19 Septembre 2018

Madagascar: Patrimoine - L'exposition « Madagascar - Arts de la Grande Ile » soulève quelques questions

Le microcosme malgache des amoureux et des défenseurs du patrimoine sont aux anges actuellement. Madagascar se trouve, depuis le 18 septembre, en première ligne au musée Quai Branly en France. L'occasion aussi de s'interroger sur le patrimoine matériel national détenu à l'étranger.

Des sculptures funéraires, des amulettes ancestrales, des tissus traditionnels... sont actuellement exposés dans l'univers léché du Musée Quai Branly - Jacques Chirac - depuis le 18 septembre jusqu'au 1er janvier 2019. Cette installation s'intitule « Madagascar - Arts de la Grande Île ». Une occasion pour les visiteurs du monde entier, le lieu connaît une affluence de plus de 1,5 million de personnes par an, de découvrir un « île-continent ». Mais aussi l'occasion de passer en revue certains objets qui interpellent sur le patrimoine malgache. « Selon le droit coutumier, ces objets devraient nous revenir, à notre pays », souligne Alex Randriamahefa, vice- président de l'Association des étudiants en Histoire de l'université d'Antananarivo.

Il soulève ici un passé presque oublié, l'aspect le plus ignoré du côté obscur de la relation frontale entre Madagascar et la France durant la colonisation. Le pillage de tombaux et de sites sacrés a accompagné l'effort de « civilisation » entrepris par l'administration coloniale. Selon l'étudiant en histoire, ces saccages ont débuté dès « les années 1890. En 1895, il y avait déjà des actes de pillages. Sous-prétexte pour des travaux d'archéologie mais surtout pour voler les objets ». Une autre version tend à confirmer ces datations des œuvres exposées actuellement. Emmanuel Pierrat, conservateur au Musée du Barreau, également écrivain et avocat, estime qu'ils viennent « du XIXe et XXe siècle ».

Marché noir. Ces « appropriations illégales » touchaient tous les pays africains colonisés par les Français. La présence de certains de ces vestiges exposés au Quai Branly mérite donc quelques éclaircissements. Surtout en pensant à ces symboles mortuaires comme les « Aloalo » qui ne se retrouvent que dans le sud de Madagascar. Ce qui laisse supposer que les pilleurs auraient vandalisé le caractère sacré et familial de ces lieux. Mais en ont aussi fait une affaire lucrative. Sans oublier qu'il y avait une complicité à tous les niveaux de la population. Pour certains spécialistes en histoire, la dualité du pouvoir, du temps du Premier ministre Rainilaiarivony, a été un des facteurs favorisant les pillages et les recels des patrimoines nationaux.

L'intervention directe de certains Malgaches n'est donc pas à écarter. Ces premières extorsions se déroulaient dans un contexte ou le marché noir des objets d'arts avaient une assise importante en Europe. Selon des informations plus ou moins avérées, une sculpture du buste de la reine Ranavalona III se trouverait actuellement exposés dans un musée à Bruxelles. Pour ainsi dire, Peu de Malgaches ont profité de leur relation privilégiée avec les colons et les étrangers pour s'enrichir. Il reste à définir si leur rôle a été déterminé par leur statut ou par de simples intérêts pécuniaires. Un sujet qui est enfoui dans les méandres de la mémoire collective nationale. « C'est dur d'en parler », reconnaît Alex Randriamahefa.

Origine malgache, propriété française. D'ailleurs, les objets sont maintenant la propriété de ce musée réputé en France. A la fin de cette grande démonstration du patrimoine malgache mais propriété française, les objets « resteront au Quai Branly pour la plupart », émet Emmanuel Pierrat. Ce ne sera donc pas demain la veille que Madagascar puisse une nouvelle fois jouir de ses propres patrimoines. Lors de la décolonisation, la restitution des vestiges entre les mains du colonisateur a été tout simplement mise sur la touche lors des différents accords entre Madagascar et la France. Ce n'est pas seulement l'ancien empire colonial qui est en cause. D'autres pays d'Europe gardent des objets royaux et patrimoniaux malgaches dans leur musée.

Emmanuel Macron, président de la République française a déclaré lors de son discours à la conférence de Ouagadougou en novembre 2017. « D'ici à cinq ans, je veux que les conditions soient réunies pour un retour du patrimoine africain en Afrique ». Cette promesse voilée devrait concerner le patrimoine malgache dont le nombre d'objets collectionnés sur le sol français dépasserait le millier. Puisqu'il y aurait dans la liste des lettres de correspondance, des armes, des peintures, des sculptures, des ustensiles du quotidien... Récemment, une polémique a éclaté concernant la couronne d'une reine malgache, volée en décembre 2011 dans un lieu a priori surveillé, vient de ressurgir sur le marché noir. Plus d'une centaine de collectionneurs privés possèdent également un large fond patrimonial d'origine malgache. Le défi qui attend les responsables locaux sera donc de taille si jamais cette promesse française sera mise en exécution.

Patrimoine politique. D'un autre côté, Alex Randriamahefa soulève un aspect plus politique de cette décision. « Ces objets peuvent devenir des objets diplomatiques », reconnaît-il. Et lui d'ajouter, « en d'autres termes, lors de négociations économiques ou politiques, les Français pourraient les utiliser pour effectuer des dons en guise de bonne foi ». Une arme à double tranchant donc. Il ne faut tout de même pas croire que l'Etat malgache est toujours resté les bras croisés depuis leur indépendance. Qu'il a préféré laisser ces richesses culturelles matérielles entre les mains des français. « Du temps de la deuxième République, nous avons injecté de l'argent au ministère de la Culture pour acheter, en France, les objets volés. Comme le font la Chine et l'Inde actuellement », rappelle Alex Randriamahefa.

Si la Grande Ile suit la voix légale et demander la remise de ces objets ancestraux par un procès ou l'intervention auprès d'un organisme arbitral comme l'Unesco. Plusieurs procédures doivent être mises en œuvre. Comme le retraçage historique, le potentiel de conservation de Madagascar et d'autres points qu'il faudrait éclaircir. C'est sur la conservation que les Malgaches risquent d'être freinés. Même s'il est prouvé que ces objets leur appartiennent historiquement. Le budget de Petit Poucet du ministère de la Culture n'arriverait pas à créer un espace aux normes comme le musée Quai Branly.

Cette institution culturelle française a déjà défrayé la chronique en 2000. Quand des pièces d'origine nigérienne, des statues Nok, se sont retrouvées dans les collections du musée. Pourtant, selon la loi en vigueur au Nigeria , ces objets étaient strictement interdits d'exportation. Créant un tollé dans la relation entre les deux pays, la France a taxé le gouvernement nigerian de mauvaise foi. Les dirigeants, d'antan et actuels, de ce musée de renom préfèrent plutôt soulever l'importance d'un espace de la diversité. Par ailleurs, il fut un temps où le gouvernement français demandait l'aval d'un pays africain pour acheter un objet originaire de ce pays. Pour le programme de cette exposition qui se tient du 17 septembre au 1er janvier 2019, des séances de projection, d'atelier et de visites guidées sont programmées.

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