2 Octobre 2018

Mauritanie: Legislatives sur fond de velleites d'un troisieme mandat - Abdel Aziz croise les doigts

Le samedi 1er mai dernier, les Mauritaniens se sont rendus aux urnes afin de se choisir un nouveau parlement et des conseils municipaux et régionaux.

Contrairement à 2013 où l'opposition avait boycotté le scrutin, cette fois-ci, elle a répondu présente. Sans doute, a-t-elle tiré leçon de la politique de la chaise vide.

En effet, en Afrique plus qu'ailleurs, cette option est inopérante en ce sens qu'elle ouvre un boulevard aux princes qui nous gouvernent pour se succéder à eux-mêmes. Et c'était justement de cette politique de la chaise vide qu'Abdel Aziz et son parti ont bénéficié en 2013.

De ce point de vue, l'on peut déjà saluer le fait que l'opposition ait, cette fois-ci, choisi de solliciter le suffrage des Mauritaniens dans le secret espoir de changer la donne politique dans le pays. Mais participer à un scrutin est une chose, et en triompher en est une autre.

La Mauritanie vit aujourd'hui une sorte de démocratie kaki

Dans le cas d'espèce et sans faire d'emblée un procès en sorcellerie à personne, l'on peut se risquer à dire que ce triple scrutin à de fortes chances de tourner à l'avantage du régime en place.

Deux raisons principales permettent de le dire. La première est que l'opposition est allée à la cueillette des suffrages des Mauritaniens, en rangs dispersés.

En effet, ils étaient près de 100, les partis politiques qui ont présenté des listes à ce scrutin. Et parmi eux, tous les partis politiques de l'opposition qui comptent en Mauritanie. L'autre raison est que généralement, en Afrique, il est rarissime qu'un régime en place organise une élection et la perde. Ce constat est surtout observable dans les pays où l'on triche avec la démocratie.

Et pour appeler le chat par son nom, l'on peut affirmer que la Mauritanie en est un. En effet, depuis 1984, date à laquelle le colonel Ould Taya a renversé le régime civil et démocratiquement élu de Moktar Ould Daddah, le pays vit au rythme d'une avalanche de pronunciamientos.

Et bien que Abdel Aziz, le président actuel, ait troqué le treillis de l'armée contre la veste du civil, il n'en demeure pas moins que ses méthodes de gouvernement s'apparentent à celles de gestion d'une caserne. Ainsi, pour lui, les droits de l'homme sont le cadet de ses soucis et la moindre contradiction en politique qu'on lui oppose, a valeur d'atteinte à la sûreté de l'Etat. De ce point de vue, l'on peut dire que la Mauritanie vit aujourd'hui une sorte de démocratie kaki avec à sa tête un dictateur éclairé.

Dès lors, il est difficilement envisageable d'obtenir le changement par des élections. Et ce point de vue est en train d'être corroboré par la manière dont les élections se sont déroulées.

En effet, au cours d'une conférence de presse tenue quelques instants avant la fermeture des bureaux de vote, les dirigeants de 15 partis politiques, dont les poids lourds de l'opposition, ont qualifié de « fiasco » l'organisation du scrutin du 1er septembre.

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a été notamment mise à l'index pour sa gestion des bureaux de vote et de la liste électorale à l'intérieur du pays et à Nouakchott la capitale. A en croire le président du Forum national pour la démocratie et l'unité (FNDU), Mohamed Ould Maouloud, le scrutin du 1er septembre n'a rien de démocratique.

Abdel Aziz fait feu de tout bois pour sortir vainqueur des législatives

Et il l'a martelé en ces termes : « Il y a des zones d'ombres, il y a un cafouillage, il y a une manipulation très claire de la liste électorale ». Et de poursuivre : « A Nouakchott, nous avons constaté la disparition de bureaux de vote entiers».

Sans prendre parti pour l'opposition, l'on peut être tenté de partager leurs critiques. Car, tout porte à croire que Abdel Aziz fait feu de tout bois pour sortir vainqueur des législatives. Et pour cause : l'homme ne cache plus son intention de briguer un troisième mandat.

Et pour le traduire en acte, il lui faut une majorité confortable dans le nouveau parlement. Et comme pour tous les pouvoiristes, la fin justifie les moyens, Abdel Aziz ne se gênerait pas d'avoir un parlement susceptible de l'accompagner dans sa volonté désormais affichée de gouverner à vie la Mauritanie.

En tout cas, il croise les doigts pour que les législatives accouchent d'un parlement à sa dévotion. Le qu'en dira-t-on ne lui pose aucun problème. Il s'en moque d'autant plus qu'il sait que la communauté internationale n'osera pas trouver à redire. Il en est d'ailleurs convaincu, peut-on dire.

En effet, l'actuel président de la Mauritanie n'est certes pas un démocrate, mais il est un maillon essentiel de la chaîne de riposte au péril djhadiste en Afrique de l'Ouest voire dans le monde.

Sur ce terrain, en tout cas, il semble faire du bon boulot. Ce critère suffit, à lui seul, pour que la communauté internationale ne dérange pas la tranquillité du président mauritanien, même dans l'hypothèse d'une mascarade électorale.

Qu'importe donc qu'il bafoue les règles élémentaires de la démocratie. D'ailleurs, l'on peut se poser la question de savoir ce que vaut pour les Occidentaux, la démocratie chez les Maures.

Mauritanie

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