4 Octobre 2018

Burkina Faso: Chantiers du 11-Décembre - Le " filon " des élèves vacanciers

Pendant les vacances scolaires, certains élèves de Manga, chef de la région du Centre-Sud, ont envahi les chantiers de construction des infrastructures entrant dans le cadre de la célébration du 11-Décembre, pour se faire un peu de sous. Sidwaya est allé à leur rencontre.

Maillot bleu à manches courtes, pantalon jeans usé et sueur au front, Ismaël Zoungrana, la vingtaine, pousse une brouette pleine de sable sous le chaud soleil de fin d'août 2018. A petits pas, il progresse tant bien que mal sur des planches disposées et servant de support. Il y est contraint s'il veut éviter l'embourbement dans le sol boueux où était situé, il y a peu, l'ancienne salle de ciné de Manga. La vieille bâtisse à ciel ouvert, construite sous la Révolution a, en effet, été rasée pour faire place à une salle polyvalente, une des infrastructures promises à la « Cité de l'épervier », à la faveur de la commémoration du 58e anniversaire de l'indépendance du Burkina Faso, le 11 décembre 2018. En attendant de recevoir le Burkina Faso à ce grand rendez-vous national, Manga a ouvert ses portes à des bâtisseurs, parmi lesquels des manœuvres d'un autre genre : les élèves. Ismaël en classe de terminale et une dizaine de camarades en font partie. Ils ont retroussé les manches pour participer, le temps des vacances, à la construction de la salle polyvalente.

Une opportunité à saisir

Ils nettoient les aires de travail, creusent des trous, ramassent des briques et du sable. Comme eux, plusieurs centaines de jeunes vacanciers, originaires de Manga et d'autres contrées du pays, écument les chantiers du 11-Décembre. Georges Dakyo, 24 ans, dit être originaire de Nouna dans l'Ouest du pays des Hommes intègres . Il vient de finir une année blanche, après avoir décroché son Certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en construction bâtiment. Il est arrivé en fin août à Manga, après un séjour à Ouagadougou. « Je ne faisais rien de mes journées. J'ai appelé un ami qui m'a dit de venir à Manga, parce qu'il y a du travail. J'ai donc rappliqué et j'ai eu la chance d'être pris sur le chantier de construction de la salle polyvalente », explique le jeune homme à la voix grave.

Sur les chantiers, il n'y a pas que les garçons. Les filles y sont aussi. Toutes déterminées à tirer le maximum de profit, avant que sonne la fin de la « récréation ». Les unes sillonnent les sites avec des sachets d'eau fraiche, certaines tiennent des arachides ou des fruits et d'autres, encore, font de la restauration. C'est le cas de Edith Ouobraogo, 26 ans, qui vient de décrocher son parchemin dans une école de formation en santé publique de la place. Elle vend du riz à proximité de la route jouxtant les chantiers de construction. Cette année, elle a décidé de mettre une croix sur son petit salon de coiffure, qu'elle exploite habituellement pendant les vacances à Ouargaye dans le Centre-Est du pays, pour se consacrer exclusivement à la restauration. Edith partage son hangar avec une autre vendeuse, la jeune Samiratou Kouanda, 16 ans, originaire de la commune voisine de Nobéré. L'élève de la classe de 5e raconte, que c'est sa sœur qui lui a mis la puce à l'oreille et elle compte bien tirer profit de cette « opportunité inouïe ».

De l'argent au bout de l'effort

Le travail de restauration n'est pas si aisé, avoue la jeune Samiratou. Se lever tôt, la fatigue, la fumée, les humeurs des clients sont autant d'épreuves qu'il faut supporter, assure-t-elle. Qu'à cela ne tienne, elle dit tirer son épingle du jeu. « Par jour, je peux faire 10 000, voire 15 000 F CFA de recettes », affirme-t-elle. Edith Ouobraogo, sa colocataire de hangar, ne s'en plaint pas non plus. Elle affirme même faire de bonnes affaires quelquesfois. « Lorsque, je fais le plein de clients, il m'arrive de préparer deux sacs de 50 kg par semaine. Ce qui me fait des bénéfices de 8 000 F CFA environ quand le stock finit », informe-t-elle. Quid des garçons ? Eux aussi se frottent les mains en ce temps de grâce. En presque trois mois de travail, Ismaël Zoungrana et ses camarades se réjouissent chacun d'avoir amassé une petite fortune. « Les vacances passées, il n'y avait pratiquement pas grand-chose à faire. Je cultivais certaines denrées pour revendre.

Mais cette année, je pense avoir entre 100 000 et 150 000 FCFA », révèle Ismaël qui dissimule difficilement sa joie. Le désir de renflouer la tirelire est ce qui a attiré également Moumouni Guigma, candidat malheureux à la session 2018 du Brevet d'étude du premier cycle (BEPC), sur les chantiers du 11-Décembre. Le jeune de 18 ans a pris ses quartiers au site des logements sociaux, à la périphérie Ouest de la ville. Ses économies tournent pour l'instant autour de 90 000 francs CFA, à l'entendre. Il dit espérer accumuler davantage de sous pour ses petits besoins avant la reprise des cours, mais surtout pour se donner de meilleures chances de succès. « Je vais payer tous les documents nécessaires, parce que cette année, je dois réussir à mon examen », assure-t-il. Romain Guigma, lui, est sans doute l'un des vacanciers, qui gardera de très bons souvenirs du 11-Décembre 2018. Arrivé en simple manœuvre après la proclamation des résultats à la session 2018 du BEPC à laquelle il n'a pas réussi, il s'est vu confié des travaux de tâcheron qui ont augmenté substantiellement ses revenus. Même s'il se garde de piper mot sur sa bourse. Certaines confidences supposent que le bonhomme pèse 500 000 francs CFA environ et pourrait frôler la bagatelle somme de 800 000 francs CFA, avant la reprise des cours.

Un travail « formateur »

La présence des vacanciers sur les chantiers du 11-Décembre 2018 ne leur apporte pas seulement de quoi se mettre plein les poches. Il y a aussi l'occasion qui leur est offert de se frotter aux métiers pratiques, selon Karim Bancé, conseiller principal d'éducation au lycée municipal de Manga. Roger Zida est le président de l'Association des parents d'élèves (APE) du lycée Naaba- Baongho de Manga, cumulativement à ses fonctions de coordonnateur provincial des APE du Zoundwéogo. Comme M. Bancé, il se félicite que les élèves puissent mettre les vacances à profit pour apprendre des choses utiles et non pour s'orienter vers des travaux « prohibés ». Il fait notamment référence à l'orpaillage et aux services dans les débits de boissons, des lieux qui favorisent, selon lui, des vices, comme la prostitution et la consommation de stupéfiants. « Quoi de plus réjouissant donc pour un parent que de savoir que son enfant se forge des talents dans des métiers qui peuvent lui servir à l'avenir ? », s'interroge-t-il.

Certes, le travail sur les sites apporte de l'argent et des connaissances sur des métiers aux jeunes vacanciers, mais les réalités devraient être autres. Les vacances, soutient l'attaché d'éducation du lycée Naaba- Baongho de Manga, Appiou Joseph Pissaga, devraient être réservés à d'autres pratiques. « C'est vraiment la période que les élèves devaient utiliser pour corriger leurs lacunes en suivant des cours de remise à niveau. Il y a aussi les voyages touristiques qui sont instructifs et qui permettent aux enfants de revenir en pleine forme sur les bancs », indique-t-il. Tout de même, M. Pissiga dit reconnaître que les conditions de vie dans certaines familles ne laissent pas le choix aux élèves.

Nonobstant ces observations sur leurs occupations pendant les vacances, les élèves « jobeurs », eux, se réjouissent des opportunités qui leur sont offertes sur les chantiers du 11-Décembre. « Nous avons eu de l'argent, mais aussi des connaissances très utiles », atteste Romain Guigma qui ne manque pas de traduire sa reconnaissance au gouvernement, pour avoir initié ses investissements au profit de Manga, et par-delà au bénéficie de la province du Zoundwéogo et de la région du Centre-Sud.

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