11 Octobre 2018

Burkina Faso: Adama Ouédraogo dit Damiss - « Si vous me poussez à bout, je vais dire des choses et des gens vont quitter le pays »

Le ballet des civils à la barre se poursuit au Tribunal militaire. mercredi 10 octobre 2018, deuxième jour d'audition à la barre du journaliste Adama Ouédraogo dit Damiss, au moment des faits chef de desk politique à l'Observateur Paalga et actuellement Directeur de publication du du journal d'investigation « Le Dossier ». Il comparaît pour complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat, meurtre sur 13 personnes, coups et blessures volontaires sur 42 personnes.

L'audience qui a été interrompue à cause des délestages, dans la soirée du 9 octobre, reprend dans la matinée du 10 octobre 2018. Et c'est un journaliste, Adama Ouédraogo dit Damiss, qui est à la barre. Ils sont nombreux les journalistes qui ont effectué le déplacement de la salle des banquets de Ouaga 2000, qui par curiosité, qui pour soutenir un confrère.

Et il y avait aussi « les journalistes commis d'office » chargés de faire le compte rendu du procès au grand public. A la reprise du procès, le président du tribunal donne la parole à Me Prosper Farama qui tenait le micro. Ce dernier, pour des impératifs, s'excuse et remet le micro à l'un de ses confrères, en l'occurrence Me Sawadogo.

Ce dernier a loué l'abnégation de celui qui était, au moment des faits, chef de desk politique au journal « L'observateur Paalga », pour avoir bravé le danger à 23h30 en se rendant à la Présidence du Faso. « Quel matériel aviez-vous ? », s'adresse-t-il au journaliste qui fait comprendre qu'il n'avait « qu'un bic et des feuilles blanches et ne disposait ni d'enregistreur, ni d'ordinateur ».

« Avez-vous noté quelque chose ? », poursuit l'avocat. « J'ai entendu des choses. Des éléments du RSP disaient de faire partir le Premier ministre Zida et de le remplacer par un autre », confie le journaliste.

A la suite de la réponse de l'accusé, Me Sawadogo note que Adama Ouédraogo s'est rendu à la présidence au moment des évènements, mais il n'a pas produit d'article malgré ce qu'il a entendu. Me Sawadogo trouve bizarre que le journaliste n'ait pas produit d'article.

Mais pour Damiss, il n'y avait rien de bizarre en cela puisque tout ce qu'il a entendu ce jour-là, n'était pas nouveau pour lui. Me Sawadogo rétorque qu'il y avait matière à écrire. Embouchant la même trompette, Me Séraphin Somé trouve que « ce n'est pas croyable avec cette chance d'entrer dans le saint des saints sans produire un article.

Et il lance à l'accusé : « quel bénéfice aviez-vous eu de votre immersion au camp Naaba-Koom II ? » L'accusé répond que le bénéfice qu'il en a tiré pourrait lui servir dans la rédaction de son livre sur la Transition, en ce sens qu'il pourra dire qu'il était le premier journaliste à avoir été sur place, qu'il a entendu les gens converser et qu'on ne savait pas que c'était un coup d'Etat. Une réponse qui semble ne pas satisfaire Me Somé qui ne cache pas sa déception : « je suis resté sur ma faim et sur ma soif.

Au moins, on aurait pu lire quelques lignes dans la rubrique « une lettre pour Laye ». Tout de go, Me Séraphin Somé déclare que Adama Ouédraogo s'est rendu à la Présidence, dans la nuit du 16 au 17 septembre 2015, en tant qu'acteur et non en tant que journaliste et c'est la raison pour laquelle il n'a produit aucun article.

L'accusé se justifie en affirmant qu'il est allé sur une initiative personnelle et donc qu'il n'avait pas obligation de résultats. « J'y suis allé mais je n'ai pas posé un acte matériel de participation dans la consolidation du coup d'Etat. Si Me Somé a des preuves, qu'il les apporte ».

« Des gens ont pris de l'argent pour transformer l'Insurrection en coup d'Etat »

L'avocat continue son interrogatoire en signalant que René Bagoro et Augustin Loada, au moment des faits, respectivement ministre de l'Habitat et ministre en charge de la Fonction publique, se demandaient pourquoi c'est eux, parmi une trentaine de ministres, qui ont été enlevés avec le Premier ministre Zida et le Président Michel Kafando.

« On a enfin la réponse. Elle vient de Adama Ouédraogo », s'écrie Me Somé qui essaie d'établir un lien entre les deux ministres et le Premier ministre. Morceaux choisis de déclarations auxquelles Me Somé fait allusion (Yacouba Isaac Zida : « N'avez-vous pas dit que vous êtes les plus forts ? Ce n'est pas une affaire de religion. Faites appel au Balai citoyen.

Le pays nous appartient à tous ». Augustin Loada : « Quand les soldats ont fait irruption dans la salle, j'ai entendu dire « toi Loada, lèves-toi, c'est fini pour toi. Je l'entendais marmonner Balai citoyen ». Quant au ministre Salifou Dembélé, lui a dit entendre que c'est « Loada qui est le gars des OSC qui tapent plus sur le RSP. Bagoro, lui était un ministre du Balai citoyen »).

Après ce rappel, Me Séraphin Somé fait remarquer que Adama Ouédraogo avait des informations de source A. Et l'avocat termine par ceci : « Et un, s'il était ministre, il ne serait pas là aujourd'hui ».

De qui s'agit-il ? Damiss fait comprendre que l'avocat fait allusion à Me Kam qui est un grand frère pour lui. Mais cela n'empêche pas Damiss de se lâcher : « Me Kam a pris 100 millions de F CFA pour aider à consolider le pouvoir de la Transition. Zida a distribué de l'argent pour asseoir le Pouvoir de la Transition.

Des gens ont pris de l'argent pour transformer l'insurrection en coup d'Etat. Et si les gens se sont sentis trahis par Bagoro et par Loada, il va de soi qu'ils soient contre eux. Si vous me poussez à bout, je vais dire des choses et des gens vont quitter le pays ».

Toute chose qui a fait sortir Me Séraphin Somé de ses gonds : « vous avez un journal ; si vous êtes « garçon », à votre prochaine publication, publiez les informations que vous avez au lieu de dire des choses infâmantes tout en sachant qu'on ne peut rien vous faire ».

Et l'accusé réplique : « ce n'est pas tout ce qu'on connaît que l'on écrit ». Sans coup férir, Me Somé fait observer que Adama Ouédraogo dit Damiss veut faire croire qu'il est à la barre parce qu'il y a un acharnement contre lui. « Vous voulez vous présenter comme un ange mais les actes posés ne sont pas du tout angéliques ».

Et pour Me Somé, le fait que le général Diendéré fasse ressortir le nom de Adama Ouédraogo dit Damiss dans ses procès-verbaux n'est pas fortuit, d'autant plus qu'il a reconnu de façon spontanée avoir fait recours à lui pour la rédaction de la déclaration du CND.

Et Me Séraphin d'ajouter que le profil de Adama Ouédraogo dit Damiss colle à la mission qui lui a été confiée et qu'il est convaincu qu'il a bien fait son boulot.

L'avocat finit par se demander « pourquoi, parmi ces millions de Burkinabè, c'est le seul nom qui s'est retrouvé dans la bouche du général Diendéré ». L'avocat des parties civiles reste convaincu que Diendéré ne peut accuser gratuitement un jeune journaliste comme Adama Ouédraogo.

« Le coup d'Etat, ce n'est pas une histoire de famille mais une relation de confiance »

Poussant le bouchon, Me Séraphin signale que même si le conseil du mis en cause venait à faire recours à la déclaration « (... ) il a raison de le dire parce que ce n'est pas une mission que je lui ai confiée.

C'est au cours de nos discussions à bâtons rompus », venant du général, cette déclaration ne sera d'aucune utilité pour le conseil de Damiss parce qu'il n'y a pas de contradiction qu'ils aient échangé sur le sujet.

Me Somé martèle que « Adama Ouédraogo a été au début et à la fin de la consommation de l'infraction d'attentat à la sûreté de l'Etat et il a même été gratifié de la somme de un million de F CFA d'honoraires. « On dit que cela n'a pas de lien mais la remise de cette somme a un lien étroit avec l'affaire », termine-t-il.

L'accusé se défend en réaffirmant que ce n'est pas le général Diendéré qui lui a donné le million mais que c'est le général Bassolé, sauf si l'avocat insinue que le général Bassolé était de mèche avec le RSP. « Je n'ai rien à voir avec le coup d'Etat et je n'ai pas de relation de parenté avec le général Diendéré et n'entretiens pas de relations particulières avec lui.

Le général n'a même pas dit aux militaires qu'il fait un coup d'Etat et c'est à moi qu'il va venir dire « viens me faire un brouillon parce que je veux faire un coup d'Etat.

Est-ce que le discours est un élément fondamental du coup d'Etat ? » En tout état de cause, Me Prosper Farama estime que « entre le général et Adama Ouédraogo, quelqu'un ne dit pas tout ou ne dit pas assez ».

De l'avis de Me Farama, ceux qui participent à un coup d'Etat ne sont pas membres de la même famille ou ne sont pas tous des militaires.

« Le coup d'Etat, ce n'est pas une histoire de famille mais une relation de confiance ». Me Farama note que Adama Ouédraogo est allé à la Présidence à 23h30 sur la base d'une information vue sur facebook, indiquant qu'il y aura une rencontre à la Présidence.

L'avocat prend le soin de noter que le journaliste n'a pas attendu la fin de la rencontre. « Je ne vous accable de rien, mais ne donnez pas l'impression que l'audience est dirigée contre un journaliste.

Si selon les faits vous êtes acquitté, je serai ravi mais s'il y a une sanction contre vous, cela me gênerait que vous mettiez cette sanction sur le compte de la cabale contre un journaliste ».

Quant à Me Pierre Yanogo, lui, « émet des réserves que ce soit sur facebook que Damiss ait eu l'information de la rencontre à la Présidence parce que la rencontre n'a pas été initialement prévue et elle est le résultat de l'échec de plusieurs rencontres.

Tout compte fait, Me Yanogo demande au Directeur de publication du journal « Le Dossier », « comment se fait-il que le RSP qui a détruit des médias l'accueille, lui, à bras ouverts ? ». «D'autres médias comme l'Observateur Paalga, Sidwaya, n'ont pas été détruits », réplique Adama Ouédraogo.

A la fin, Me Yanogo fait observer que Damiss s'est rendu à la Présidence sans produire « un travail journalistique ; donc il n'y est pas allé pour des raisons professionnelles ». Mais l'accusé persiste et signe: « Je suis allé pour la médiation ».

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