5 Octobre 2018

Congo-Brazzaville: Chantier du Chemin de fer Congo-Océan, il était une fois les Saras

À compter de 1925, l'on recruta des milliers de travailleurs pour la construction de la voie ferrée entre Brazzaville et Pointe-Noire, dont des originaires du bassin de la rivière Chari, un cours d'eau qui avait donné son nom à la colonie d'Oubangui-Chari (actuelle République centrafricaine), bien sûr avec l'Oubangui qui passe plus au sud, à Bangui, la capitale.

Au fil des ans, il s'agissait de travail forcé, puis de volontaires. Les zones principales de recrutement furent le Moyen-Chari (quinze mille travailleurs), le Moyen-Logone (huit mille huit cents travailleurs) et Ouham (quatre mille cent personnes). Les recrues devaient parcourir plus de 1 500 Km pour rejoindre leur destination, ce qui était un sacré voyage à l'époque. Il fallait rejoindre Bangui par voie terrestre, descendre l'Oubangui puis le fleuve Congo jusqu'à Brazzaville, enfin atteindre les chantiers jusqu'au cœur du Mayombe. Plusieurs semaines, voire plusieurs mois de voyage étaient nécessaires. Les convois effectuaient de vingt à trente étapes avant d'arriver à destination.

Le nombre d'inaptes augmentait au fil des étapes. Fatigue, sous-alimentation, maladies, conditions de transport déplorables (surtout les quatre premières années) furent à l'origine de nombreux décès lors du voyage.

Le transport des recrues débuta sans qu'aucun aménagement ne soit fait: "pêle-mêle avec le fret, [les hommes furent] entassés sans abris, exposés à la pluie, au soleil, aux nombreuses escarbilles que donne le chauffage au bois [...] n'ayant de place ni pour se reposer ni pour faire leurs besoins, ni pour préparer la cuisine" (Source: Mission Lasnet - 1928 - Inspection sanitaire des chantiers du CFCO).

Bref, des conditions de transport proches de celles du bétail! Les Saras étaient d'une stature plus imposante que celle des ouvriers d'origine congolaise. Plus grands et plus puissants, ces agriculteurs devaient séduire par leur potentiel, les recruteurs du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO) ! Ce que cyniquement certains appelaient le "moteur à bananes", expression rapportée par Albert Londres. Tout simplement pour symboliser l'absence de mécanisation et de moteur sur les chantiers. L'homme remplaçait la machine... quitte à mourir en grand nombre. La dénomination générique "Saras" a été donnée par les Français à cette population de l'extrême sud de la République du Tchad, le Logone occidental, le Logone oriental et le Moyen-Chari, et du nord de la Centrafrique.

L'appellation regroupe une variété d'individus aux mœurs souvent différentes, bien que partageant, semble-t-il, les mêmes origines ancestrales. Un peuple venu de la vallée du Nil aurait migré vers le Tchad, au XVIe siècle. La langue parlée par les Saras fait partie des langues "nilo-sahariennes", contrairement à celles des peuples Bantous implantés plus au sud.

Certains Saras pratiquaient la scarification faciale et d'autres pas. On trouve de nombreuses photos d'hommes scarifiés. Mais ce qui a impressionné le plus les voyageurs occidentaux, ce sont les femmes à plateaux. En effet, les Saras "Kya-Be" portaient dans la lèvre inférieure, parfois dans les deux lèvres, un plateau d'argile, dont on augmentait la taille au fur et à mesure. Le trou s'élargissait...

Les vieilles femmes portaient donc les plus grands plateaux! Ce qui peut paraître assez handicapant au quotidien et peu ragoûtant quand le plateau est enlevé, et que la lèvre distendue pend.

Certains pensent que c'était un moyen de se défigurer, pour échapper au razzia des Arabes venus du nord, à la recherche d'esclaves. D'autres considèrent simplement qu'il s'agissait de critères esthétiques. L'appréciation de la beauté varie d'une culture à l'autre, et ne se discute pas!

Une gare du CFCO porte le nom de Les Saras en souvenir de ces ouvriers venus du Tchad pour participer à sa construction. La petite gare présente le visage classique des gares secondaires du réseau CFCO. C'est une copie quasi conforme de celle de Favre ou Moubotsi. Située au kilomètre 100 (en partant de Pointe-Noire), il s'agit d'une simple "halte" ferroviaire qui a pris place dans un village dénommé auparavant Mboulou.

Pour rappel, le bassin du Chari et la population qui y vit sont à cheval sur le Tchad et la Centrafrique. La ville centrale étant à l'époque coloniale Fort Archambault (actuelle Sahr). C'est une zone fortement irriguée alimentant de ses eaux le lac Tchad, avec l'autre cours d'eau majeur, le Logone. La navigation est toutefois difficile à la saison sèche où le débit des rivières chute fortement.

Source: Site : http://voyage-congo.over-blog.com

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