22 Octobre 2018

Maroc: Le conte populaire marocain, un patrimoine humain authentique et millénaire au bord de l'extinction

Une nation qui ne conserve pas son legs culturel ne peut avoir ni présent ni avenir

Le conte populaire, ces histoires tissées par l'imaginaire populaire, transmises de génération en génération, figure parmi les genres littéraires et les types d'art populaire les plus transmis d'une société à une autre ou d'un groupe linguistique à un autre et sont légués par les ascendants aux descendants. Le conte, qui est écouté, compris et relaté, peut être remodelé, reformulé, prendre la forme d'art moderne, ses éléments peuvent être remplacés par d'autres éléments nouveaux compatibles avec la pensée de l'auditeur ou complétés par de nouveaux éléments puisés dans le réel vécu du narrateur et de l'auditeur.

Parmi les contes les plus célèbres qui ont bercé l'enfance de moult générations figurent notamment "Aïcha Kandicha", "Bint El Daraz", "Moulat El Khobza", "Wahch El Ghaba" ainsi que d'autres innombrables contes gravés à tout jamais dans la mémoire de diverses générations. Ces contes ont également fait rêver des générations par leur teneur riche et variée mais également gâce à des personnages distingués qui les ont fait rêver.

A cet égard, Fatima-Zahra Salih, chercheuse universitaire spécialiste du conte populaire marocain, a expliqué que les contes populaires reflètent, au premier chef la mémoire historique nationale et génèrent les premières impressions de l'enfant qui impactent sa relation avec sa mère ou sa grand-mère, indiquant que la plupart des érudits spécialistes du conte sont unanimes à reconnaître son importance pour l'éducation et la formation de la personnalité de l'enfant.

Dans une déclaration à la MAP, Fatima-Zahra Salih a souligné que les moyens de communication modernes menacent de faire disparaître ce legs populaire. Aussi, faut-il sauver le conte populaire marocain de la disparition. La nation qui ne conserve pas son histoire, son legs culturel ne peut avoir ni présent ni avenir, a-t-elle estimé, notant la rareté des recherches scientifiques et académiques en la matière. L'universitaire a, également, jugé nécessaire de codifier le conte populaire dans la mesure où il constitue un patrimoine oral en voie de disparition en raison de plusieurs facteurs, notamment l'ouverture à quelques arts exotiques au détriment du patrimoine authentique, mettant l'accent sur le rôle majeur des établissements scolaires dans la transmission des contes entre générations, les incitant à s'y attacher et à les relater. Le conte populaire constitue un musée d'images où sont exposés des symboles prépondérants marquant la société marocaine, accumulés depuis la nuit des temps, qui ont développé l'imaginaire collectif, a fait savoir Fatima-Zahra Salih.

Chaque conte dispense des leçons de morale, de comportement importantes, porte sur un sujet précis et met en exergue la lutte entre le bien et le mal, a-t-elle ajouté, soulignant qu'il a généralement une fin heureuse puisque les principaux personnages triomphent du mal reflétant l'environnement dans lequel vit le narrateur. Même si une palette d'arts populaires est en voie de disparition en raison de sa non documentation, cédant sa place dans la société à des arts modernes, exotiques, à cause du nombre de conteurs, de personnes intéressées, d'espaces de conte, de narration qui est en chute libre, des efforts colossaux sont, néanmoins, déployés pour collecter et publier les contes à travers leur transposition au cinéma ou leur diffusion dans le cadre de séries télévisées.

Une panoplie d'associations actives dans plusieurs régions du Royaume ont pris l'initiative d'organiser des festivals dédiés aux contes et aux arts populaires tels le Festival international des contes et des arts populaires de Zagora, le Festival national du Zajal à Ben Slimane, le Festival national des arts de la rue à Fès et d'autres événements culturels supervisés par le ministère de la Culture et de la Communication. Autant d'initiatives suscitant l'espoir de pérenniser le legs culturel et de le protéger des menaces générées par la mondialisation et les mutations sociales accélérées.

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