Nigeria: Boko Haram ou le cycle infernal de l'abomination

Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres.
16 Octobre 2018
analyse

Elle s'appelait Hauwa Mohammed Liman. Agée de 24 ans, elle était infirmière au sein du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans la ville de Rann, située au Nord-est du Nigeria.

Enlevée avec deux autres humanitaires le 1er mars 2018, elle a été lâchement exécutée lundi 15 octobre à la suite de l'expiration de l'ultimatum lancé par ses ravisseurs, une faction de la nébuleuse terroriste Boko Haram, qui réclamait une rançon contre sa libération. La mort de Hauwa Mohammed Liman vient allonger la liste des milliers de victimes innocentes que le groupe terroriste a faites depuis 2009.

Le crime odieux de cette jeune dame engagée au service de la santé de ses compatriotes qui a suscité indignation et colère confirme le propos suivant de l'écrivain Tahar Ben Jelloun : «Il rappelle le silence des uns, l'impuissance des bonnes âmes, mais surtout il nous dit que le monde est ainsi : la barbarie a pignon sur rue ; on tue et on égorge et on filme le carnage».

Il rappelle l'enlèvement spectaculaire en 2014 des jeunes filles de Chibok au nez et à la barbe de l'armée nigériane. Qu'a fait Hauwa Mohammed Liman pour mériter un sort si tragique ? Quel honneur Boko Haram trouve-t-il à travers cette bestialité dont il se targue ? Comment prétendre agir au nom d'une religion qui signifie la paix en semant l'horreur à tout vent ?

Sans trouver de réponses à ces questions, l'on peut tout de même s'interroger sur la responsabilité de ceux qui ont laissé le chef du groupe terroriste Abubakar Shekau et ses hommes prospérer dans la cruauté. L'on se demande si l'armée nigériane, l'une des mieux équipées du continent africain, dit-on, mène une véritable guerre contre ces «fous de Dieu» qui ont laissé libre cours à leur énergie prédatrice.

L'assassinat de l'humanitaire amène à s'interroger également sur ce qu'est devenue la force multinationale qui devrait être composée de 8 700 hommes. Une force que le Tchad, le Niger, le Nigeria, le Cameroun et le Bénin s'étaient mis d'accord en février 2015 pour créer afin de combattre Boko Haram.

Autant d'interrogations qui montrent que si le groupe terroriste a gagné dans sa capacité de nuisance, c'est par le fait des autorités nigérianes qui ne font pas assez. Même si le combat contre le terrorisme est une guerre de longue haleine aux contours flous, l'on a le sentiment qu'il y a une complaisance face à Boko Haram et ses ramifications.

Au-delà de l'incapacité de l'armée nigériane à neutraliser cette nébuleuse, il faut pointer du doigt aussi la responsabilité de ceux qui, tapis dans l'ombre, la soutiennent. Une telle force du mal ne peut résister aussi longtemps si elle n'est pas ravitaillée en armes de façon soutenue.

L'armée nigériane, à défaut de mener une guerre frontale, peut travailler à couper les sources de ravitaillement de cette force obscure. C'est parce que Shekau dispose de soutiens multiples qu'il a le courage de narguer le Nigéria et ses voisins. Continuer à prêcher la lutte contre le terrorisme dans les discours, c'est se faire complice de manière insidieuse des barbares.

Pour éviter le sort qu'a connu Hauwa Mohammed Liman à d'autres citoyens du Nigéria et d'ailleurs, la solidarité des dirigeants doit être plus qu'agissante. Leur sens de la responsabilité est aussi interpelé face à la montée en puissance des groupes terroristes qui pullulent en Afrique subsaharienne.

S'indigner dans les médias quand le pire se produit avec la complicité de certaines personnes qui bénéficient de la protection de puissants et sans rien faire pour enrayer le mal, c'est participer à une opération de déstabilisation. Tous en payeront du jour au lendemain le prix, d'autant plus que le terrorisme ne s'embarrasse pas des frontières et frappe aveuglement.

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