25 Septembre 2018

Afrique: Pays en développement - Washington veut injecter soixante milliards de dollars

Face à l'influence grandissante de la Chine dans les pays en développement, les Etats-Unis veulent lancer une institution financière dans un contexte de durcissement de la rivalité économique entre ces deux grandes puissances.

La nouvelle Institution de financement du développement, capable d'investir soixante milliards de dollars dans les pays en développement, sera mise en place pour contrer l'influence de la Chine dans ces pays. Baptisée la Société américaine de financement du développement international, cette nouvelle entité, selon des sources proches du dossier, est présentée par l'administration américaine comme étant « le fer de lance de la lutte contre la diplomatie de la dette chinoise ».

L'Overseas private investment corporation (Opic), l'actuelle institution de financement du développement du gouvernement américain, sera intégrée à la nouvelle entité et autorisée à investir dans des actions. À l'heure actuelle, l'Opic ne peut investir que dans la dette, ce qui la désavantage par rapport aux institutions chinoises et européennes de financement du développement. « La nouvelle institution américaine de financement du développement sera ainsi placée sur un pied d'égalité avec les autres institutions de financement du développement », a déclaré le président et directeur général de l'Opic, Ray Washburne, cité par le "Financial Times".

Le dirigeant de l'Opic a également estimé que la Chine livre une nouvelle forme de guerre économique aux Etats-Unis en s'appuyant sur sa diplomatie du portefeuille. « En utilisant une politique connue sous l'appellation de prêter pour posséder (loan-to-own program), la Chine rend des pays enchaînés par la dette et, par conséquent, très dépendants d'elle. Cela équivaut à une guerre économique », a-t-il souligné.

En août dernier, seize sénateurs américains ont adressé, à l'endroit du secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, une lettre dans laquelle ils déploraient le fait que le Fonds monétaire international se trouve souvent obligé de voler au secours de certains pays dont les finances publiques ont été grevées par des « prêts prédateurs chinois destinés à financer des projets d'infrastructures ».

Les sénateurs se sont aussi inquiétés du fait que les prêts servis à tour de bras par "l'Empire du milieu" à Djibouti pourraient permettre à Pékin de prendre le contrôle du principal port de ce pays de la Corne de l'Afrique, où les Etats-Unis, la Chine, le Japon et la France disposent déjà de bases militaires.

La mise en place programmée de la Société américaine de financement du développement international intervient alors que Pékin multiplie ses investissements dans les pays en développement, plus particulièrement en Afrique. La Chine a, en effet, annoncé lors du Forum Chine-Afrique qu'elle allait accorder soixante milliards de dollars supplémentaires de financement à des pays africains. Cette enveloppe comprend des lignes de crédit évaluées à vingt milliards de dollars, quinze milliards de dollars en subventions, prêts sans intérêts et prêts concessionnels, dix milliards de dollars au titre d'un fonds spécial et cinq milliards de dollars pour soutenir les importations en provenance de l'Afrique.

Autant dire que le continent africain se positionne de plus en plus comme un nouveau front dans la guerre économique entre Pékin et Washington.

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