19 Septembre 2018

Congo-Brazzaville: Enseignement général - L'Etat veut mettre un terme à l'anarchie dans le secteur privé

Le ministre de l'Enseignement primaire, secondaire et de l'alphabétisation, Anatole Collinet Makosso, qui a ouvert les travaux de la première session ordinaire de la commission nationale d'agrément, a rappelé que l'école privée ne doit pas ressembler à une sorte de « forum shopping » qui consisterait pour des commerçants à s'improviser comme professionnels de l'éducation.

Depuis la libéralisation de l'enseignement en 1990, les promoteurs des écoles privées se livrent à une sorte d'anarchie alors que des dispositions législatives existent. Ainsi, après la session inaugurale d'octobre 2013, la commission nationale d'agrément de l'enseignement général tient sa session ordinaire du 19 au 21 septembre à Brazzaville. En effet, 869 dossiers dont 815 nouveaux issus des écoles de tous les départements du pays, sauf le Pool et la Likouala, ainsi que cinquante-quatre ayant reçu l'agrément provisoire en 2013 sont soumis à l'examen.

Selon le ministre, les écoles privées sont une composante importante du sous-secteur de l'enseignement général pour apporter une réponse complémentaire à l'offre proposée par l'Etat. « Avec 30% environ de nos élèves fréquentant l'école privée, l'Etat se doit d'être plus que regardant et exigeant pour que celle-ci ne ressemble pas à une sorte de forum shopping qui consisterait pour des commerçants, à s'improviser comme professionnels de l'éducation, et pour les élèves, à contourner la rigueur de l'école publique, pour s'inscrire avec la complicité de leurs parents, à l'école privée, la plus susceptible d'accorder des facilités et de leur faire obtenir des diplômes par des artifices divers », a précisé Anatole Collinet Makosso.

« Aucun établissement ne peut se soustraire à la rigueur de l'Etat »

Ainsi, pour le ministre, les écoles privées ne le sont guère par la nature de leurs programmes qui seraient, semble-t-il, différents des programmes officiels. Elles ne sont non plus privées, a-t-il poursuivi, du fait de leur arrimage à un Etat étranger ou aux programmes d'un Etat autre que le Congo. « Les discours entendus çà et là, tendant à justifier le caractère privé de l'établissement par le jumelage non prouvé avec tel ou tel autre établissement ou l'arrimage à tel ou tel système scolaire des Etats aussi souverains que le Congo, sont à bannir en ce qu'ils n'honorent pas notre pays. Les programmes, le calendrier et les évaluations scolaires étant du domaine réglementaire, aucun établissement ne peut s'y soustraire sans accepter de s'attribuer le statut de hors-la-loi et se voir retirer l'agrément », a-t-il martelé.

Rappelant le cadre légal existant, le ministre de l'Enseignement primaire, secondaire et de l'alphabétisation a regretté le fait que les promoteurs des établissements privés ne respectaient pas la législation scolaire. Pour lui, malgré les séances de communication et de sensibilisation organisées par le ministère, il semble se développer une anarchie accompagnée de multiples dysfonctionnements. « Le moment est donc enfin arrivé pour que les établissements qui ne répondent pas aux normes soient sanctionnés, voire fermés pour ne laisser émerger que ceux qui concourent réellement à l'offre d'une éducation de qualité, conformément aux lois et règlements de la République, surtout en veillant que soit assainie et respectée la carte scolaire », a-t-il averti.

Réserver le secteur uniquement aux enseignants ?

Revenant sur les missions et attributions de sa structure, le directeur de l'agrément et du contrôle des établissements privés d'enseignement général, Julien Samba, a rappelé que les établissements ne répondant pas aux critères peuvent être fermés ou ajournés. Quant à l'agrément, il se donne par cycle. Faisant le point de la situation, il a indiqué que bon nombre de promoteurs d'écoles privées s'abstenaient de déposer leurs dossiers de demande d'agrément par peur des sanctions liées à la fermeture. C'est ainsi qu'il a sollicité l'organisation d'une nouvelle opération d'assainissement de l'environnement scolaire visant à rattraper les récalcitrants.

« Face aux difficultés économiques, plusieurs écoles se ferment sans avertir la tutelle. Il y a également celles qui fonctionnent avec des cycles de moins ou sans classes d'examens mais qui inscrivent les candidats aux différents examens d'Etat. Pour ce faire, nous envisageons que dès octobre 2018, et chaque année scolaire, les inspecteurs, chacun dans sa zone de compétence, identifient les écoles qui existent, le cycle qui fonctionne ainsi que les classes d'examens », a annoncé Julien Samba, souhaitant que le promoteur d'une école privée soit uniquement un cadre de l'enseignement comme cela se fait chez les pharmaciens.

Notons que pour obtenir un agrément définitif, il y a plusieurs critères à remplir selon la thématique. Les plus fondamentaux sont les structures d'accueil et la gestion pédagogique.

Prolifération des écoles privées à Brazzaville

Depuis l'ouverture du secteur de l'éducation aux privés, des écoles naissent comme des champignons dans les grandes villes du pays avec comme conséquence l'instauration de l'anarchie. Avec une superficie de 263,9km2 pour quatre-vingt-seize quartiers, la ville Brazzaville compte environ 918 établissements, soit en moyenne dix écoles privées par quartier et quatre écoles privées au km2. Ainsi, le 1er arrondissement, Makélékélé, compte quatre-vingt-dix-neuf établissements privés contre vingt-cinq écoles publiques. Bacongo : trente-six écoles privées contre dix-sept publiques ; Poto-Poto: trente-sept écoles privées contre dix publiques ; Moungali : cent une écoles privées contre dix-sept ; Ouenzé : soixante-dix établissements privés contre dix-neuf du public ; Talangaï : cent quatre-vingts écoles privées contre vingt-deux publiques ; Mfilou : cent vingt-deux contre quatorze publiques ; Madibou : cent dix-huit écoles privés contre quatorze publiques ; à Djiri : cennt cinquante-cinq contre dix.

D'où la nécessité de faire de l'assainissement de la carte scolaire un véritable enjeu des sessions d'agrément.

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