17 Octobre 2018

Burkina Faso: Le coup d'Etat, une moins mauvaise solution, selon Léonce Koné

Photo: Le Pays
Léonce Koné nie faire partie des «putschistes»

Le banquier à la retraite, Léonce Koné, est resté à la barre le 17 octobre 2018 pour son deuxième jour d'audition dans le cadre du procès du putsch du Conseil national de la démocratie. A l'époque 2e vice-président du CDP, l'homme politique poursuivi pour complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat et de coups et blessures volontaires est resté constant sur le fait qu'il n'a jamais joué un rôle politique ou civil dans la préparation et l'exécution du coup d'Etat quoiqu'il fût en phase avec ses motifs.

L'homme est resté imperturbable pendant son interrogatoire et constant dans ses déclarations. Assis devant les juges le mercredi 17 octobre 2018 pour son deuxième jour consécutif d'audience au tribunal militaire, Léonce Koné a été interrogé par le parquet militaire et la partie civile, notamment, sur le sens précis de la déclaration de son parti à propos du coup de force du Conseil national de la démocratie (CND), certains messages échangés au moment des faits et la somme de 50 millions qui lui a été destinée depuis la Côte d'Ivoire.

Le parquet militaire, reprenant les termes de la déclaration, et insistant particulièrement sur l'expression « nous approuvons sans réserve » lui a demandé s'il ne s'agissait pas d'un soutien au coup d'Etat. Léonce Koné a estimé que les termes du communiqué exprimaient clairement le soutien des signataires au changement de régime eu égard aux reproches faits à la transition.

Pour lui, le coup d'Etat est intervenu comme une solution, la moins mauvaise en tout cas, à la suite des « dérives » du régime de la transition. Il lui a été signifié qu'en tant que responsable politique et initiateur des mobilisations des militants de son parti, il peut être perçu comme responsable des débordements enregistrés.

« A mon avis non. Il n'y a rien qui peut laisser penser que nous avons incité à ces violences. Ce qu'on voulait, c'était exprimer notre position aux chefs d'Etat de la CEDEAO », a-t-il rétorqué. « Votre déclaration de soutien au CND et la proclamation du coup d'Etat du CND ont sensiblement le même fond, qu'est-ce qui justifie cela ? », lui a demandé le procureur militaire.

« Il n'y a rien à en tirer comme substrat de sorte à établir une complicité comme vous le sous-entendez », a rétorqué Léonce Koné. Le parquet militaire a ensuite voulu savoir la provenance de la somme de 50 millions de francs qui lui a été transmis par l'entremise des militaires du RSP. Là également, l'accusé a écarté toute collusion avec les putschistes.

Il a alors répété qu'il s'agissait de contributions d'amis pour soutenir leur parti à l'orée des campagnes électorales.

Les frontières et les banques étant fermées à la suite des événements, ces amis leur ont convoyé cet argent par le truchement du général ivoirien, Vagondo Diomandé qui devait envoyer du matériel de maintien de l'ordre à l'armée burkinabè. Malgré l'insistance du parquet, l'accusé n'a admis aucun lien entre lui et le militaire ivoirien.

A la suite du parquet militaire, Me Prosper Farama de la partie civile lui a fait remarquer qu'il a reçu cet argent par le même biais que le matériel militaire envoyé au RSP, et du même expéditeur.

Mais Léonce Koné a martelé qu'il n'y a aucun lien. L'argent a été réuni auprès d'amis personnels en Côte d'Ivoire et son ami Emile Kaboré s'y est rendu pour faciliter la collecte.

« Méfiez-vous des dictionnaires... »

La partie civile est revenue sur les termes contenus dans la déclaration de soutien au CND pour confondre l'accusé. Me Farama a ainsi relevé les expressions « entière solidarité » et « nous nous en remettons au CND » dont les définitions données dans le dictionnaire montrent un sens différent des explications données par l'accusé.

Léonce Koné avait argué en effet que leur coalition trouvait que le coup d'Etat se justifiait et souhaitait une nouvelle transition conduite par un civil. « Méfiez-vous des dictionnaires qui vous font dire des choses contraires à celles que les personnes veulent dire», a précisé l'accusé.

Quelques messages reçus par l'accusé ont également été évoqués à l'audience. L'un, signé des initiales H.Y. a retenu l'attention. En substance, l'expéditeur suggérait de prendre des initiatives préventives pour empêcher les populations de contester le coup d'Etat du CND. Ce qui prouve bien une collusion supposée entre l'homme politique ou son parti et le groupe de militaires.

« Vous ne pouvez pas faire ces interprétations, s'est insurgé Léonce Koné. Vous semblez laisser supposer que ce message a été écrit par Hermann Yaméogo. Mais il n'est pas dans la forme des messages qu'Hermann Yaméogo et moi échangeons.

Ensuite, il n'a aucun sens dans le fond». Il a déclaré avoir reçu plein de messages lors des événements et de plus, son conseil a formulé une réserve sur le rapport d'expertise des téléphones portables.

Sur cet aspect, Me Farama lui a indiqué que le fait de n'avoir pas contesté l'expertise ni formulé d'observations lorsque le rapport lui a été communiqué, la conséquence juridique est que l'expertise demeure régulière aux termes de l'article 167 du code de procédure pénal.

Me Guy Hervé Kam, lui aussi de la partie civile, fera observer également que le parti de l'accusé a choisi de produire une déclaration de soutien au coup d'Etat mais a omis de déclarer sa compassion aux victimes.

« C'est indécent que vous laissiez supposer que notre parti est constitué de monstres sans cœur », a répondu le prévenu. Pour son conseil, Me Thiam, le parquet doit respecter la présomption d'innocence de son client.

Et d'ajouter que « M. Koné n'a pas participé au coup d'Etat et sa position restera inchangée. Nous avons de la compassion pour les victimes mais on ne peut attribuer à mon client des faits qui ne sont pas les siens ». Sur les faits de complicité de coups et blessures volontaires, Léonce Koné a soutenu qu'il n'a jamais porté la main ni incité à porter la main sur personne.

Mais le parquet militaire n'a pas la même lecture que l'accusé. Selon les parquetiers, les éléments de preuves produits et les déclarations de l'accusé permettent d'établir sa complicité.

Une position qui a obligé Me Thiam à revenir à la charge. Pour l'avocat, le raisonnement du parquet est simplement un raccourci qui ne tient pas. L'audience reprendra vendredi à 9h.

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