9 Octobre 2018

Tunisie: Aznavour - l'exemple... et les regrets

Que suscite en nous le décès de Charles Aznavour ? De la tristesse ? Pas tant, à vrai dire. Il y a ce que rappelait l'autre soir Michel Fugain sur BFM, le pur bon sens : «Pourquoi être triste ? Aznavour a bien eu longue vie, et une carrière où il a tout réussi».Il y a, aussi, ce que beaucoup d'entre nous ont du mal à passer sous silence : la sympathie du défunt pour l'Etat d'Israël. Aznavour s'est distingué au regard du monde en dénonçant le «génocide arménien».Là, forcément, son image en a pris un coup.

A-t-on de la nostalgie ? Oui, plutôt. Et spécialement les générations de l'indépendance. C'était un temps où on «s'abreuvait» de francophonie. C'était mai 68, aussi. A l'époque, la chanson française affûtait ses nouvelles icônes, les Brassens, Brel, Bécaud, Montand et Ferré. Aznavour, de même. Lui, n'écrivait que des romances, cependant. Il ne s'en «prenait» à personne. Ni aux gens ni aux gouvernants. A «contre-mœurs», à «contre-courant», mais cela plaisait, ça avait son public, déjà.

Pourquoi Aznavour, le romantique, le «menuet», «l'enroué» (comme aimait le décrire la critique) a-t-il pu tracer son chemin dans un tel contexte et parmi de tels calibres ? Pourquoi a-t-il pu nous parvenir et nous marquer encore à ce point ?

Une raison (la sienne) : son indéfectible ténacité. Années 40-50, alors qu'il n'était encore que le chauffeur de Piaf, puis à ses vrais débuts, années 60, alors que les journaux le «couvraient» de leur mépris, jamais il n'aura renoncé à écrire, à composer, jamais il n'aura douté de son talent.

Seconde raison : mai 68 a généré, certes, sa panoplie d'intellectuels, de penseurs et d'artistes engagés, mais le boom économique de l'après-guerre a enfanté, aussi, le consumérisme et avec lui, son «corollaire» de toujours, la perception commune. Nombre de romances, presque toutes les chansons d'Aznavour en ont profité.

De l'admiration, maintenant ? Comment ne pas le reconnaître ? Les chansons de Charles Aznavour étaient sentimentales, sentimentalistes peut-être, mais c'étaient, tout le temps, de vrais textes, de vraies mélodies. Le texte est le support mémoriel de la mélodie. Sans lui on ne se souvient de rien. Voilà ce qui conférait sa supériorité à l'œuvre musicale d'Aznavour. C'était parce que deux piliers s'y tenaient toujours sans faute : l'harmonie et le sens, le phrasé et le propos.

On se perdrait dans les exemples. Le répertoire entier de Charles Aznavour est un exemple. Hélas sans plus inspirer d'émules, aujourd'hui. Il ne subsiste plus personne des géants de la chanson française. Aznavour, titrait le New York Times, était «l'ultime crooner». Peut-être le dernier de tout l'Occident. Quelle perte, et sans successeurs, quels regrets en vue ?. Les icônes du chant et de la chanson se font également rares, de plus en plus rares, en Tunisie. A la place poussent des centaines de rappeurs et des «band's» sans compter. Pas même l'once de l'once d'un couplet de Aznavour, ni encore de Jouini, Jamoussi ou Riahi. Un charivari pour rien !

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