18 Septembre 2018

Cameroun: Les anglophones iront-ils aux urnes ?

analyse

La persistance de rumeurs annonçant des affrontements entre les éléments des forces de l'ordre et les sécessionnistes dans la région anglophone du Cameroun fait fuir actuellement nombre de citoyens vers des villes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Ces jours-ci, on assiste à un phénomène d'exode de masse dans cette partie du pays, que d'autres habitants ont déjà désertée, à cause de la crise sociopolitique.

Selon le bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha), plus de 160 000 personnes ont plié bagage. Un chiffre qui devrait aller à la hausse, vu les nouveaux départs enregistrés. En première ligne de cette situation à rebondissements, les leaders de la région anglophone qui réclament à cor et à cri, une partition du pays et la création d'un Etat acquis à leur cause, l'«ambazonie».

Et puisque plus rien ne les arrête dans leur projet d'indépendance, motivés par des frustrations sociales, ils sont vent debout contre la gouvernance du président Paul Biya. Au point de muscler leur discours ces dernières semaines et de susciter des inquiétudes chez les fuyards, que les appels au calme des autorités ne convainquent pas. C'est la psychose dans les foyers et dans les rues.

Les sécessionnistes diffusent des messages vidéo dans lesquels, ils mettent en garde quiconque prendra part à l'élection présidentielle du 7 octobre prochain, à laquelle participe, pour la nième fois, l'indéboulonnable Paul Biya. «Nous allons stopper la circulation dès le 25 septembre, de sorte que les dirigeants de la république ne transportent pas les électeurs dans nos villes. Aucune élection ne se tiendra sur le sol ambazonien », a indiqué l'un des leaders sécessionnistes, Ayaba Cho Lucas.

Le projet de boycott du scrutin va au-delà des paroles menaçantes, pour s'accompagner d'actes belliqueux. En effet, des agents locaux de l'organe en charge des élections, Elecam, sont victimes d'intimidations dans la région anglophone.

L'un d'eux a même été tué dans la localité de Bangem, d'après certains témoignages. Il est également fait mention de la destruction de bureaux de vote, dans la région anglophone, par ailleurs sous couvre-feu, à cause des violentes manifestations sécessionnistes.

Les maîtres à penser de l' «ambazonie», cet Etat qui est en gestation prolongée, font donc feu de tout bois, pour se faire entendre. Mais ils se heurtent à la fermeté de Paul Biya qui semble lâcher difficilement du lest, malgré sa volonté affichée de résoudre la crise anglophone par le dialogue.

Une sortie de crise ne se profile pas d'ailleurs à l'horizon. La situation en zone anglophone se complique davantage, avec les menaces sécuritaires sérieuses qui planent sur le déroulement de la future présidentielle. On se demande alors si les électeurs de cette partie du Cameroun, qui jusque-là, est unique et indivisible par principe, pourront exercer leur devoir civique, vu l'ambiance préélectorale électrique.

Les villes anglophones se vidant au jour le jour, avec la panique qui va avec, il est fort à craindre que grand monde ne se mobilise pour le vote, même si les conditions venaient à être réunies. L'adversité, imposée par les sécessionnistes, ne donne pas trop d'espoir, quelle que soit la soif de démocratie.

C'est au régime Biya, qui retrouve chaque fois les sécessionnistes en travers de son chemin, de trouver les voies et moyens pour permettre l'organisation in situ de la présidentielle. L'option, qui s'offre aux dirigeants en de pareilles circonstances, c'est d'user de la force publique pour rassurer les citoyens.

Ce qui peut se révéler inefficace dans la région anglophone, où les esprits sont déjà troublés. En tous les cas, des doutes subsistent désormais sur la tenue effective du scrutin en ces lieux.

Cameroun

Paul Biya réélu à la présidence avec 71,28 %

Le président Paul Biya, âgé de 85 ans, est officiellement réélu pour un… Plus »

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Copyright © 2018 Sidwaya. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.