22 Septembre 2018

Congo-Brazzaville: La jeunesse congolaise plaide pour un changement des mentalités

Depuis plus de quatre ans, la République du Congo vit au rythme d'une crise économique et financière sans précédent, engendrée par la chute drastique des cours du pétrole. Cette crise a apporté avec elle son lot de problèmes ; ce qui a révélé au monde entier le talon d'Achille de la croissance économique du Congo qui, jusqu'à ce jour, avait un taux qui frôlait les 10%.

Aujourd'hui, pour redynamiser son économie et s'ouvrir à nouveau aux capitaux étrangers, un accord de prêt doit être signé avec le Fond monétaire international (FMI). Un accord de prêt qui garantirait la crédibilité du Congo auprès des autres partenaires internationaux.

Mais il n'y a pas que la baisse de ces cours du pétrole qui est à l'origine de cette crise financière et économique. En effet, depuis le début des années 1990, avec l'arrivée de la démocratie, les Congolais se sont lancés dans une spirale effroyable d'antivaleurs dans tous les niveaux de la société en commençant par la famille.

Nous assistons avec impuissance à cette montée des antivaleurs qui font aujourd'hui partie du patrimoine culturel congolais.

Parmi elles, la corruption, le népotisme, l'absentéisme, le trafic d'influence, le tribalisme, l'ethnocentrisme.

Alors qu'aujourd'hui notre pays est à la croisée des chemins, notamment avec une nouvelle Constitution fondée sur l'évolution des institutions et les réformes, force est de constater que les Congolais ne fournissent aucun effort pour lutter contre les antivaleurs.

Lors de son discours sur l'état de la nation, le 30 décembre 2017 devant les parlementaires réunis en congrès, le chef de l'Etat, Denis Sassou N'Guesso, manifestait sa volonté devant le peuple de vouloir traquer les délinquants de toutes natures et surtout les criminels économiques. A cet effet, il exhortait les parlementaires ainsi que l'appareil judiciaire à plus de rigueur dans leurs tâches respectives ; notamment les enquêtes parlementaires pour les uns et les instructions pour les autres.

Lui qui est le père de la nation, a-t-il compris que le Congo de demain ne peut se construire sans une justice forte, sans une lutte acharnée contre les antivaleurs ?

Est-ce tard, est-ce tôt ? Nous ne saurons le dire.

Quoi qu'il en soit, un reformatage du logiciel mental congolais est recommandé pour garantir le Congo de demain. Bref, un changement des mentalités.

Que faut-il faire ? Pour ma part, j'apporte quelques pistes de solutions.

Auprès des familles, il s'agit de restaurer les règles des bonnes valeurs en mettant au premier plan la coutume car le non-respect de celle-ci est à l'origine de plusieurs manquements dans l'éducation des enfants et surtout dans la règle de conduite parent-enfant en famille. Les parents doivent toujours être des bons modèles pour leurs enfants, en les formant à la culture du gain par l'effort ;

L'école congolaise doit marteler sur les cours d'éducation civique, la morale et l'hygiène jusqu'au lycée (sauf les classes de terminale) car le manque de respect des règles d'hygiène représente aussi une forme d'antivaleur. Elle doit aussi veiller au respect des valeurs d'unité de travail et de progrès, telles que prôné par notre hymne national. Dans un pays où le taux d'alphabétisation avoisine les 90% et où l'école est obligatoire jusqu'à 16 ans, les autorités doivent considérer l'école comme l'endroit par excellence où sont enseignées les valeurs républicaines ;

L'église doit jouer son rôle de conseiller en exhortant les fidèles à l'amour de la patrie ainsi que du prochain et au respect du bien d'autrui ;

Les collectivités locales doivent expliquer à la population le bien fondé des opérations de salubrité dans les artères des villes et villages et le respect des édifices publics ;

Les acteurs de la société civile sont censés prôner les idéaux du vivre ensemble, au dessus des intérêts particuliers et surtout veiller au respect des lois et règlements de la nation par les autorités tant de l'opposition que de la majorité ;

Les entreprises doivent instaurer la culture du rendement d'échelle, le recrutement par concours ou test afin de garantir l'égalité des chances ; le népotisme doit être banni du comportement des chefs d'entreprises ;

La fonction publique doit renouer avec les sanctions, même pour un retard car rien ne justifie la présence d'un fonctionnaire à son poste de travail à 11 h alors que son service se termine à 14h. A cet effet, il faut pour les ministères, fixer les règles de bonne conduite dans chaque administration et sanctionner sévèrement tout cas de fraude et de corruption. Le fonctionnaire n'a pas le droit de se conduire comme un commerçant qui doit forcément faire recette à la fin de la journée ;

La population doit dénoncer auprès des autorités compétentes, toute personne physique ou morale susceptible de nuire à la quiétude publique ou de causer préjudice à autrui par des actes malsains ;

La justice doit prouver son efficacité en mettant hors d'état de nuire tous ceux qui ne respectent pas les lois et règlements de la République ;

La police ainsi que les autres unités des forces de sécurité doivent être à l'écoute et au service de la population afin de garantir sa sécurité. Eviter tout débordement favorisant le gain facile et le trafic d'influence ;

L'article 55 de la Constitution de 25 Octobre 2015 disant que « Tout citoyen, élu ou nommé à une haute fonction publique, est tenu de déclarer son patrimoine lors de sa prise de fonction et à la cessation de celle-ci, conformément à la loi » doit être appliqué par tous.

Aujourd'hui malheureusement, l'enrichissement illicite est perçu comme un fait anodin dans notre société. Nul n'est étonné de voir un citoyen lambda, nouvellement nommé, s'acquérir un bien immobilier de grande valeur au cœur même de Brazzaville ; s'offrir des véhicules 4x4 flambant neufs et frimer dans les rues de la capitale.

C'est à croire que la corruption, la fraude et la concussion sont devenues des formes légales d'enrichissement. Nous jeunes disons NON !

Il est temps que les choses changent, nos mentalités, nos mœurs... Un Congo fort ne se construira qu'avec des institutions fortes, une population seine et forte dotée d'un élan patriotique. Bref, avec des vrais fils et filles du pays.

Le changement des mentalités (la rupture avec les comportements pervers du passé) est la solution. A l'Etat grâce aux pouvoirs qui sont les siens, de sanctionner les mauvais afin de restaurer son autorité.

Consciente que ce combat n'est pas gagné d'avance, la jeunesse congolaise doit s'impliquer pleinement car il s'agit de l'avenir du Congo ; son avenir. Le changement des mentalités n'est pas un slogan mais une nécessité car par elle viendront toutes les réformes institutionnelles possibles. Ces réformes sont importantes et vitales pour la relance de notre économie et pour la réalisation du Plan national de développement 2018-2022.

L'exemple du Rwanda mérite d'être suivi car ce pays a pu, malgré les troubles qu'il a connus au début des années 1990, redynamiser son économie, assainir ses villes et se rendre attractif grâce à la volonté de son président de la République mais aussi du peuple rwandais qui s'est tourné vers le futur. A cet effet, nous jeunes, restons convaincus que la marche vers le développement ne peut se faire sans un réel changement des mentalités.

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