproche, être une référence, quelqu'un qui incarne des valeurs qui nous concernent tous, qui est une personnalité à laquelle toutes les mentalités sont censées adhérer.

Mais ce qu'on observe aujourd'hui, c'est que la plupart de ces régulateurs sociaux ou lanceurs d'alerte, au lendemain de la présidence de 2012, se sont tous rangés du côté du pouvoir en place et c'est ce qui fait qu'ils ne sont plus valables. Les populations se sont émancipées des contraintes collectives et communautaires et commencent maintenant à devenir indépendantes donc à obéir à la logique de l'intérêt.

Ensuite, ces régulateurs sociaux sont aujourd'hui au même niveau d'information que les populations. Car, l'époque où ils étaient en avance sur nous autres par rapport à certaines informations du fait de leur position sociale est révolue. Actuellement, avec l'avènement des réseaux sociaux, nous sommes tous au même niveau d'information.

Par conséquent, le régulateur social est obligé de dire des choses que tout le monde connait et c'est ce qui fait que leur intérêt n'est plus pertinent. Je pense que ce sont là les différents états de fait qui expliquent le déclin des anciennes références, des anciens régulateurs sociaux en qui on avait confiance et qui nous guidaient au profit de l'information instantanée et de la conscience individuelle surtout. Nous sommes maintenant dans une société où chacun agit selon son bon vouloir parce que chacun cherche son intérêt avant tout».

Sénégal

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