24 Septembre 2018

Tunisie: Le discours et la méthode

Il est également intéressant de savoir que contrairement à ce qu'on continue d'avancer, la disparition des terrains vagues n'est pas la cause (principale) de la disparition progressive des jeunes talents.

C'est ainsi que «sur les cinq dernières éditions de la Coupe du monde, la métropole de Paris (il n'y a pas de terrains vagues) a fourni à elle seule 60 joueurs au plus haut niveau. Un nombre inégalé par les autres grandes métropoles footballistiques de la planète, qui fait de Paris la plus grande pourvoyeuse de joueurs internationaux de ces dernières années, encore une fois devant Sao Paulo, au Brésil, ou Buenos Aires, en Argentine».

Tout cela pour soutenir qu'un jeune peut être formé, mais qu'il lui faudra les conditions nécessaires.

Les meilleures conditions

En effet, avant d'instruire ce dossier, il serait logique de se demander ce dont on a besoin pour « former » des jeunes :

Un centre qui répond au minimum de confort, tant au point de vue infrastructure sportive qu'équipements pédagogiques nécessaires pour une prise en main globale. Les centres de formations qui se respectent prennent les jeunes à un âge scolaire et sont de ce fait dans l'obligation d'éviter la coupure qui pourrait avoir des répercussions négative sur la vie future du sujet.

C'est ensuite la présence d'un concepteur du programme pédagogique et des progressions techniques qui, en général, émanent de la Fédération (DTN). On a donc besoin d'un Directeur technique qui applique les programmes et veille à la bonne marche technique du Centre et anime un groupe de prospecteurs qui parcourent le territoire à la recherche de l'oiseau rare.

C'est enfin un milieu propice (le club) où on est convaincu de l'utilité de ce centre. Il ne sert par exemple à rien de mettre en place un centre de formation et de ne jamais utiliser les jeunes qui en sortent. C'est une perte d'argent et de temps.

Nous nous en tenons à ces trois conditions car il en existe bien d'autres, tels que la présence d'un staff médical compétent et sérieusement équipé, de diététiciens, de moyens de transport, de dortoirs et de salles de détente confortables et fonctionnels, etc.

La folie des «mercatos»

A voir le nombre de joueurs recrutés par presque tous les clubs, lors du dernier «mercato», il apparait clairement que ces équipes ne possèdent pas de centres de formation ou que les jeunes qui y sont, pour ceux qui en possèdent, sont au-dessous du niveau escompté. De deux choses l'une : ou ces équipes n'ont aucune confiance en leurs propres jeunes ou tout simplement on préfère faire ses emplettes sur le marché sans regarder aux dépenses en faisant fi de tout le reste.

Il faudrait néanmoins reconnaître que dans les centres de formation qui marchent le mieux en France, qui est le pays qui « produit » le plus de jeunes de qualité, moins du tiers des recrutés trouvent en fin de compte des contrats d'engagement. Le reste des joueurs sont réinsérés dans la vie, grâce aux études qui leur ont été dispensées aux centres.

Il n'y a pas de statistiques fiables chez nous, étant donné que l'effectif change en fonction de l'humeur et des prédispositions du Comité directeur en place. Les jeunes étant la cinquième roue de la charrette, il est difficile de maintenir et d'appliquer un véritable programme de formation, alors que les sections jeunes sont laissées pour compte.

Et c'est là où nous arrivons au deuxième maillon de la chaîne de la réussite. Le directeur technique, au sein d'une équipe, sert le plus souvent de recruteur-conseiller pour le président. Et chaque directeur technique en fait à sa tête, étant donné que les directives sont rares ou absentes pour engager un travail de fond uniforme et dont les progressions pédagogiques permettent aux jeunes d'atteindre des stades de formation à même d'en faire de joueurs professionnels de qualité.

Un intérêt relatif

Il faudrait quand même reconnaître que le football a connu des directeurs techniques de clubs qui ont réalisé et fait du bon travail. Mais c'est une exception qui est loin de confirmer la règle. Tant qu'un club ne puise pas dans ces « réserves » qu'il a tenu à mettre en place et pour lesquelles il a engagé des formateurs et dépensé un argent fou, tant qu'il préférera les joueurs venant de l'extérieur à ceux qui n'attendent que l'occasion de se mettre en valeur, nous serions dans l'obligation de n'accorder qu'un intérêt relatif à ces centres. Certains entraîneurs courageux, ayant l'œil, n'hésitent pas à donner leur chance à ces jeunes. D'autres, de guerre lasse, s'en vont et «éclatent» ailleurs. Le plus cocasse c'est qu'ils sont parfois rachetés au prix fort par ceux qui les ont formés.

Et comme il existe une confusion entre les rôles de directeur technique et de celui de directeur sportif et comme le «responsables des jeunes» n'hésite pas à venir mettre son grain de sel, étant donné que c'est lui qui détient les cordons de la bourse, l'incohérence est totale. Le choix du personnel d'encadrement de ces jeunes laisse à désirer et répond beaucoup plus à des choix sentimentaux et non à des critères purement techniques. Que de fois avons-nous vu des grappes de gamins courir derrière une balle alors que leur «entraîneur» discute avec des parents.

Cette incohérence se manifeste dès que l'idée de lancer un centre de formation vient à l'esprit d'un dirigeant de club.

En France, il y a un « cahier des charges » à respecter. Avons-nous ce cahier des charges qui délimite les responsabilités et fixe les obligations des uns et des autres ? Un jeune que ses parents acceptent de laisser partir pour rejoindre un centre de formation est tenu de réussir. Soit dans sa vie sportive, soit dans sa vie civile au cas où il ne dispose pas des moyens techniques pour forcer les portes de la gloire. Mais il réussit et ce n'est jamais un individu livré à lui-même, futur voyou et poids pour la société.

Codifier et organiser avant tout

Nous n'en sommes pas là. Et comme le professionnalisme n'est pas encore codifié et que ce sont des clubs « amateurs » qui s'y adonnent on ne peut demander l'impossible.

Il faudrait commencer par avoir :

-Une fédération qui se déciderait un jour à mettre en place un véritable professionnalisme. C'est à la fédération de forcer les verrous au niveau de la tutelle pour instaurer ce professionnalisme véritable et vivable. A moins que cette situation de clubs croulant sous les dettes ou assistés soit la seule alternative de notre sport-roi.

-Une véritable direction technique, qui sera à confier à des jeunes ambitieux et non pas comme plaque de fin de carrière, pour mettre en place une politique nationale de la formation, organiser ces centres et leur donner le rayonnement qu'ils méritent.

-La mise en place d'une charte du football professionnel (nous n'en sommes pas là), un texte qui pose les bases du développement d'une formation spécifique et méthodique, visant à changer complètement la façon dont les jeunes joueurs accèdent au métier de footballeur professionnel, en imposant aux clubs pros de se doter de centres de formation est une nécessité. Tout le reste n'est que bricolage..

L'avenir est dans la formation surtout que certains clubs seront tôt ou tard obligés de décrocher, faute de moyens. En devenant des clubs formateurs, ils auront la possibilité d'améliorer leur quotidien et pourquoi pas émerger et rejoindre les équipes qui possèdent des socles assez solides pour tenir le coup et même peser dans le milieu.

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