16 Octobre 2018

Sénégal: Momar Diongue - «Bennoo Bokk Yaakaar est certes fragilisé mais soudé»

Interpellés par Sud quotidien, Maurice Soudieck Dione, professeur de sciences politiques à l'université Gaston Berger, et le journaliste et analyste politique Momar Diongue livrent les secrets de la longévité de la coalition Benno Bokk Yaakaar.

Et selon ces spécialistes, la continuité de la coalition majoritaire actuelle s'explique par les circonstances de l'arrivée au pouvoir du président Sall marquée par une transition dans la scène politique sénégalaise et bien d'autres raisons.

Il est vrai que la coalition Bennoo Bokk Yaakaar fait montre d'une longévité qui est assez rare sur la scène politique sénégalaise. Si on peut comparer Bennoo à une coalition qui a existé il n'y a pas très longtemps, il faudra se rappeler le Front pour l'alternance 2000 (Fal).

Cette coalition, en 2000, était aussi large que Bby actuellement et avait réussi à porter Abdoulaye Wade au pouvoir. Mais, on s'est rendu compte, trois mois après la prise du pouvoir, qu'Amath Dansokho et le Parti de l'indépendance et du travail (Pit) en étaient sortis.

Cela, à la suite des critiques formulées par Amath Dansokho qualifiant le mode de gestion du nouveau régime de « mal-gouvernance », ce qui lui a valu son limogeage de son poste de ministre.

Au bout de onze mois, Moustapha Niasse en tant que Premier ministre en était sorti, lui aussi, suite à des querelles de positionnement avec Idrissa Seck.

En 2000, au bout de onze mois, la coalition Fal qui est d'une dimension comparable à celle de Bby avait connu le départ de deux de ses principaux membres, contrairement à cette dernière.

A mon avis, cela s'explique par le fait qu'il y a ce qu'on appelle « les cinq majeurs » dans la coalition Bby que sont : l'Apr, (parti du président Macky Sall), le Parti socialiste, l'Afp et deux partis de gauche : la Ld et le Pit.

Tant que ces cinq majeurs resteront ensemble dans une logique de « gagner ensemble et de gouverner ensemble », la coalition va tenir et c'est ce qui explique la longévité de Bby. Mais, cette longévité ne signifie pas forcément un renforcement.

Pourquoi ? Si vous prenez le Parti socialiste qui, à l'origine, avait soutenu Macky Sall, il s'est coupé en deux parts. Il y a une partie du Ps qui est avec Ousmane Tanor Dieng et qui est dans la dynamique de Bby.

A coté, il y a une autre partie du Ps autour de Khalifa Sall, qui n'est pas dans la dynamique de Bby. Vous avez le même scénario qui s'est posé au sein de l'Afp avec le départ de l'ancien numéro 2 Malick Gakou, qui a créé un Grand parti.

Donc, l'Afp qui avait soutenu Macky Sall à l'origine en 2012 est également amputé d'une bonne franche de ceux qui étaient militants et responsables à l'époque.

C'est le même cas de figure à la Ld avec surtout l'émergence de la Ld/debout qui ne partage pas la même position et c'est également la même chose au niveau du Pit.

En dehors de l'Apr, les quatre autres composantes des cinq majeurs de Bby ont été tous amputés il s'agit du Ps, de l'Afp, de la Ld et du Pit. Tout cela témoigne de la fragilisation de Bby sur cet angle-là.

Il faut aussi noter un autre fait qui montre que Bby s'est un peu fragilisé avec les départs de Cheikh Bamba Dièye, du professeur Amsatou Sow Sidibé, de Serigne Mansour Sy Djamil. Donc, il y a des partis qui étaient en phase avec Macky Sall et qui étaient des membres à part entière de Bby et qui, au long du cheminement, ont finalement décidé de quitter.

L'impact de ces départs s'est fait ressentir, lors des dernières élections législatives du 30 juin 2017. Certes, Bby au second tour de l'élection présidentielle de 2012 était à 65% de l'électorat mais on s'est rendu compte que lors des dernières élections législatives, tout Bby ne faisait que 49% du scrutin, donc cet affaiblissement dont on parle est bien réel. Conscient de cela, le président Macky Sall, et c'est de bonne guerre, a compris qu'il fallait élargir les bases de la coalition.

C'est pour cette raison qu'il a fait appel à ses ex-frères de parti comme : Modou Diagne Fada et le groupe des libéraux pour la pérennisation du libéralisme avec Macky Sall constitué de Papa Samba Mboup, Farba Senghor, Souleymane Ndéné Ndiaye, Serigne Mbacké Ndiaye.

Dans cette même dynamique de renforcer sa coalition présidentielle, Macky est allé pêcher et sa dernière prise en date est Moussa Sy qui était du camp de Khalifa Sall, de la sensibilité « Taxawu Dakar » venant de l'opposition.

Pour finir, il y a certes de la longévité au sein de la coalition Bby, il faut le remarquer comparativement à Fal 2000, cette coalition est plus soudée du fait que les cinq majeurs restent en bloc mais malgré une dynamique d'affaiblissement et fragilisation, Macky Sall est en train maintenant de renforcer et de renverser la situation en élargissant les bases de la coalition Bby en s'ouvrant à des alliés qui n'étaient pas membres de la coalition.

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