19 Septembre 2018

Ile Maurice: En France - le nouveau patron de la MauBank interdit bancaire jusqu'en 2020

Être interdit bancaire pour un banquier, le comble ! Selon des documents en possession de l'express, Anoop Nilamber, récemment nommé à la tête de la MauBank, est sous le coup d'une interdiction bancaire en France, jusqu'au 10 mars 2020.

Le nouveau Chief Executive Officer (CEO), né le 10 août 1983, doit prendre ses fonctions lundi. Le conseil d'administration de la MauBank l'avait désigné comme successeur de Sridhar Nagarajan le 31 août.

Pour un homme de la finance cela est certainement plutôt inconvenant. Pour un directeur de banque, c'est une souillure plus qu'embarrassante, vu l'exemple que cet incident peut susciter chez les clients eux-mêmes, par exemple.

Anoop Nilamber, de son adresse au 65 de la Rue Tombe Issoire à Paris, aurait, selon les documents en notre possession, émis un chèque sans provision de 1 000 euros le 10 mars 2015. Ce qui, en France, mène automatiquement à cinq ans d'interdiction bancaire. Cette interdiction bancaire peut, de plus, poser de sérieuses questions sur ceux qui font le «due diligence» de celui qu'ils ont nommé à la tête de la MauBank. Banque que Sridhar Nagarajan, évacué sans ménagement après son mandat, avait tout juste remise sur les rails, malgré des héritages plutôt lourds de la MPCB et de la Bramer Bank.

À ce titre, le conseil d'administration de la MauBank va devoir se regarder en face et le régulateur bancaire va se trouver confronté à ses responsabilités, puisqu'il lui échoit de déclarer un CEO de banque «fit and proper». Il est, par ailleurs, difficile d'estimer les retombées sur le plan interbancaire. Certaines institutions financières, localement et à l'étranger, devant en effet décider si elles peuvent prendre des risques de traiter avec une banque et accepter ses transactions, alors que son plus haut responsable a déjà émis ne serait-ce qu'un seul chèque sans provision. Dans les milieux bancaires, on souligne, que la crédibilité s'apparente à la virginité.

Joint au téléphone tard hier soir, Anoop Nilamber dit ne pas être au courant de cette interdiction qui pèse sur lui. À nos questions, il assure n'avoir jamais reçu de notification d'une quelconque institution française. «Envoyez-moi les informations dont vous disposez et, étant un citoyen responsable, j'agirai en conséquence.» Anoop Nilamber n'a pas voulu dire si «agir en conséquence» serait de décliner l'offre de CEO qui lui a été faite. «J'agirai en conséquence tout simplement. La somme dont vous me parlez, ce n'est pas dramatique.»

Il demeure cependant qu'Anoop Nilamber aurait dû lui-même être conscient que cette interdiction bancaire pouvait, un jour, remonter à la surface et plus qu'embarrasser ceux qui souhaitaient lui faire confiance. Il aurait donc dû refuser le poste, par prudence.

Anoop Nilamber détient, selon un de ses profils LinkedIn, un Master en Économie, obtenu en 2006 à Panthéon Assas, Paris (la date est 2005 dans l'autre profil LinkedIn et le diplôme renommé MSc). Il travaille alors à la HSBC, pendant un peu plus de sept ans (dix ans sur le second profil). Il aurait aussi été chargé de cours, 2012-2013, à temps partiel (2012-2014 sur l'autre profil), à l'université Panthéon Assas (Paris II), avant de travailler six mois comme Corporate Finance Advisor à la MCB jusqu'en janvier 2015 (février 2015 dans le second profil). Il devient alors conseiller au ministère des Finances, ce qui le mène à siéger, notamment, sur les conseils d'administration de la State Investment Corporation, de SME Mauritius et de la MauBank.

C'est quoi cette sanction ?

Une interdiction bancaire est, en France, une interdiction d'émettre des chèques. Cette sanction frappe tout individu qui émet un chèque sans provision. L'interdiction est générale et concerne tous les comptes dans toutes les banques (même l'émission d'un chèque payable à l'étranger sur le sol français est interdite) et dure 5 ans faute de régularisation. Elle est enregistrée au Fichier Central des Chèques géré par la Banque de France qui centralise tous les incidents de paiement et qui envoie l'information à l'ensemble des établissements financiers.

Anoop Nilamber aurait bien pu faire enlever son nom de la base de données de la Banque Centrale de France s'il avait demandé une régularisation. Il lui aurait suffi d'aller voir le bénéficiaire du chèque, régler la somme par un autre moyen (espèce par exemple) lui reprendre le chèque en bois, et ramener celui-ci à la banque. Le tour serait joué, il n'y aurait aucune suite criminelle puisque l'émission de chèques sans provision a été dépénalisée en France. Visiblement, Anoop Nilamber n'a pas choisi cette voie, et il est toujours en situation d'interdiction bancaire.

Ile Maurice

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