25 Septembre 2018

Burkina Faso: Procès du putsch - Des prises de bec entre avocats

Le capitaine Abdoulaye Dao était encore, le mardi 25 septembre 2018, à la barre du tribunal militaire dans le cadre du procès du putsch. Au quatrième jour d'affilé d'audience avec l'officier, les avocats de la partie civile se sont indignés d'être interpellés par leurs confrères de la défense sur des questions de probité, « qui ne sont pas juridiques ».

L'expertise électronique a encore été au centre des débats, hier mardi 25 septembre 2018, devant la Chambre de première instance du tribunal militaire qui entendait, pour le quatrième jour consécutif, le capitaine Abdoulaye Dao. Cela, avec en toile de fond, une engueulade entre avocats de la partie civile et ceux de la défense. Interrogé par le parquet, l'accusé n'a pas reconnu les sms à lui attribués par l'expert. Car, selon lui, le spécialiste ne mentionne que 45 messages sur près de 3000 dans ses conclusions. « Qu'a-t-on enlevé ? Que veut-on cacher ? Si c'est une expertise, elle doit être complète», a argué le capitaine. « Pourquoi n'avez-vous pas remis l'expertise en cause devant la Chambre de contrôle de l'instruction ? », a repris un parquetier. Et le capitaine de répondre que ce n'est pas interdit qu'il le fasse maintenant. Lorsque Dao a reconnu un sms lu par le parquet, celui-ci s'est dit conforté dans sa conviction que le travail d'expertise est de qualité.

Pour sa part, Me Dieudonné Bonkoungou, l'un des conseils de l'officier, a affirmé que le travail des gendarmes, préalable à celui du juge d'instruction, n'a pas suivi les règles, y compris la saisie des téléphones. « Ils ont extrait les sms qu'ils voulaient. Ils ont manipulé des éléments avant de les mettre sous scellés et de les transmettre au juge instructeur », a-t-il précisé. Et d'inviter les membres du parquet à l'« impartialité personnelle » en tant que magistrat. Il a, du reste, ajouté que ce qui a été remis au juge d'instruction est bien ce qu'on a voulu le laisser voir et que quasiment pour chaque élément de la procédure, il y a des œillères qu'on a mises au juge. Pour l'avocat, les messages ne sont pas intègres car les destinataires ne sont pas mentionnés. « L'enjeu de ce procès nous commande de dépasser nos rôles, de rester coller à la loi, de défendre des idéaux et d'avancer pour le peuple dupé à deux reprises, les 30 et 31 octobre 2014 et le 16 septembre 2018 », a conclu Me Bonkougou.

Des propos qui ont indigné les avocats de la partie civile. Me Pierre Yanogo a déploré qu'au lieu de défendre le capitaine Dao, son confrère Bonkoungou verse dans la dénégation. « Votre prétoire ne peut pas être l'occasion pour des avocats de dire des choses qu'ils ne diraient pas dehors », a estimé Me Guy Hervé Kam, qui a reproché à ses confrères de la défense qui manquent de « défense au fond » de s'accrocher aux pièces du dossier comme à une bouée de sauvetage. Dans le même sens, Me Séraphin Somé a accusé la défense de vouloir que le tribunal mette de côté les règles gouvernant l'expertise, parce qu'elle se reproche de n'avoir pas demandé une expertise complémentaire ou une contre-expertise. « Depuis le début, j'ai le sentiment qu'un deuxième procès invisible se déroule contre la hiérarchie militaire et l'ex-Premier ministre Yacouba Isaac Zida », a confié M. Somé.

Le parquet invoque un conflit d'intérêt

A la suite des réponses apportées par l'accusé aux questions qui lui sont posées, le parquet s'est inquiété de ce qu'il y aurait un conflit d'intérêt avec la société civile professionnelle d'avocat qui représente le prévenu. Les parquetiers estiment que dans certaines de ses réponses, le capitaine Dao les renvoie à la déposition du Colonel Major Boureima Kyéré, alors qu'ils ont le même conseil. Mais pour le conseil de l'accusé, Me Mireille Barry, la diligence nécessaire a été observée avant d'accepter les dossiers des accusés. Mieux, précise-t-elle, ce conflit n'a pas été démontré lors de l'instruction. Sur les accusations faites à son client, Me Barry s'est étonnée que le parquet et la partie civile veuillent que le Capitaine Dao leur dise ce qu'ils veulent entendre. « Tout le monde estime que Dao doit abonder dans le même sens qu'eux, mais ce sont les faits », a-t-elle précisé. Et de s'étaler sur les incohérences et les contradictions contenues dans les différentes dépositions, avant de conclure que « la perception des choses dépend de qui on a en face, il n'a fait que vous dire ce qu'il a vécu ».

Elle a également critiqué la partialité du parquet dans le traitement du dossier. Une position appuyée par son confrère Me Dieudonné Bonkoungou pour qui, le parquet donne des faits sans démonstration qu'il qualifie de logique « inachevée ». Il a en outre accusé la hiérarchie militaire de destruction de preuves pendant l'attaque du camp Naaba Koom II. « Selon les informations, le camp a été vidé avant d'être pilonné, de même que les appareils des accusés ont été détruits ou manipulés », a-t-il précisé, avant de dire qu'il s'agit, à son sens, de faits constitutifs de complicité ou de recel punis par loi. Le procès reprend aujourd'hui 26 septembre à 9 h, toujours avec le capitaine Abdoulaye Dao.

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