19 Septembre 2018

Sénégal: Journée de mobilisation nationale à la maison de la presse - La restructuration de l'aps, un combat de toute la presse

Face aux difficultés sans précédent que traverse l'Agence de presse sénégalaise (APS), les travailleurs de l'entreprise de presse et le Syndicat des professionnels de l'information et de la communication (SYNPICS), ont organisé une journée de mobilisation nationale hier, mardi 18 septembre 2018, au niveau de la Maison de la presse. Une rencontre qui a vu la participation de toutes les organisations de la grande famille et des organisations de la presse notamment, le SYNPICS, le CORED, le CDPS, l'APPEL, la CJRS, l'ANPS, mais aussi des anciens de la boite, etc., qui sont venus prêter main forte aux travailleurs de l'APS.

«Le ministre de la Communication nous a reçu, le vendredi passé. Il a pris des engagements, nous attendons donc la concrétisation de ses engagements.» C'est Bamba Kassé, Secrétaire général du Syndicat des professionnels de l'information et de la communication du Sénégal (SYNPICS/APS) qui annonce ainsi la couleur dans le combat des travailleurs de l'Agence de presse sénégalaise (APS) de sauver leur outil de travail qui va «mal». Il s'exprimait hier, mardi 18 septembre, lors de la journée de mobilisations nationale au niveau de la Maison de la presse.

Une rencontre organisé au lendemain de mot d'ordre de grève de 48h décrété par les travailleurs et à laquelle ont participé toutes les organisations de la grande famille de la presse. Il s'agit notamment, en plus du SYNPICS/APS, des anciens de l'APS, du Conseil pour l'observation des règles d'éthiques et de déontologies dans les médias (CORED), du Conseil des éditeurs et diffuseurs de presse du Sénégal (CDPS), l'Association des professionnels de la presse en ligne (APPEL), la Convention des jeunes reporters (CJRS), l'Association nationale de la presse sportive (ANPS), etc. qui sont venus prêter main forte aux travailleurs de cette entreprise parent pauvre des médias publics.

UNE AGENCE DE PRESSE SANS INTERNET, EN 2018

Bamba Kassé, qui a peint un tableau sombre de l'entreprise, a salué «cet élan de solidarité manifesté au chevet de l'APS, au chevet de vos parents parce que l'APS fait partie intégrante de la famille de la presse sénégalaise.» Aussi précisera-t-il que leur lutte n'est dirigée contre personne. «Ce n'est pas un combat de personne. C'est un combat de lieu c'est-à-dire de l'APS. Elle aura bientôt 60 ans, mais soixante ans de galère, surtout les dernières années. Elle fait partie des premières agences de presse en Afrique; elle a vu passer tous les régimes politiques au pouvoir et y a résisté jusqu'au régime actuel. Et, s'il plait à Dieu, elle continuera à en faire de même.»

Et d'ajouter: «ce qui nous importe, nous, c'est d'être au service de la population, de leur donner l'information. Car l'information est un droit constitutionnel au Sénégal et un droit universel. (... ) Nous avons constaté que les moyens qui devaient nous permettre de bien faire notre travail ne fonctionnent plus depuis longtemps. Donc comment pouvons-nous travailler alors que les outils qui y contribuent ne fonctionnent pas ? Notre plateforme est une plateforme internet et en 2018 tout le monde a l'internet. Alors comment pouvez-vous imaginer que l'agence qui est au cœur de ce dispositif n'a pas l'internet ? On fait avec les moyens du bord pour garder le cap.»

PAS de DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE ET SOCIAL DU SENEGAL, SANS LA PRESSE

Pour Mamadou Ibra Kane, président du CDPS, «LAPS est une agence nationale. L'APS est un outil pour la presse nationale. Donc que nous soyons patrons ou travailleurs la presse est indispensable pour nous en plus la presse est un facteur de développement économique et social. Aujourd'hui le Sénégal a le programme PSE. Mais sans les médias, le PSE ne peut pas réussir et à travers la vulgarisation de ce PSE, l'APS joue un rôle fondamental. L'APS détient la plus forte représentation des médias dans les régions... »

Selon lui, «tant que nous n'avons pas une vision du rôle que les médias peuvent jouer dans le développement économique et social du Sénégal, nous ne comprendrons pas qu'il ne faut pas qu'on laisse une institution comme l'APS dépérir... Donc, encore une fois, nous en appelons les autorités qui ont fait des promesses concernant le statut, la restructuration, la dotation en moyen pour l'APS et nous espérons que tout cela va se faire avant le soixantième anniversaire. Nous ne sommes pas des politiciens, notre objectif premier est d'informer la population. Aucune société ne peut se développer sans stratégie de communication parce que la communication et le développement économique et social sont ensemble.»

«SI L'APS NE FONCTIONNE PAS, C'EST UN PROBLEME POUR TOUTE LA PRESSE»

Mamadou Ibra Kane souligne que les problèmes à l'APS peuvent affecter beaucoup d'organes de presse. «Donc on devrait vraiment y penser parce que c'est de là qu'on pourrait comprendre le rôle de l'APS, le rôle que devrait jouer la RTS ainsi que la presse privée. Ce combat est un combat juste... Aujourd'hui, si l'APS ne marche pas, il y a des journaux qui pourraient ne pas sortir ou qui pourraient avoir un gap de reproduction. Et donc si l'APS ne fonctionne pas, c'est un problème pour toute la presse. Toute la presse doit donc se mobiliser pour que l'APS retrouve son rythme d'entant... parce que l'agence est là pour tout le monde. Donc aujourd'hui tous les compartiments de la presse souffrent. Malheureusement, on assiste à une stratégie de pourrissement et ce pourrissement risque de mener à une putréfaction. Et cela va être terrible pour toute la démocratie sénégalaise.»

Bref, «ce qu'il faut donc faire, c'est voir comment résoudre les problèmes de la presse. Même le Code de la presse qui a été voté, on voit que son application tarde. Donc aujourd'hui toute la presse est dans des difficultés et le gouvernement a pris l'option de faire la sourde oreille et nous savons tous, à long terme, où cela va nous mener. Des entreprises de presses ont mis la clé sous le paillasson et d'autres aussi, on ne le souhaite, risquent de faire de même», alerte-t-il.

NE PAS SE LAISSER DIVERTIR : «IL N'Y A PAS DE PRESSE PRIVEE ET DE PRESSE PUBLIQUE»

Mamadou Thior, chargé de communication du CORED, invite la presse à l'unité. «Ne nous laissons pas divertir, il n'y a pas de presse privée et de presse publique. Nous formons tous une seule et même presse et les politiciens sont très forts en la matière: essayer de nous diviser pour mieux régner. Donc, il faut qu'on donne à la presse, dans toute sa diversité, les moyens de bien faire son travail. Je le rappelle très souvent le troisième président des Etats-Unis disait que s'il avait à choisir entre la presse et le gouvernement, il aurait choisi la presse. Cela démontre l'importance de la presse dans le développement d'un pays. Donc nous sommes tous derrière ce combat pour rendre forte la presse au bénéfice de la démocratie dont on se vante au Sénégal»

ABANDONNER LA DICHOTOMIE ENTRE LES MEDIAS PUBLICS

Cheikh Tidiane Coulibaly, ancien de l'APS abonde dans le même sens et dénonce dichotomie entre les médias publics. «Ce que j'ai à dire, c'est qu'il faut qu'on change le statut de l'APS puis abandonner cette dichotomie qu'il y a entre les médias publics parce que ce n'est pas normal et personne n'en parle. Je lance un appel au président de la République. Il n'a donc qu'à en prendre soin parce que c'est un instrument de souveraineté.»

LE FINANCEMENT DES MEDIAS PUBLICS EN QUESTION

Et Lucky Patrick Mendy de conseiller les confrères à maintenir la pression, non sans indexé le financement incorrect des médias publics. «Je crois à la lutte syndicale et je voudrais juste profiter de l'occasion pour dire à mes camarades de l'APS qu'il faut maintenir la pression et la mobilisation. Ce n'est que dans la mobilisation que vous réussirez à obtenir ce que vous voulez. Tout ce que l'APS veut, c'est une restructuration de l'entreprise et depuis au moins vingt ans on en parle. Et, j'aimerais préciser qu'aujourd'hui le service public n'est pas correctement financé, les décrets d'applications qui devraient permettre ce financement n'ont pas été signés. Il ne s'agit pas de finir le décret, il s'agit de les appliquer et tant que ces décrets ne sont pas appliqués, je pense que le service de l'audiovisuel et la presse ne s'en sortiront pas. Les problèmes sont énormes, aujourd'hui on parle de l'APS, mais demain on parlera peut être de la RTS ou du Soleil parce que ce sont des boites qui sont hyper endettées.»

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